06 Caviardage expansion
Posté le 20.12.2006 par clameurs
Une rencontre
Un trottoir luisant de pluie, presque translucide à force d’être balayé par les gouttes qui s’y accrochent,
les phares des voitures, incessant tourbillon, s’y projettent pour créer de ci, de la, des dizaines de couleurs sur le noir immaculé …. Couleurs éphémères qui très vite se diluent sous la pluie -
Une rue de paris anonyme
Quartier des halles
Il pleut ce soir
En ce début de novembre, déjà la température est glaciale et la ville entière grelotte
Mathilde a 20 ans, peut être un peu plus et sort du cinéma avec un vague copain rencontré certainement sur les bancs de la fac – un de ces visages très vite oubliés au fil du temps qui s’envole – copain de fac, espace d’un moment avec qui on partage un film, un café, des idées, parfois un rêve et quelques chimères – copain tout aussi éphémère que les couleurs qui brillent sur le trottoir de cette rue, ce soir là, alors que la pluie n’en finit pas de tomber.
Des parapluies multicolores, quelques uns bariolés, losanges et carrés, quelques uns couverts de lettres, slogans publicitaires sans doute , ou mots d’amour ,s’ouvrent pour finir par former au dessus du trottoir comme une espèce de tente immense et étrange –
chacun se protège de la pluie qui dégouline, presse le pas,- les parapluies se croisent, s’entrecroisent parfois, se mélangent souvent
arc en ciel de lumières, les halles ne dorment jamais , s’agitent jusqu’au petit matin – la vie est partout-
Mathilde est là, au milieu de ces gens pressés avec son copain dont elle a oublié le prénom et sans parapluie.
déjà , ses cheveux sont trempés,
Le film vient de se terminer et tous deux cherchent dans ce quartier de paris un endroit où aller grignoter quelque chose avant de rentrer se coucher – il doit déjà être tard –
Mathilde se plante face à une carte de restaurant afin de lire ce qui est proposé – elle entend en arrière fond, un peu à la manière d’une litanie, le crissement des pneus des voitures qui glissent sur le bitume trempé – elle lit la carte
--- encore un resto américain comme il en existe des dizaines dans ce quartier là, se dit elle en consultant la liste innombrable des hamburgers et autres qui s’affiche devant elle.
Un couple, surgi de nulle part, rejoint soudain Mathilde et son copain et se plante derrière eux –
Un homme et une femme plantés derrière eux, dans la nuit et sans parapluie .
l’homme porte un imperméable, des lunettes un peu de travers et ses quelques cheveux hirsutes dégoulinent – la femme reste dans l’ombre Mathilde a du mal à distinguer son visage –
L’homme se penche pour regarder à son tour la carte du restaurant – Mathilde se pousse pour le laisser passer et se demande un peu bêtement pour quelle raison, ce type s’approche aussi près de la carte ! elle se dit qu’il doit avoir sûrement des difficultés à lire ---
l’homme n’arrête pas de se pencher et Mathilde recule de plus en plus sur le trottoir – Elle se demande s’il s’agit d’un tic de se pencher comme cela sur cette carte –il fait des commentaires à sa compagne par dessus son épaule que Mathilde n’entend pas -
« - vous savez je crois que c’est très sympa ici, il y a un piano au fond de la salle, on pourrait peut être aller prendre une table plutôt que de geler ici …. »
Mathilde sur le trottoir et sous la pluie s’immobilise soudain – elle ne sait si la voix s’adresse à elle, à son copain resté à l’écart, aux deux , ou à la femme qui accompagne l’homme qui vient de parler , toujours penché à déchiffrer sa carte scrupuleusement –
L’homme face à sa carte qui dégouline de hamburgers américains paraît dans la nuit de plus en plus hirsute, les lunettes de plus en plus de travers et l’imperméable à présent détrempé –
l’homme qu’elle n’a jamais vu de sa vie dégouline de pluie et Mathilde dégouline en même temps que lui – les pneus crissent de plus belle sur la chaussée en envoyant parfois des gerbes d’eau sur les pieds des passants
Elle s’entend répondre interloquée, amusée, étonnée
« - et ben oui si il y a un piano alors ! cela vaut le coup d’aller prendre une table ---
éclats de rire sous la pluie – instant un peu magique, presque surréaliste -
le copain de fac a brusquement disparu de l’univers de Mathilde, la femme existe à peine ou si peu –
Pierre vient d’arriver dans son existence, dans une nuit glacée d’un mois de novembre.
dans ce resto enfumé du quartier des halles, tequilas sunrises et hamburgers, on s’entend à peine parler – le piano a du se faire la malle car Mathilde ne l’a jamais trouvé -
elle plonge ses yeux dans le regard de l’homme qui quelques minutes avant piétinait devant elle –elle écoute et il écoute sans doute ce qu’elle raconte – rien de grave, rien d’important – la vie qui passe – des histoires de tous les jours sûrement –
bizarrement jamais l’histoire de Pierre et de Mathilde ne sera amoureuse
jamais ils ne partageront le même lit sauf certains soirs de blues ou Mathilde, si jeune, viendra se blottir dans les bras de ce compagnon de route issu d’une rencontre insolite-
ces soirs là , Mathilde dormira près de Pierre qui trouvera les mots
Pierre viendra lui raconter les aléas de sa vie et se blottir dans ses bras à son tour pour lui parler de ses quêtes impossibles et de ses doutes sans fin –
Pierre et Mathilde, sans doute en errance, dans leur tête , dans leur vie, toujours ensemble , la nuit , le jour.
Posté le 18.12.2006 par clameurs
La rame s’était arrêtée une nouvelle fois et les lumières s’étaient éteintes. Certains des voyageurs commençaient à râler grave. Surtout qu’en cette fin d’après-midi d’été la chaleur devenait insupportable dans le wagon et que petit à petit l’odeur piquante de la sueur venait chatouiller mes narines heureusement peu délicates. Mais ce qui m’inquiétait le plus c’était le risque de rater le train de nuit pour Florence où ma femme m’attendait.
Et aucun moyen de la joindre !
Posté le 18.12.2006 par clameurs
Après Nanterre Préfecture la rame s’était arrêtée une nouvelle fois et brusquement les lumières s’étaient éteintes. Et puis c’était reparti. Peut-être 20m. Et à nouveau sans que la lumière ait été rétablie, un coup de frein brutal avait stoppé la progression du train. Ma valise-sac à dos commençait à me tirer sur les épaules et ma nuque à devenir douloureuse. Certains des voyageurs commençaient à râler grave et on sentait monter un énervement quasi palpable.. Surtout qu’en cette fin d’après-midi d’été la chaleur devenait insupportable dans le wagon immobilisé sous le tunnel et que petit à petit l’odeur piquante de la sueur venait chatouiller mes narines heureusement peu délicates. Mais ce qui m’inquiétait le plus c’étaient ces longues minutes de trajet supplémentaires, c’était cette aiguille qui ne cessait d’avancer au cadran de la montre, c’était l’inexorable écoulement du temps qui augmentait toujours plus le risque de rater à la gare de Lyon Bercy le train de nuit pour Florence où ma femme m’attendait.
La lumière revint et très lentement le RER s’ébranla. Une annonce grommelée avec un fort accent toulousain n’essayant même pas de nous donner une idée du retard prévisible, se contenta de nous parler d’un problème technique de signalisation. Qu’est-ce que ça pouvait bien me foutre, la cause du retard ?
Et puis ce côté oppressant de complète impuissance, et l’envie de faire taire tous ces cons dont les récriminations ne feraient pas avancer le train plus vite.
Et en plus aucun moyen de la joindre !
Son portable ne marchait pas à l’étranger et elle-même devait être en ce moment en route dans un car sur les routes de Toscane.
Mais ça n’avançait toujours pas plus vite. Comme si le frein n’avait pas été desserré.
Qu’est-ce que j’allais faire ? Descendre à la prochaine station et me précipiter sur un taxi avec une grande probabilité à cette heure de pointe d’être maintenant bloqué dans les embouteillages. Me renseigner s’il y avait encore un vol qui me fasse arriver à Florence a vant le début de la matinée ?
Ou bien tout simplement m’abandonner comme bien souvent au cours des choses, à ce que parfois bien pompeusement « la destinée ». « La destinée, à quoi ça tient, on n’en sait rien, rien, rien » commençais-je à fredonner intérieurement, « la destinée, à quoi ça tient, on n’en sait rien ! ».
Et tout d’un coup tout mon énervement se dissipa. Et bien, oui (comme aurait dit De Gaulle, me dis-je avec un sourire pas seulement intérieur, sourire qui eut le don d’interloquer visiblement mon voisin d’infortune), j’allais laisser faire. Et puis, quoi ? J’y pouvais rien, non ? On allait bien voir.
Et le train commença à reprendre une vitesse plus normale, plus habituelle. Après tout, vu l’heure, en courant dans le couloir de Bercy, je devrais tout de même y arriver.