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Nom du blog :
clameurs
Description du blog :
atelier du samedi après-midi, 05 06 07
Catégorie :
Blog Religion
Date de création :
18.12.2006
Dernière mise à jour :
05.05.2008
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02 On lui avait bien dit

Maryse : On lui avait bien dit...

Posté le 28.08.2007 par clameurs
.
ON lui avait bien dit de ne jamais ouvrir cette porte et l’enfant obéissant qu’il était avait accepté. Sans discussion. On ne peut pas réduire la rébellion à l’âge, c’est un univers éblouissant qui cisèle les couleurs et se limite au noir et au blanc.
Du joli enfant sage, l’ado rebelle et râleur qui remet tout en question les horaires, les refus, l’hypocrisie, la rêverie avaient pris place dans une pagaïe qui le rendait électrique.
S’il ne se comprenait plus lui-même, il ne comprenait plus ses parents.
C’était quoi cette porte ? Et puis quoi à l’intérieur ? Si je parle de la porte Maman en fait une tête. Ce môme se retournait dans son lit, tirait sur sa couette aux avions tricolores. Hier encore, il grondait, mimant le bruit des moteurs, des atterrissages, ses pieds faisaient le dragon chinois en-dessous, et les avions montaient en piqué, loopingaient sur la mer, rentraient dans les hangars pour en ressortir à l’assaut de l’ennemi, visaient le porte-avion, vrombissaient dans un ciel de tourments et se reposaient, il fermait les yeux, content.
Là, ce soir c’est une avalanche qui débute en bémol. Doucement, il imagine des trucs de ouf : derrière la porte un joli vieux mort enveloppé dans une couverture de l’armée, le cercueil est ouvert et sa pensée s’attarde sur des os blanchis ou carbonisés comme la momie, décide que non ça ne colle pas, ça puerait.
Alors des armes, des mitrailleuses, des kalachnikoff, des roquettes, vroum, des grenades offensives, non défensives, des mines comme dans ces pays qu’il ne connaissait pas, comment déjà ? La Chine ouais c’est ça c’est par là le Vietnam, oui sa sœur y était allée, un truc en odge ouais, un truc en odge où des machins pètent à la gueule et laissent des gamins de son âge avec une jambe.
Il se voit dans la cour du collège avec une jambe de bois en bambou regardé par les copains, leurs regards l’échauffe, le gêne, il n’aime pas . C’était quoi cette porte ? Du fric ! J’aimerais bien trouver du fric !
La liste des achats s’affichent dans sa tête, une mob, des nike, un vrai ballon de rugby et un autre de foot, une nouvelle voiture toit ouvrant avec dvd incorporé, ce sac que sa mère avait regardé en rouge, tout ça en douce en père Noël, mais non crétin si c’était de l’argent les parents ne seraient pas dans la dèche. La porte serait ouverte.
Un secret, son père avait tenté de lui expliquer secret défense ; et les deux mots étaient restés accrochés-attachés secret défendu, défense de, tu n’as pas le droit de…
Et toc, réflexe de rage, l’avalanche roule, gronde sur les pentes, dévale se cogne dans les sapins, les brise et son jeune cerveau s’inonde d’adrénaline, ses synapses connectent en cascade ses neurones, des bouillonnements dans son cœur qui s’emballe et un raisonnement absurde comme une évidence noire : je vais la casser cette porte, j’en ai marre de cette pièce qui ne sert à rien avec leurs regards zarbi, ces oeillades coulées, leur air malin, papa le disait bien quand il parlait de mai 68, il est interdit d’interdire, et la porte alors ?
Il échafaude, il cherche.
L’avalanche est stoppée, juste une poussière de neige froide poussée par le vent, il se lève, ses petits pas légers d’enfant le portent dans la chambre des parents qui dorment vers ce tiroir. C’est la première fois qu’il désobéit sciemment, il entend des respirations et du silence.
La ficelle verte de la clé dans la main il avance et ouvre, et ce môme sage et batailleur s’envole au dernier étage.
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