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Nom du blog :
clameurs
Description du blog :
atelier du samedi après-midi, 05 06 07
Catégorie :
Blog Religion
Date de création :
18.12.2006
Dernière mise à jour :
23.05.2008
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Didier : phrase longue

Didier : phrase longue

Posté le 19.12.2006 par clameurs
UNE PHRASE D’ECRITURE :

Inde août 1989, j’avais acheté la semaine précédente à New Dehli chez un vendeur ambulant de Connaught place, un petit cahier de feuillets jaunes reliées par une mince ficelle blanche, entourées d’une couverture rouge légèrement en relief, un cahier tout ce qu’il y a de plus indien, qui avait du me coûter quelques dizièmes de roupies tout au plus, et qui devait devenir le réceptacle de toutes les émotions de mon voyage, un cahier que je venais de sortir de la poche extérieure de mon sac à dos et que j’ouvris avec précaution, comme une relique qu’il n’était pas encore devenu, dans ce train de nuit qui me menait à Jaisalmer, cette ville autrefois si prospère et désormais soumise aux assauts répétés du désert du Thar, ville mystérieuse dans laquelle je me promettais déjà d’engloutir mon imagination, ville qui allait j’en étais persuadé m’inciter à remplir des pages, des pages et des pages de mon merveilleux petit cahier jaune que j’avais à présent ouvert à la première page, encore vierge de toute impression, et dont j’allais dans un instant déflorer l’intimité, souiller la magie immaculée, par mon écriture saturée de ratures, non ce n’était pas possible, j’allais m’appliquer, il fallait que je m’applique pour ne pas rater cette toute première page, celle qui allait donner le ton à toutes les autres, et pendant que défilait à travers la vitre du train le paysage encore urbain des faubourgs de Dehli, j’étirai mon grand corps ankylosé sur la banquette de 2ème classe qui consacrait ma liberté , liberté d’un jeune homme sans attaches partant vers l’inconnu, vers ce désert dont on apercevrait bientôt les premières tâches, d’abord sporadiques, émergeant d’un tissu de maisons de plus en plus éparses, puis gagnant peu à peu du terrain , au rythme où le jour se lèverait, un aurore que j’avais déjà envie de décrire comme le symbole d’une vie nouvelle qui soudain, miracle, s’était mis à défiler dans ma plume, ma plume qui courrait désormais comme un torrent, le long du papier jaune, s’enflant au rythme du Dehli- Jaisalmer dont la vitesse faisait maintenant vibrer le tôle du wagon tout entier, m’obligeant à maintenir d’une main fiévreuse la couverture rouge du cahier tandis que l’autre s’évertuait à rattraper le fil de mes pensées, pensées à l’instant détournées par la vision lointaine d’un buffle tirant à l’horizon une antique charrue, menée par un indien dont la silhouette grêle m’inspirait quelque nouvelle pensée, l’histoire de cet homme qui ce soir rentrerait épuisé dans son logis, et dont je me surpris à décrire le dîner frugal dans mon petit cahier jaune qui s’était donc arraché à l’histoire de son propriétaire et, victoire de l’Inde éternelle, recueillait désormais la vie de Gupta, le petit paysan du Rajasthan ;



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