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Nom du blog :
clameurs
Description du blog :
atelier du samedi après-midi, 05 06 07
Catégorie :
Blog Religion
Date de création :
18.12.2006
Dernière mise à jour :
23.05.2008
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Robert : Le charbonnier (photo du café)

Posté le 23.05.2008 par clameurs
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Le charbonnier / Robert Doisneau

Ah les cons, ils ont pris ma place préférée ! J’espère qu’ils vont partir vite.
Et elle rigole, oui elle rigole maintenant. Et lui il ne sait pas ce qui l’attend. Nourri à la becquée. Ca y est, il est prisonnier !
Je commanderai le second quand ils partiront. Pauline elle sera dans l’axe. Il m’en faut deux pour me sentir bien. Je ne dois pas gâcher mon plaisir, je n’ai que quarante sous.
Qu’ils se dépêchent ! Elle le chauffe, ça va durer…
Une, deux, oui elles sont là. Une, deux, oui, quarante sous. Ne pas les faire tomber. Je les touche.
J’aime la bouteille quand elle retombe dans son emplacement, voila un bruit sympa.
Ah, le petit vin de Saumur. Si je devais me marier, je lui paierai une fillette, pas une bière. Ah ! Les fillettes à Saumur ; ça vous coule dans le gosier comme la Loire en hiver entre les deux levées.
Je ne vais pas finir maintenant. Oui, j’ai que quarante sous. Une gorgée. Faut faire durer. J’irai livrer après.
Ca sert à quoi une femme ? C’est pas elle qui va livrer le charbon… et ça coûte.
Ah, le bourgeois imbécile. La robe ça coûte ! Et le costume, on peut le porter qu’une fois.
Si je la touche, elle ne va pas rester blanche longtemps.
J’espère que ça ne va pas durer.
J’ai que quarante sous.
A quoi ça sert une femme ? C’est pas elle qui va livrer le charbon.
Je suis bien quand j’ai mes deux verres.
Et si je les poussais, peut être qu’ils se bougeraient.
Et ma commande à livrer. Quand l’aiguille est en haut, faut que j’y aille.
Ils ont pris ma place.
Je commanderai le second quand ils seront partis, je serai dans l’axe, je la regarderai, ça me fait du bien. Au deuxième je me sens bien. Je la regarde et je me sens bien.
J’espère qu’ils ne vont pas commander d’autres bières.
L’aiguille est presque en haut. En haut c’est l’heure. S’ils ne s’en vont pas je m’en vais.
J’en boirai trois la prochaine fois ; non trois c’est pas pareil ; ça fait soixante sous, c’est trop !
La robe ça coûte.
Quarante sous, quarante sous ; oui c’est bon ; moi, ça me coûte que quarante sous !
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Françoise : La serveuse (photo du café)

Posté le 18.05.2008 par clameurs
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Il en met du temps à faire sa course le patron. "Ma petite Pauline vous pouvez rester dix minutes de plus, j'ai une petite course à faire à la boutique en face, et lorsque vous serez partie, je ne pourrai plus m'échapper du bistrot."
Dix minutes, tu parles, ça fait déjà une demi-heure. Tu t'es encore fait avoir ma vieille. J'espère qu'il ne va prendre l'après midi. J'ai promis à Sophie d'aller la chercher à la sortie de l'école. Pour une fois qu'il me donne mon après midi.
Bon voilà Raymond qui réclame un autre verre de vin blanc. Il a mis son beau costume pour le mariage de son copain, il est bien élégant. C'est la première fois que je le vois habillé comme ça. Et pourtant il vient tous les jours, mais après la fermeture de la boutique de vélo il est encore avec son bleu de travail tout tâché de graisse. Et au moins aujourd'hui il a de la compagnie, ce qui est rare, généralement il est toujours tout seul. Il est gentil Raymond, et il a toujours des anecdotes ou des balgues à raconter. Il me fait bien rire, il m'énerve aussi souvent avec sa façon de me regarder tout enamouré, comme maintenant, tiens. Il est un peu ridicule à son âge, mais il sait rester à sa place et c'est une bonne compagnie, toujours à rire et de bonne humeur. Ce n'est pas comme ce pauvre Gaston, comme il a l'air triste et épuisé. Il se crève au travail pour faire bouillir la marmite, porter ses sacs de charbon toute la journée, il va finir par se casser le dos. Il faut dire qu'avec six gamins et sa femme qui est de petite santé il n'a pas trop le choix. Mais j'ai l'impression qu'il ne va pas bien depuis un certain temps. Lui aussi il vient tous les jours. Il s'assied toujours à la même place, au comptoir en face de la pendule et il la regarde. Il boit ses deux verres, deux, pas un, pas trois, sans dire un mot. Il est tout de même un peu étrange. Il a l'air de ne pas apprécier les mariés, avec son visage encore plus fermé que d'habiturde et ses regards par en dessous.
Et nos deux tourtereaux là, si jeunes, si beaux, si amoureux. Ils n'ont pas l'air de rouler sur l'or mais ils ont voulu faire de leur mariage un jour dont ils se souviendront, un mariage comme celui des autres avec robe blanche et costume, même si la noce ne compte que les cinq personnes qui discutent au fond du café et si la bière remplace le champagne. Mais ils sont heureux à la porte de leur vie, de toutes leurs espérances et de leurs projets.
Ah tiens, j'aperçois le patron qui traverse la rue, je vais enfin pourvoir partir.
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