14 Dialogue spectacle II
Posté le 01.04.2007 par clameurs
FIN DE SOIREE
Il y avait foule à la sortie du théâtre.
Anne fulminait déjà, à l’idée du temps qu’ils allaient mettre pour récupérer la voiture, garée à l’opposé.
- Mais non cela ira vite, ne t’inquiète pas la rassura tout sourire son mari Richard, visiblement très satisfait de la pièce qui venait de se terminer.
J’ai beaucoup aimé la scène finale, ajouta-t-il, sans sembler s’apercevoir
qu’Anne s’énervait de plus en plus ;
Elle paraissait, en effet, davantage absorbée par son idée fixe, rejoindre au plus vite la voiture, que par le spectacle à présent achevé.
Boff,boff, il s’est pas trop foulé le mec pour écrire ce texte - un peu tiré par les cheveux, dit elle, en haussant les épaules et en piétinant sur place.
Elle tentait désespérément de dépasser une femme qui ne cessait de rire avec sa voisine et qu’Anne qualifia immédiatement, selon ses critères souvent expéditifs et radicaux de «véritable éléphant».
- Mais regarde cet éléphant, répéta-t-elle à Richard suffisamment fort pour que l’autre se retourne et la foudroie du regard.
Richard soupira :
Quelle rabat-joie, c’est toujours la même histoire avec elle, négative, en permanence, stressée, elle commence vraiment à m’agacer, et en plus elle est mal élevée - je sais plus où me mettre, moi, se disait-il en tentant de garder son calme.
Richard se tourna vers sa femme :
- Ecoute, arrête un peu de t’énerver. Il y a des choses plus graves dans la vie quand même. Tiens regarde l’affiche là-bas, c’est une pièce qui sera présentée le mois prochain - si tu veux on pourrait venir la voir, j’ai lu de très bonnes critiques.
Anne, le regard droit devant elle, mâchoire et lèvres serrées, sentait la colère monter en elle en écoutant son mari lui asséner ses considérations intellectuelles, alors que l’heure tournait et que ses enfants attendaient le retour de leurs parents, à la maison avec une baby Sitter de fortune qu’Anne avait immédiatement jugé, toujours selon ses critères radicaux, comme très peu « fut-fut », jusqu’à imaginer, a cause de ses piercings, qu’elle utilisait sûrement des substances illicites, donc dangereuses pour s’occuper des enfants.
Ne pouvant plus maîtriser l’anxiété qui la submergeait, elle se mit à hurler, au milieu du hall du théâtre et avant même d’atteindre la sortie :
- Avec toi, de toutes façons, il y a toujours des choses plus importantes dans la vie !
Et se plantant devant lui, son regard d’acier lançant des éclairs, elle continua à vociférer d’une voix de plus en plus aiguë :
- Je me fous de ton affiche, de ton théâtre, de ta culture – je me fous de tes grands airs d’intello, moi je veux rentrer à la maison et retrouver la voiture, la voiture, tu entends la voiture – tu te fous de tes gosses, monsieur-je-sais-tout, et en plus tu traînes la patte exprès – je te déteste et je vais prendre un taxi .
Les derniers spectateurs s’étaient arrêtés, médusés face à l’ouragan qui se déchaînait devant eux. Anne continuait à gesticuler comme un pantin désarticulé, et sa voix de se fracasser sur les murs. Richard, atterré, désarmé, fit une tentative ultime pour tenter de calmer les nerfs visiblement à vifs de son épouse
- Ecoute Anne, tu es ridicule, tout le monde nous regarde ! Tout cela a cause de tes enfants. Tu peux arrêter de te faire des scénarios qui n’existent que dans a tête !
Les mots de Richard n’eurent comme effet que de décupler davantage la colère d’Anne qui envoya un coup de pied magistral dans la porte vitrée du théâtre, hurla un « t’es qu’un con « grandiose avant de finir par laisser son mari, abasourdi, au milieu du hall, seul et visiblement anéanti par les regards qui le fixaient sans ménagement.
Anne s’était déjà engouffrée dans un taxi.
Posté le 14.03.2007 par clameurs
- Dis donc, Didier, t’a vu l’heure ?
- Oui
- T’es bien souriant ce matin !
- Oui, pas mal, j’étais avec Elisabeth
- …
- Tu ne sais pas ?
- …
- Il faut que je te raconte: Je suis allé au spectacle hier soir au grand stade. A la fin comme on sortait j’ai vu Jules et Elisabeth. Il y avait un monde fou et comme j’essayais de m’approcher d’eux dans la foule, je les voyais qui discutaient. Elle parlait de soixante milles personnes et lui de six cents mille. Ca m’a semblé beaucoup. Le stade est grand mais six cents mille spectateurs ! Bah, pourquoi pas ? Il y avait vraiment du monde…
Jules était à deux mètres quand ils se sont mis à discuter de façon animée.
« Ca t’a plu » il lui a demandé gentiment
« Oui, pas mal » elle a répondu l’œil morne
« Génial » il lui a répondu enthousiaste
Et alors il aurait fallu que tu sois là quand Jules a parlé des femmes qui attaquent la galère. La gueule d’Elisabeth. Il lui a fait une sacré description, il était tout émoustillé. Elisabeth, elle faisait une tronche. Il a commencé en disant qu’elles galopaient comme des gazelles, grandes, musclées, des vraies femmes. Elisabeth qui est toute petite, tu imagines…
En l’écoutant, j’ai cru un moment que ces gazelles, elles portaient des talons hauts et des jupes courtes et que c’étaient toutes des mannequins ; surtout quand il lui a expliqué qu’il les avait regardé avec des jumelles.
Alors Elisabeth, elle est devenue écarlate, rouge comme une tomate : « Ecoute, arrête un peu ! C’était nul. Le plus nul, c’était la galère et ces filles mal coiffées, mal fagotées qui attaquent une galère. C’est invraisemblable » a hurlé Elisabeth en sautant sur place. Et elle te l’insulte : « Cochon obsédé » Et elle lui file des coups de pieds. Tu sais avec ses talons rouges criards, vachement haut, qu’elle porte tout le temps.
Et lui, il était là : « Aie, arrête, çà fait mal. »
Et elle continuait : « Salaud, bandit, obsédé vulgaire, gros nul »
Cà a duré un bon moment, il se prenait des coups de pied, elle l’insultait. Il se prenait des coups de pieds, elle l’insultait.
Et puis, il lui a mis une baffe, sans un mot.
A ce moment là, j’ai cru qu’on l’égorgeait ; elle hurlait comme une truie à l’abattoir : « Appelez la police, bandit tu vas aller en prison, tu les baiseras plus ces sauvages. »
Et puis il s’est tiré. En 10secondes il a disparu.
Alors moi, tu me connais, bon samaritain, j’ai été la consoler…