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Nom du blog :
clameurs
Description du blog :
atelier du samedi après-midi, 05 06 07
Catégorie :
Blog Religion
Date de création :
18.12.2006
Dernière mise à jour :
05.05.2008
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François : Pastiche

François : Pastiche

Posté le 27.03.2008 par clameurs
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Anamnèses
1. Devant la petite maison blanche proprette, le chat noir a surgi et se frotte voluptueusement à mes jambes : c’est Paula.
2. Sur la table encombrée de livres, de cahiers, d’enveloppes, de crayons, émerge un petit bout de papier blanc sur lequel s’affichent, en deux couleurs, les prénoms et dates de naissance de mes enfants et petits-enfants.

Analyse
L’acacia de Claude Simon p.146-149
Type de texte : essentiellement une narration, avec légère allusion à des sentiments.
La focalisation est globalement externe (un petit monologue intérieur introduit une courte focalisation interne), à moins que l’on considère toute cette description comme vue, ressentie par la femme.
L’espace-temps a dans ce passage une importance essentielle, puisqu’il décrit un lent voyage de retour. Le temps général est l’imparfait, avec un très fréquent usage du participe présent dans la description de tous les événements successifs.
La grande particularité du style de Claude Simon est la longueur des phrases (une seule dans l’extrait utilisé, et c’est très loin de représenter un maximum) et une certaine complexité, comme des imbrications de subordonnées (dans d’autres passages, il utilise l’imbrication de parenthèses, jusqu’à 4 ou 5 niveaux), complexité qui ne nuit pas à la compréhension générale.
Il y a peu de répétitions (l’adjectif « même » qui fait ressortir une continuité), mais plutôt certaines accumulations : « au sortir cette mer ou plutôt ce lac intérieur, cette mare, cette liquide matrice d’alphabets, de chiffres, de colonnes cannelées et de marbres » ; « les noms des iles, des caps, des détroits, des montagnes »; « explosant, rejaillissant, retombant en pluie »

Mon attrait, ma fascination, pourrais-je presque dire, pour l’œuvre de Claude Simon, dont j’ai essayé de prendre un extrait caractéristique, vient essentiellement de son style (on retrouve dans la plupart de ses romans presque toujours les mêmes supports de narration : la guerre d’Espagne -Le Palace-, la déroute de 1940 -La Route des Flandres- l’histoire de sa famille -Histoire et L’Acacia-, vus sous des angles, avec des chronologies différentes). Je me laisse entraîner par ses longues descriptions habilement rythmées, je m’y baigne, m’en laisse imprégner comme avec certaines musiques rhapsodiées. Elles sont si fortes, si précises qu’on n’a (que je n’ai) aucune difficulté à visualiser les scènes et à les ressentir, les vivre.

Pastiche
Le petit morceau de papier

Elle l’avait fait pénétrer avec une certaine solennité, peut-être un certain respect, bien qu’il eut pu être son fils, une certaine emphase même qui lui semblait presqu’incongrue, déplacée, inadéquate dans cette entrée dont le mur droit était garni d’une bibliothèque, d’étagères plutôt, où il avait remarqué, disséminée devant les volumes, une dizaine de photos parmi lesquelles, avec surprise, il avait distinguée la sienne (il se demandait par quel biais, cette photo avait bien pu atterrir, ici, en terre étrangère, chez cette femme qu’il n’avait vue que trois fois) et, pendant que déjà le sourire avait sur ses lèvres remplacé la mine un peu compassée, peut-être presque gênée qu’il avait en entrant, il s’était avancé dans la pièce, pensant que cet accueil était un peu bizarre, en tous cas plutôt inattendu, et répondant quelques mots de circonstances que, dans cinq minutes, il ne se rappellerait plus avoir prononcés, sur le temps qu’il faisait, sur la difficulté à trouver la maison, sur son voyage (quelle question lui avait-elle donc posée ?), puis sentant entre ses jambes une pression insistante, découvrant le chat noir qui s’y frottait (dont il saurait plus tard qu’elle se nommait Paula) et qui soudain sautait prestement sur la table à sa gauche, attirant son œil sur cet amas, cet amoncellement de carnets, de revues médicales, de cartes postales principalement des photos de monuments, de cahiers bleus et noirs, de lettres, de crayons, d’enveloppes manifestement ouvertes à la hâte, de livres brochés, reliés, et là, au milieu, bien visible, ce morceau de papier blanc certainement arraché à un carnet, où avec étonnement, presqu’avec stupeur, il découvrait, il distinguait, écrits en deux couleurs, vert et rouge, quasiment calligraphiés, les prénoms et dates de naissance de ses propres enfants et petits enfants, tandis qu’elle s’était rapprochée, avait repéré son regard, plutôt l’orientation, la direction, la destination de son regard, et avait saisi (il se demandait d’où elle l’avait sorti) une grosse chemise cartonnée, noire, qu’elle lui tendait maintenant se redressant, avec de nouveau une attitude solennelle, presque déférente, elle qui aurait presque pu être sa mère, et lui se rappelant tout à coup qu’en voyant sa photo sur les étagères, parmi les livres, il lui avait dit, s’était exclamé « mais c’est comme si je faisais partie de la famille », et elle d’un mouvement des yeux l’invitant à ouvrir le dossier.

Il s’assit sur le premier siège venu et défit les élastiques.
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