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Nom du blog :
clameurs
Description du blog :
atelier du samedi après-midi, 05 06 07
Catégorie :
Blog Religion
Date de création :
18.12.2006
Dernière mise à jour :
05.05.2008
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07 Le conte

François : Conte

Posté le 18.12.2006 par clameurs
Le voyage de Costa

Costa, le vieux pécheur du Lac Nout vit seul sur son vieux rafiot amarré au pied de la montagne. Il ne pèche plus que ce qui lui est nécessaire pour manger. Il se lève et se couche avec le soleil, un peu plus tôt pendant la saison froide et sèche. Il se baigne tous les matins et tous les soirs quel que soit le temps.
Ses enfants sont partis il y a longtemps et voilà bientôt vingt ans que sa femme est morte d’une fièvre mystérieuse qui a ravagé la contrée.
Elle lui manque cruellement bien qu’il ait toujours su se débrouiller seul, même quand elle était à ses côtés.
Sa voix lui manque bien qu’elle ne parlait pas beaucoup.
Son regard, son sourire lui manquent.
Le poids de sa tête sur son épaule.
Le goût légèrement salé de sa peau, de ses lèvres pourtant souvent gercées.
L’odeur à la fois forte et subtile du creux de ses aisselles.
Le bruit de son pas quand elle revenait du marché de Canola le village voisin.

Un jour qu’il venait de remonter son filet, vide une nouvelle fois, il entendit à nouveau un pas sur le rivage. Un pas hésitant qu’il ne reconnaissait pas. Il ne passait pas grand monde par là, et il était capable d’identifier à coup sûr l’émissaire du roi qui tous les mois allait porter au gouverneur les instructions de son maître, le berger qui après être descendu du col avec ses bêtes, leur faisait emprunter le sentier de la rive assez large à cet endroit pour qu’aucune ne risque de glisser dans l’eau, le marchand d’amulettes qui le hélait joyeusement à chaque passage espérant bien qu’un jour Costa lui achèterait sa bague à faire venir le poisson, ou bien le groupe de pèlerins en route vers l’ermitage …


Il avait donc décidé de traverser le lac de Nout pour rejoindre la ville de Rusgorod et dénicher ce magicien qui devait lui révéler comment retrouver le bonheur perdu. Il n’avait pas de grands préparatifs à faire et donc dès le lendemain, il hissa avec peine la voile toute rapiécée (depuis longtemps il ne déplaçait que rarement son bateau et toujours à la rame) et mit le cap au Nord Ouest. Le vent du sud …

Costa réussit à s’accrocher à un bout de bordé qui flottait emmêlé à un lambeau de voile et même à s’y hisser. Il s’enveloppa dans la toile rêche et put ainsi un peu se réchauffer. Il apercevait au loin les maisons blanches de Rusgorod, mais dans un premier temps le courant sembler l’en éloigner. Pourtant petit à petit cet étrange appareil se rapprochait du rivage et là un contre-courant le mena assez vite dans la bonne direction. Enfin au bout de la journée il put accoster. Rompu, épuisé, Costa se laissa tomber sur le sol et s’endormit, d’un sommeil lourd, sans rêves, sans mouvements, un sommeil minéral, un sommeil de pierre.
Quand il se réveilla, il ne vit rien. L’obscurité était complète. Pas de lune, pas une étoile, pas un bruit, même pas le clapotis du lac Nout. Il se redressa, péniblement, se mit debout, tout moulu, plein de courbatures, envahi d’une souffrance, sourde, insidieuse. Il dirigea son regard dans la direction qu’il croyait être celle de Rusgorod, mais pas la moindre lumière. Il regarda à gauche, à droite, derrière lui. Tendit l’oreille. Fit un pas. Huma l’air. Rien, rien. Rien ne sollicitait ses sens.
Seule cette douleur tenace, qui à force, l’engourdissait, le paralysait presque. Il se laissa retomber et sombra à nouveau dans le néant.
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