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Nom du blog :
clameurs
Description du blog :
atelier du samedi après-midi, 05 06 07
Catégorie :
Blog Religion
Date de création :
18.12.2006
Dernière mise à jour :
05.05.2008
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Françoise : Description narrativisée

Françoise : Description narrativisée

Posté le 11.03.2008 par clameurs
.
Il y avait un banc de pierre dans un coin, une ou deux statues moisies, quelques treillages décloués par le temps pourrissant sur le mur ; du reste plus d'allées ni de gazon ; du chiendent partout. Le jardinage était parti, et la nature était revenue. […] Les arbres s'étaient baissés vers les ronces, les ronces étaient montées vers les arbres, la plante avait grimpé, la branche avait fléchi, ce qui rampe sur la terre avait été trouver ce qui s'épanouit dans l'air, ce qui flotte au vent s'était penché vers ce qui se traîne dans la mousse ; troncs, rameaux, feuilles, fibres, touffes, vrilles, sarments, épines, s'étaient mêlés, traversés, mariés, confondus […].
Victor Hugo, Les Misérables.


Description narrativisée de Françoise

Cinq ans.
Assis dans sa voiture, et le moteur éteint, il regarde la petite maison aux volets fermés baignée par le soleil rougeoyant de fin de journée. Sur le côté, se trouve le jardin délimité par un muret de pierre et auquel on accède par une petite barrière. Alors que son coeur semble pris dans un étau, une douleur vive remonte de son estomac jusqu'à sa gorge qui semble se rétrécir, l'empêchant presque de respirer comme si elle était serrée par des mains malveillantes.

Cinq ans
Les souvenirs affluent, le temps n'a fait pas fait son travail d'apaisement et
de guérison. Toujours cette souffrance, ce manque d'elle, de son rire, de sa présence, de sa gaité.
Le bleu qui recouvre les volets et la barrière du jardin, c'est elle qui l'avait voulu, pour être en harmonie avec le ciel, qui peut être si bleu ici, et la mer translucide que l'on aperçoit au loin quand on se tient devant la maison.

Lentement il sort de la voiture.
Il a pris sa décision, la maison est en vente depuis une semaine. Mais il voulait la revoir... une dernière fois.

Il ne se sent pas encore prêt à affronter la maison, où il n'a rien touché depuis ce jour-là. Il se dirige vers le jardin. Doucement il pousse la porte dont la peinture bleue s'écaille maintenant. Elle émet un grincement en lui livrant le passage.
La vue qui s'offre à lui est à la fois si familière et si différente. Sa gorge se serre à nouveau alors que les souvenirs prennent place devant ses yeux.
Il y a toujours le banc de pierre dans un coin. Ce banc où ils s'asseyaient les soirs d'été lorsque la chaleur les empêchaient de dormir. Ce banc où inlassablement, ils ont écrit leur avenir, projeté leur rêves, imagé leurs enfants. Il en voulait deux, elle trois, ils se chamaillaient toujours à ce propos.

Son regard balaye le jardin. Que reste-t-il de ce paradis qu'elle avait mis tant d'amour et de passion à faire naître ? Une ou deux statues moisies qui ne reflétent plus la lumière du soleil, quelques treillages décloués par le temps pourrissant sur le mur, là où courrait avant une glycine odorante, qui embaumait l'air et égayait la façade de la maison. Du reste, plus d'allées ni de gazon; du chiendent partout. Le jardinage était parti. Le temps avait balayé ce mélange si savamment pensé, si harmonieux et apaisant qu'avec patience elle avait su créer, et qui donnait l'impression que tout avait poussé à sa guise, que c'était la nature qui avait fait ce cotoyer ces fleurs aux couleurs se mariant si parfaitement, ou ces quelques fleurs sauvages poussant dans l'herbe un peu haute sous les pommiers. Elle s'était inspiré des jardins anglais pour lesquels elle avait une passion, et qui, selon elle, seuls savait magnifier la nature.
Et la nature était revenue, sauvage, laide, triste, sans harmonie et sans couleur. Les arbres s'étaient baissés vers les ronces, comme pliés sous une charge trop lourde de peine et de chagrin, les ronces étaient montées vers les arbres, autant de tentacules de souffrance et de douleur entourant leur proie.
Et là bas, au fond du jardin, le rhododendron géant où ce soir de juin, en rentrant du travail, il avait trouvé son corps inanimé allongé auprès de l'escabeau. Il revoyait sa chevelure éparse sur le sol, son short bleu marine, son tee shirt blanc et cette grosse tache rouge au creux de son estomac, là où les sécateurs lui avaient ôté la vie lorsqu'elle était tombée.

Il s'approcha de ce lieu où son avenir s'était arrêté, au moment où le souffle de sa vie à elle s'était envolé. Ce rhododendron qu'elle aimait tant, et qui lui avait rendu son amour en lui prenant la vie. La plante avait grimpé, la branche avait fléchi, ce qui rampe sur la terre avait été trouver ce qui s'épanouit dans l'air, ce qui flotte au vent s'était penché vers ce qui se traîne dans la mousse ; troncs, rameaux, feuilles, fibres, touffes, vrilles, sarments, épines s'étaient mélés , traversés, mariés, confondus.
Et au milieu de ce désolement, essayant de se frayer un chemin vers la lumière et le soleil, il aperçut, à l'endroit où elle avait rendu son dernier soupir, une petite touffe de pâquerettes sauvages qui jamais n'auraient dû pouvoir pousser là. Ses fleurs préférrées.
Il sentit une onde d'apaisement le parcourir.
Il accueillit avec bonheur ce petit signe. Dans ce bouquet de fleurs simples et sauvages, qui lui ressemblaient tant dans leur finesse, leur harmonie, leur obstination et leur fragilité apparente, elle lui adressait un petit signe.
Il tourna le dos et d'un pas lent se dirigea vers la maison.
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