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Nom du blog :
clameurs
Description du blog :
atelier du samedi après-midi, 05 06 07
Catégorie :
Blog Religion
Date de création :
18.12.2006
Dernière mise à jour :
05.05.2008
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03 Ville maison lettre

François : ville, maison, lettre

Posté le 18.12.2006 par clameurs
Il n’avait trouvé que le dos d’un prospectus pour écrire le brouillon de cette lettre qui pourtant pourrait peut-être changer sa vie. Il faisait chaud, très chaud.
Assis en caleçon sur le tabouret, unique siège rescapé du naufrage de son ménage (car on ne pouvait guère compter sur le canapé lit pour s’asseoir, il était devenu bien trop mou) il épongeait avec un grand mouchoir à rayures la sueur qui transperçait son maillot de corps.
Rien à faire, ça ne venait pas Il mâchonnait le bout de son crayon, se grattait sa barbe de trois jours du bout de l’index noir de son index gauche.
Une voiture de police passa en hurlant de son épouvantable sirène, illuminant brièvement de la lueur bleue de ses gyrophares le papier peint crasseux qui en certains endroits partait en lambeaux.
Même en plein jour cette pièce était épouvantablement sombre, cachée de toute lumière naturelle par l’horrible gratte-ciel attendant une prochaine démolition et qui de l’autre côté de l’impasse grillagée lui bouchait toute échappée vers le ciel.
Juste une vue sur l’escalier de secours rouillé à la balustrade branlante qu’empruntaient parfois quelques candidats squatteurs.
Les remugles de la benne à ordures de l’impasse se mélangeaient dans ses narines avec l’entêtante odeur du bitume en fusion et les gras relents de son repas inachevé de la soirée d’hier. Pour se donner du courage, il attrapa la dernière canette de bière saisie ce matin à l’étal du petit portoricain tout fripé du coin de la 73ème.
Et il reprit son crayon..
Mais toujours pas d’inspiration. Ce ne devrait pourtant pas être trop difficile de trouver les arguments qui porteraient, qui feraient bouger cet imbécile. De toutes façons, con comme il était, il n’y verrait que du feu.
Mais lui, il avait une sorte de conscience professionnelle de truand. Dans sa déchéance il continuait à aimer l’ouvrage bien faite, peaufinée.
La voiture de police, toujours sirènes hurlantes, repassa dans l’autre sens.
Bon, alors, quoi ? Comment ? Par où ? Merde, et re-merde, et re-re-merde comme aurait dit son pote RQ qui avait des lettres.
Après tout pourquoi une lettre ? Un coup de bigo lui coûterait à peine plus cher qu’un timbre. Mais là, il y aurait dialogue et même aussi stupide qu’était ce connard, lui, il n’arriverait pas à dissimuler l’inquiétude dans le fond de sa voix.
Tandis que sur du papier, trop absorbé à déchiffrer les mots, puis les phrases, puis le sens, ce pourri ne remarquerait pas le tremblement hésitant qui inévitablement allait ornementer sa prose. C’est pour ça qu’il commençait par un brouillon. Et puis ça lui donnait un petit délai.
Mais non, bougre de con ! C’est urgent ton truc. Y a que cet enfoiré pour te fournir les moyens de la solution que tu as déjà soigneusement mijotée, échafaudée, étayée, munie de délais, d’attendus et d’étapes.
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