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Nom du blog :
clameurs
Description du blog :
atelier du samedi après-midi, 05 06 07
Catégorie :
Blog Religion
Date de création :
18.12.2006
Dernière mise à jour :
05.05.2008
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18 Ecriture a 3 mains

Thérèse : Ecriture à trois mains

Posté le 21.12.2007 par clameurs
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Un village tout en longueur, quelques boutiques éloignées de la maison perdue dans la campagne.
La voiture ? Pas question ! Des « réfugiés » sans le sou n’ont pas de voiture. D’ailleurs, personne n’a le permis, excepté le père qui n’est pas là de la semaine.
Seule solution : la marche ou le vélo. Et tous s’y mettent : les enfants font à pied les allers et retours quotidiens pour l’école. Un excellent exercice qui laisse le temps pour de longues rêveries.
Maman enfourche son vélo sans trop de problème. Elle en a fait enfant et cela ne s’oublie pas ! Mais voilà Manie bien embarrassée ! Une femme de boucher assise à longueur de journée derrière sa caisse, la marche à pieds, elle ne connaît pas. Et dans son Bourbon l’Archambault natal, à part le facteur,(et encore!) un vélo, personne n’en avait…
(Françoise)
Et pourtant, il allait falloir trouver une solution, à ce problème de déplacement. Manie devait se rendre au village tous les deux jours afin d’acheter le beurre, les œufs, l’épicerie, la viande…Un boulanger faisait la tournée du pain. Quant au lait, on trouvait tous les matins, les petites bouteilles blanches alignées près du paillasson.
Apprendre à faire du vélo ? « A mon âge, vous n’y pensez pas ! » disait-elle quand la famille l’encourageait à enfourcher l’engin bleu à deux roues prêté par des voisins compatissant. Alors, elle avait fait l’aller et retour au village, une fois, deux fois. Elle était revenue, rouge et essoufflée de l’effort fourni à porter les deux grands cabas. Pendant deux longues journées, ses jambes, ses pieds en avaient gardé le douloureux souvenir. Alors, assise sur le banc devant la maison, elle regardait d’un air songeur la bicyclette bleue qui attendait le long du mur de la grange.
(Suzanne)
Si, comme cela arrive souvent lorsque la lune est pleine, un insomniaque de la maisonnée s’était levé à 3heures du matin et avait prudemment écarté les rideaux du «black-out», il aurait alors assisté à un bien étrange spectacle dans la cour : la bicyclette bleue et, à côté, Manie, bien décidée à enfourcher l’engin !
La première nuit, Manie marcha tranquillement à côté de la bicyclette en lui chuchotant l’histoire de toutes les aventures qui leur arriveraient sitôt qu’elle saurait l’enfourcher.
La deuxième nuit, Manie chuchotait toujours, mais à califourchon cette fois, avec, bien sûr, les deux pieds solidement fixés au sol.
La troisième et la bonne nuit ( ?), chuchotant toujours, Manie se hissait sur une pédale et se laissait aller, puis posait un pied à terre, puis donnait de l’élan,et recommençait…Comme c’était bon ! Le vent lui caressait le visage, elle volait, elle était libre !
Si bien que, la 5° nuit, Manie se jucha complètement sur l’engin, enfin dompté, docile et accueillant et elle fit ses premiers tours de pédaliers. Oh le bonheur ! Il était temps ! La lune avait disparu laissant l’obscurité maîtresse du terrain…N’oublions pas que c’était la guerre et qu’aucune lumière artificielle ne devait signaler aux bombes ennemies, la présence d’ une cible !

A 7h30, la famille fut réveillée par des coups de marteau. Manie fixait sur son vélo ce qui lui servirait de panier à provisions. Et, à 8heures, toute la maisonnée assistait, médusée, au départ de Manie en bicyclette bleue.
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François : Ecriture à trois mains

Posté le 17.12.2007 par clameurs
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Jean et Jeanne

Quand il était rentré ce soir là du Lycée, sa femme, déjà habillée de pied en cap, lui avait lancé : « Jean, il faut que je parte immédiatement chercher ce professeur britannique qui nous est envoyé par le rectorat. Je te laisse Jeanne qu’Etienne reprendra vers 7 heures ». Et elle avait très vite passé la porte avec un « Bon courage ! » de mauvais augure.
Jeanne, c’était sa petite fille de trois mois qu’il n’avait encore vue qu’une seule fois, puisque son fils habitait outre-manche et que son activité professionnelle ne lui avait pas permis de se déplacer depuis la naissance de ce premier représentant d’une nouvelle génération.
Jean s’approche du petit lit qui trône au milieu de la salle de séjour et y découvre une forme allongée, aux extrémités très précises et violacées, et à la tête ridée surmontée d’un curieux bonnet rose.
Il retient son souffle, observe longuement la forme et recule à pas le plus silencieux qu’il peut, pour rejoindre le canapé où il compte dépouiller le courrier étalé sur la table basse.
Il commence par ouvrir les enveloppes manuscrites, les perso. Scarlatti en sourdine pour ne pas réveiller la « chose », un bout de lui quand même.
Il est troublé par des parasites et regarde sa chaîne stéréo, lourdement, avec insistance comme si ce regard pouvait redonner sa fluidité aux accords prestement distillés et comprend tout à coup, oh homme intelligent, que ce n’est pas Scarlatti qui pleure, mais la chose qui dormait, tout à l’heure inerte et paisible. Qu’Elle pleure. Elle couine et monte le son.
Ca hurle. Foutu courrier, foutu bébé ! Il n’a jamais touché de ses mains ses propres enfants. Il les a regardé vagir. Avec plaisir il a vu sa femme s’activer, admiré sa dextérité dans les catastrophes du style nausée (pour être poli), biberon, couches, bain, amour, tendresse.
Augmenter le volume : « Allez, Scarlatti ». Les tonalités aigres-douces du clavecin, cela ne s’accorde pas si mal à la stridence de ce qui sort du berceau. Et puis, ne dit on pas que la musique adoucit les mœurs. Et en effet la fréquence des parasites semble diminuer …
Et puis, plus rien, aucun son ne sort plus du berceau justement. Silence. Pause. Que c’est reposant ! Et, merveille, ça dure.
Nom de Dieu, elle ne s’est quand même pas étouffée la gamine …
Jean plante là son courrier, se précipite et trouve sa petite fille à la seconde paroxystique où tout bébé digne de ce nom reprend son souffle afin de repartir de plus belle.
Jean, conscient tout à coup du désespoir qui émane du petit être, Jean, maladroit, hésitant, mais déterminé, prend « la chose », la presse contre sa poitrine, la berce en lui murmurant les inepties d’usage et sent l’émotion monter en lui à mesure que les hoquets se calment et que le petit corps raidi s’abandonne.
Et ses yeux se mouillent, comme ils ne l’ont pas fait depuis longtemps.

François (F), Maryse (M), Thérèse (T)
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Robert : Ecriture à trois mains

Posté le 17.12.2007 par clameurs
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Monsieur Gaudillat ne prenait pas de vacances. Chaque jour de l’année, chaque matin,il prenait le RER pour aller à son travail. Pouvait t’on appeler çà un travail avec le sens négatif que certains lui donne ? Non ! Chaque jour au laboratoire était un jour de bonheur. Chaque protocole brassé dans chacun de ses mots, de ses variables était décliné et lui ouvrait un monde nouveau. Comme Christophe Colomb, il partait à la conquête du monde, vers une terre insoupçonnée.

Nous sommes vendredi. Monsieur Gaudillat aura 40 ans demain. Il en parle amusé, très distant comme si cela ne le concernait pas. Demain ses enfants seront là avec les grands parents et le reste de la famille, oncles, cousins, belles-sœurs, beaux-frères et beaucoup d’amis. Sa femme y tenait beaucoup et il peut bien lui faire ce petit bonheur.

Nous sommes Lundi. Monsieur Gaudillat a des rides profondes sur son front. Il ne parle pas. Il est d’ailleurs resté assis à son bureau toute la matinée. A 13heures il n’a toujours pas faim. Jeanne, la laborantine, qui ne mange jamais le midi, elle est au régime depuis 10 ans, lui rappelle que c’est l’heure d’y aller. Alors, il se lève et d’un pas mécanique se dirige vers la cantine où je l’attends impatiemment. J’en suis au fromage ; Il prends le plateau, oublie les couverts. Il me regarde et il parle : « Ils m’ont offert un voyage. Un voyage en Thaïlande. » et il se tait.

(Renga Gaudillat ; Robert1 Suzanne2)

« C’est merveilleux, monsieur Gaudillat. Vous rendez vous compte, un voyage en Thaïlande !
- Un voyage en Thaïlande ! Répète toujours aussi blême et hagard monsieur Gaudillat. Un voyage en Thaïlande ! Pourquoi ? Pourquoi ? »

Monsieur Gaudillat, les yeux embués de larmes s’imagine déjà dire adieu à ses chères éprouvettes, ses merveilleuses plaques, ses gentils frigos, ses germes subtils et délicats, ses…

- « … Embryatim Exactatis ! »

Monsieur Gaudillat redresse la tête.
« Que dites-vous mon cher Gaspard ?
- Je disais, monsieur Gaudillat, que la Thaïlande est le dernier pays où l’on trouve encore à l’état naturel des Embryatim Exactatis. »
Ah, les Embryatim Exactatis ! Des perles pour tout scientifique ! Pour en trouver, il fallait aller dans la jungle muni d’un grand drap que l’on laissait traîner. Les tiques s’y accrochaient. Alors et si on était chanceux, ils étaient porteurs de l’Embryatim Exactatis !

(Renga Gaudillat ; Robert1 Suzanne2Françoise3)

A ce mot magique d’Embryatim Exactatis, toute la physionomie de monsieur Gaudillat change. Ses yeux se mettent à briller d’excitation. Les rides qui il y a quelques minutes barraient son front, ont disparu.
Naturellement, la difficulté allait être de faire accepter à son épouse la transformation de ce voyage - découverte à deux en amoureux - en un safari dans la jungle à la recherche de ces petites bêtes merveilleuses.
Mr Gaudillat se mit à rêver à des éprouvettes remplies d’Embryatim Exactatis, de protocoles finalisés, d’expériences réussies et pourquoi pas d’une découverte bouleversant le monde de la recherche.
Quelle bonne idée finalement ce voyage en Thaïlande !
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