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Nom du blog :
clameurs
Description du blog :
atelier du samedi après-midi, 05 06 07
Catégorie :
Blog Religion
Date de création :
18.12.2006
Dernière mise à jour :
23.05.2008
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François : Nouvelle

François : Nouvelle

Posté le 18.12.2006 par clameurs
Déjà trois jours que J. attend son appel. Il ne sait plus que faire. Son esprit semble se vider lentement pour faire place à une sourde douleur. Ses tripes n’arrêtent pas d’émettre des borborygmes rocailleux. Plus de sommeil depuis des mois.
Ah, elle était toujours aimable, et parfois même souriante, mais la distance entre eux n’avait jamais été si désespérément immense.
J. tourne dans son crâne les dernières phrases de celle qui, il y a maintenant dix-huit mois, lui a signifié qu’aucun avenir commun n’était possible.
Qu’il y aurait toujours entre eux le « marquis » comme elle continuait à l’appeler. Cet homme, elle l’avait passionnément aimé et impitoyablement humilié. Et ce cadavre dans le placard l’empêchait à jamais de renouer des relations normales avec un autre.
Normal, normal, ce mot continuait à résonner : qu’est-ce donc que des relations normales entre deux êtres dont l’un s’est volontairement fait prisonnier de l’autre ?
Et si encore J. pouvait combattre l’autre, ce marquis inaccessible.
J. connaissait Edith depuis plusieurs années. Des relations « normales » de travail. Ils avaient eu à régler ensemble quelques cas difficiles et J. avait su faire apprécier son sens humain et sa générosité à Edith. Il lui avait toujours trouvé un charme carré, accentué par des tenues invariablement classiques. Edith n’était ni grande ni petite. Son sourire n’était pas rare, mais empreint d’une espèce de retenue froide assez désarmante.
Et un jour il l’avait croisée dans un couloir marchant comme un zombi. Et après quelques salutations d'usage entre eux, elle lui avait demandé de venir la voir dans son bureau. Là elle s’était effondrée. Son ami venait de se suicider. Plus de sourire froid, mais des yeux de chien battu, des traits ravagés par le souffrance.
Et un appel à l’aide : je ne peux pas rester seule ce soir !
Et J. était allé la voir, l’avait écouté parler de son « marquis », qui venait si brutalement, si inexorablement de rompre.
Et puis après l’écoute, il y avait eu les premiers gestes de réconfort. Elle lui avait demandé une nuit de présence, de chaleur. Et quelques jours après, cette chaleur s’était transformée en des étreintes. Et en quelques mois de relations amoureuses.
J. repasse ces épisodes, revient sur tous ces moments d’abord heureux, puis de doute, puis épouvantables quand il s’était aperçu qu’elle invitait d’autres hommes chez elle et surtout qu’elle ne voulait plus de lui.
J. a ce matin feuilleté le dernier annuaire du téléphone et machinalement il l’a ouvert à la petite ville où le « marquis » avait résidé. Et cherché son nom. Et trouvé son nom au « marquis ».
Aurait-il encore de la famille là-bas ?
J. prend le téléphone, forme le numéro. Une voix bien timbrée, chaude lui répond : « Marc Ister, à l’appareil. »
J. raccroche.



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