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Nom du blog :
clameurs
Description du blog :
atelier du samedi après-midi, 05 06 07
Catégorie :
Blog Religion
Date de création :
18.12.2006
Dernière mise à jour :
23.05.2008
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Ariane : Nouvelle

Ariane : Nouvelle

Posté le 20.12.2006 par clameurs
Pierre regarde Mathilde .
Mathilde regarde Pierre
Ils n’en finissent pas de se regarder.
Et Pierre n’arrête pas de parler

Le restaurant est plein de monde, de ce monde parisien d’un soir de semaine, monde bigarré et cosmopolite , amoureux transis sans doute, hommes et femmes qui parlent d’affaires et sûrement d’argent, amants d’un soir et histoires d’amour qui se croisent , se décroisent, retrouvailles et séparations, peut être ….

Parfois Mathilde n’entend plus la voix de Pierre à cause du brouhaha qui n’en finit pas

Ils ont vieilli tous les deux depuis la dernière fois
La dernière fois c’était il y a 25 ans
Une rencontre un soir sur un trottoir des halles et une amitié peut être un peu amoureuse --- ces instants passés, cinés partagés, éclats de rire , quelques larmes versées et confidences sans oreillers.

Et puis la vie, l’oubli, Pierre et Mathilde ont continué et le temps a passé, coulé et tout a disparu – sauf les souvenirs -

Pierre est là ce soir, revenu soudain, tempes grisonnantes, plus beaucoup de cheveux mais les lunettes toujours un peu de travers – Mathilde retrouve cette voix, celle là même qui lui parlait quand elle avait 20 ans et que souvent elle déraisonnait.
Tout vibre dans sa tête , Pierre qui séchait ses larmes de presque adolescente et qui l’engueulait quelques soirs – l’épaule de Pierre sur laquelle elle se posait –

Elle écoute dans ce restaurant bondé, ce soir là, cette même voix qui résonne au fond d’elle même .
Parfois elle a du mal à entendre

Il y a quelques jours, Mathilde n’a eu de cesse sans qu’elle sache vraiment pourquoi de retrouver Pierre- a un coin de rue, dans une boîte jaune elle a glissé son message, peut être appel au secours, peut être besoin de retrouver le passé, peut être rien , peut être tout --- elle ne sait plus – sur la boîte jaune il était écrit que son message partirait à 15 heures pour rejoindre Pierre – Mathilde ce jour là s’est sentie brusquement soulagée.
Elle a su que Pierre reviendrait de là ou il était et au bout de 25 ans d’absence

Le silence est rompu
Pierre est revenu

Elle est là , face à lui, accoudée à cette table de resto
Pierre a commandé un saumon à l’aneth et une vodka- elle n’arrête pas de fumer tout en mangeant sans doute quelque chose et guette son portable- Mathilde a menti pour aller revoir Pierre

« - et dans dix ans , tu as pensé a ce que sera ta vie dans dix ans ? tu attends quoi ? j’ai dix ans de plus que toi et je peux me permettre de te le dire «

statufiée, immobile, impassible et tirant toujours sur sa cigarette, certainement très pâle, elle écoute cette voix qui lui énonce avec ce sourire qu’elle n’a jamais oublié, ces vérités qu’elle se répète depuis des mois
vérités qui lui font mal mais qui sont les siennes, vérités d’une histoire qui s’écroule, de son histoire qui se fait la malle

et dans sa tête revient brusquement ce « Pierre dis moi la vérité « qu’elle a tant aimé, Pierre --- dis moi la vérité, rue de seine, dix heures du soir et le chapeau qui tombe
rue de seine, dix heures du soir
et tout se met à tomber

et Pierre énonce calmement la vérité , sans ambages et sans détours
« - quand je te vois là devant moi, j’ai envie de te dire de fuir, après ce sera bien trop tard – tu m’as sans doute appelé pour entendre cela »

oui, sans doute Pierre pour que je puisse enfin prendre le risque de ne plus jamais me retourner, pour que je puisse décider de tirer un trait sur une partie de ma vie, pour que mon histoire bascule,
oui je t’ai appelé Pierre

Mathilde revoit la boîte aux lettres jaunes et ce coin de rue --- avec la boulangerie a côté où elle est allée chercher sa baguette après avoir mis sa lettre
Le feu rouge qui clignotait et les voitures qui la croisaient
La vie qui continuait – et la boite jaune, appel au secours , Titanic qui se met à couler, naufrage, sans appel, terminé ---- je sombre
Pierre, dis moi la vérité

La vodka qu’il vient de terminer
La cigarette qu’elle vient d’allumer
Entend le bruit des voix autour d’elle, des gens qui parlent de la vie, de leur vie, d’argent , d’amour et de haine , les gens qui se lèvent et qui s’en vont ailleurs

Elle a la tête qui tourne un peu et envie de pleurer
Dans sa gorge tout se noue mais elle résiste

Il fait froid en ce mois de novembre et on grelotte sur le trottoir de l’avenue kleber, trottoir désert à cette heure là – le portable de mathlide n’a pas sonné
Pierre sur le trottoir et dans le froid prend Mathilde dans ses bras et la serre contre lui un peu comme on prendrait un enfant et dit, face aux arbres dénudés

« tu vois , on sent que les fêtes de fin d’année ne sont plus très loin, les arbres sont tout gelés »

Mathilde sourit --- ravale ses larmes --- les fêtes de fin d ‘année c’est dans un mois et les arbres sont déjà tout gelés – Pierre est là , près d’elle – histoire inachevée, amour amitié plusieurs décennies derrière, Pierre dis moi la vérité – boîte jaune au coin de la boulangerie, 15 heures ce jour la et l’avenue Kléber qui grelotte
Saumon a l’aneth et vodka et quelques cigarettes

Elle doit rentrer chez elle

Fonce jusqu’au pont de Neuilly et le portable se met à sonner
Pierre qui ne cesse de lui rappeler que la vérité et la vraie vie n’est pas très loin – au delà des arbres gelés


La voix de Mathilde se casse et dans la nuit du pont de Neuilly, elle sait que jamais elle ne se retournera- derrière elle la rue Kléber, devant elle la promesse d’une autre vie

En rentrant chez elle, Mathilde a un peu mal au cœur
Elle regarde sa maison et se dit simplement que cela lui fait drôle
Dans quelques temps elle ne sera plus là –

Le Titanic a définitivement sombré et Mathilde n’a plus envie de pleurer

« dans dix ans , Mathilde, tu as pensé à ce que sera ta vie ? »

elle a simplement ce soir là fermé la porte à clefs

merci Pierre



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