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Nom du blog :
clameurs
Description du blog :
atelier du samedi après-midi, 05 06 07
Catégorie :
Blog Religion
Date de création :
18.12.2006
Dernière mise à jour :
05.05.2008
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22 Pastiche

Ariane : Pastiche

Posté le 05.05.2008 par clameurs
.

Anamnèses
1. Elle regardait une émission sur l’Afghanistan, à une heure tardive de la nuit. La pluie battait sur le volet et le chat étalé sur le canapé ronronnait. Dans la cuisine, on entendait le bruit de la machine qui tournait.
2. Devant elle, il y a un gros gâteau au chocolat et des bougies qui crépitent. Elle prend alors son souffle pour arriver à les éteindre, sauf une . C’était un rite familial . A la fin, elle a fait un vœu .
3. Nous étions nombreux dans le village à sillonner alentour les petits bois sur des vélos usagés. Dans la forêt, il y avait des jonquilles et des petites fleurs bleues.

Analyse
Pastiche du roman de Laurence Tardieu : Parce que ne rien ne dure

Pastiche
Ruptures

A l’autre bout de l’appartement, il s’est enfermé dans son bureau. Ses pas martèlent le sol. Il tourne en rond, s’arrête et recommence. Sans cesse, il recommence – et puis, il prend le téléphone. Sa voix sourde, atténuée, me parvient vaguement. Je ne comprends rien à ce qu’il dit ; je perçois comme dans un brouillard ses mots qui trainent. Il parle, il ne fait que parler, quelque part, à quelqu’un, quelqu’un accroché au bout d’un fil inconnu. Je suis dans le salon, seule et j’attends. Mal à respirer, mal à penser, mal à n’aimer et puis plus rien à comprendre. Benoît marche, continue de marcher, régulièrement et le téléphone soudain se remet à sonner.
A cette heure-là, je regardais une émission sur l’Afghanistan. Il était tard et la pluie battait sur les volets – le chat, étalé sur le fauteuil ronronnait, et au loin on entendait la machine qui finissait de tourner. A ce moment-là, à cette minute-là, c’était encore la vie, la vraie vie celle qu’on oublie à force de ne plus la voir ; la vie simple, vibrante, sans failles et presque sans surprises. Le genre de vie où il serait presque possible de finir par s’ennuyer. Cette vie-là qui, en foutant le camp sans y être invitée, provoque un cataclysme.
Les images de Kaboul défilaient.
J’attendais benoît toujours absent, toujours en vadrouille, toujours ailleurs.
J’attendais et je voyais sur l’écran ces femmes qui n’attendaient sans doute plus grand chose en dehors peut être de leur liberté. Moi j’étais libre. Je savais que cette fois il ne me serait plus possible de continuer à ne rien voir, rien entendre, à faire semblant, plus possible de continuer à attendre, plus possible d’éviter l’ouragan dévastateur qui allait sûrement emporter avec lui ma petite vie que je voulais croire si tranquille. Au fond de moi je savais le mensonge, le poids du silence et l’absence.

La machine s’est arrêtée de tourner – le linge est certainement lavé. Deux heures du matin, peut être plus encore. Benoît est rentré et la porte a claqué. Le chat a détalé, ventre à terre, et s’est réfugié dans la chambre d’Elsa, au milieu des peluches.
Je suis restée là, plantée face à Benoît… Dans ma tête tellement d’images de celles qu’on ne voudrait jamais voir. Ces regards, ces cheveux, tous ces seins et ces lèvres qui se tendent, ces visages que je ne fais qu’imaginer, ces femmes que je n’ai jamais rencontrées.
Benoît immobile, impassible, ridicule, le regard baissé comme un gosse pris en faute. Benoît dans le couloir obscur, face à une porte d’entrée définitivement close, les joues rouges, presque en feu, le manteau de travers et les cheveux hirsutes. Tableau ridicule, grotesque, absurde.
Brusquement l’envie d’éclater de rire ou de le gifler, l’obliger à partir qu’il se retrouve tout seul, comme un con, sans valise, sans un mot au milieu de la rue, et garder la porte fermée. Irrémédiablement fermée. L’obliger à cesser cette pantomime, cette mascarade qui dure depuis des mois, cette comédie de mauvais acteur foutu, dans laquelle il s’enlise et qu’il n’arrive même plus à jouer. Le forcer à m’aimer. Oui, le forcer à m’aimer, l’entendre me supplier de ne pas le quitter, me supplier de rester là avec lui et le voir s’effondrer à mes pieds. Ne plus rien répondre et me taire.
Sans un mot, Benoît traverse le couloir, tente de me dépasser pour gagner le fond de l’appartement. Je lui barre la route, impitoyable, me mets à hurler en oubliant Elsa, le chat et l’appartement endormi. Un cadre posé à l’abandon sur la table basse, sans doute souvenir d’une vie de famille sans éclats, part en vrille, se fracasse sur le mur d’un coup sec. Des morceaux de verre minuscules s’étalent dans le couloir. La gifle part, terrible, sans préavis, tonitruante et vient se coller exactement au milieu de la joue droite de cet homme qui partage ma vie depuis dix ans, la gifle sans aucune préméditation qui envoie valser d’un seul coup tous ces départs, toutes ces feintes, tous ces doutes, toutes ces larmes rentrées, coup de poing fracassant qui vient figer le temps. Et ce bruit terrible, ce claquement qui fissurerait presque les murs de l’appartement, ce désir de vengeance qui me brûle de la tête aux pieds, ce désir qui ne sert plus à rien. Je vacille face au regard incrédule, effaré de Benoît qui semble tétanisé. Je rejoins le canapé lui laissant le champ libre, l’autorisant maintenant à foutre le camp. Il s’éloigne, titubant au milieu du verre brisé, longe la cuisine et se dirige vers son bureau tout au fond de l’appartement. J’entends le bruit d’une clé qui tourne dans la serrure, les pas de Benoît sur le parquet ciré et sa voix lancinante qui traverse les murs. J’éteins la télé et laisse Kaboul continuer son histoire. L’écran devient noir. J’entends Elsa qui bouge dans son sommeil et qui se met à pleurer doucement.
Je m’allonge sur le canapé et reste là, les yeux grands ouverts. Il n’y a plus à présent que le silence qui chuchote dans l’obscurité. Ma vie est libre.
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François : Pastiche

Posté le 27.03.2008 par clameurs
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Anamnèses
1. Devant la petite maison blanche proprette, le chat noir a surgi et se frotte voluptueusement à mes jambes : c’est Paula.
2. Sur la table encombrée de livres, de cahiers, d’enveloppes, de crayons, émerge un petit bout de papier blanc sur lequel s’affichent, en deux couleurs, les prénoms et dates de naissance de mes enfants et petits-enfants.

Analyse
L’acacia de Claude Simon p.146-149
Type de texte : essentiellement une narration, avec légère allusion à des sentiments.
La focalisation est globalement externe (un petit monologue intérieur introduit une courte focalisation interne), à moins que l’on considère toute cette description comme vue, ressentie par la femme.
L’espace-temps a dans ce passage une importance essentielle, puisqu’il décrit un lent voyage de retour. Le temps général est l’imparfait, avec un très fréquent usage du participe présent dans la description de tous les événements successifs.
La grande particularité du style de Claude Simon est la longueur des phrases (une seule dans l’extrait utilisé, et c’est très loin de représenter un maximum) et une certaine complexité, comme des imbrications de subordonnées (dans d’autres passages, il utilise l’imbrication de parenthèses, jusqu’à 4 ou 5 niveaux), complexité qui ne nuit pas à la compréhension générale.
Il y a peu de répétitions (l’adjectif « même » qui fait ressortir une continuité), mais plutôt certaines accumulations : « au sortir cette mer ou plutôt ce lac intérieur, cette mare, cette liquide matrice d’alphabets, de chiffres, de colonnes cannelées et de marbres » ; « les noms des iles, des caps, des détroits, des montagnes »; « explosant, rejaillissant, retombant en pluie »

Mon attrait, ma fascination, pourrais-je presque dire, pour l’œuvre de Claude Simon, dont j’ai essayé de prendre un extrait caractéristique, vient essentiellement de son style (on retrouve dans la plupart de ses romans presque toujours les mêmes supports de narration : la guerre d’Espagne -Le Palace-, la déroute de 1940 -La Route des Flandres- l’histoire de sa famille -Histoire et L’Acacia-, vus sous des angles, avec des chronologies différentes). Je me laisse entraîner par ses longues descriptions habilement rythmées, je m’y baigne, m’en laisse imprégner comme avec certaines musiques rhapsodiées. Elles sont si fortes, si précises qu’on n’a (que je n’ai) aucune difficulté à visualiser les scènes et à les ressentir, les vivre.

Pastiche
Le petit morceau de papier

Elle l’avait fait pénétrer avec une certaine solennité, peut-être un certain respect, bien qu’il eut pu être son fils, une certaine emphase même qui lui semblait presqu’incongrue, déplacée, inadéquate dans cette entrée dont le mur droit était garni d’une bibliothèque, d’étagères plutôt, où il avait remarqué, disséminée devant les volumes, une dizaine de photos parmi lesquelles, avec surprise, il avait distinguée la sienne (il se demandait par quel biais, cette photo avait bien pu atterrir, ici, en terre étrangère, chez cette femme qu’il n’avait vue que trois fois) et, pendant que déjà le sourire avait sur ses lèvres remplacé la mine un peu compassée, peut-être presque gênée qu’il avait en entrant, il s’était avancé dans la pièce, pensant que cet accueil était un peu bizarre, en tous cas plutôt inattendu, et répondant quelques mots de circonstances que, dans cinq minutes, il ne se rappellerait plus avoir prononcés, sur le temps qu’il faisait, sur la difficulté à trouver la maison, sur son voyage (quelle question lui avait-elle donc posée ?), puis sentant entre ses jambes une pression insistante, découvrant le chat noir qui s’y frottait (dont il saurait plus tard qu’elle se nommait Paula) et qui soudain sautait prestement sur la table à sa gauche, attirant son œil sur cet amas, cet amoncellement de carnets, de revues médicales, de cartes postales principalement des photos de monuments, de cahiers bleus et noirs, de lettres, de crayons, d’enveloppes manifestement ouvertes à la hâte, de livres brochés, reliés, et là, au milieu, bien visible, ce morceau de papier blanc certainement arraché à un carnet, où avec étonnement, presqu’avec stupeur, il découvrait, il distinguait, écrits en deux couleurs, vert et rouge, quasiment calligraphiés, les prénoms et dates de naissance de ses propres enfants et petits enfants, tandis qu’elle s’était rapprochée, avait repéré son regard, plutôt l’orientation, la direction, la destination de son regard, et avait saisi (il se demandait d’où elle l’avait sorti) une grosse chemise cartonnée, noire, qu’elle lui tendait maintenant se redressant, avec de nouveau une attitude solennelle, presque déférente, elle qui aurait presque pu être sa mère, et lui se rappelant tout à coup qu’en voyant sa photo sur les étagères, parmi les livres, il lui avait dit, s’était exclamé « mais c’est comme si je faisais partie de la famille », et elle d’un mouvement des yeux l’invitant à ouvrir le dossier.

Il s’assit sur le premier siège venu et défit les élastiques.
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