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Nom du blog :
clameurs
Description du blog :
atelier du samedi après-midi, 05 06 07
Catégorie :
Blog Religion
Date de création :
18.12.2006
Dernière mise à jour :
05.05.2008
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Kristina : Texte hors atelier

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Posté le 11.03.2008 par clameurs
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Feuilles volantes

Ecrites à la main ou tapées à la machine, nous sommes bien là, nous, les feuilles : noircies d’encre et abandonnées ça et là, dans un coin de l’appartement !
Mais qu’avons-nous mérité à être ainsi délaissées, jonchant misérablement sur le sol et condamnées à une bien morne existence ? La fatigue ; la routine ; le trop noirci ; le trop plein d’émotions rentrées, étouffées, ou bien encore jetées à la figure sur du papier bleu…
Soit ! Que nous soyons à même le sol ou que nous virevoltions partout dans l’appartement, nous n’avons cure de l’omniprésence de ce monstre ! Quel mastodonte ! Il trône maintenant dans l’appartement, phagocytant le moindre instant de disponibilité de notre hôte. Il a beau dévorer le monde de ses pixels, nous, les feuilles, tenons bon et ne nous laissons pas avaler si facilement ! Tout juste quelque prétention à déborder, à envahir de temps à autre l’espace dans ses moindres recoins, sans une once de bruit.

Nous, les feuilles, sommes bien là pour rassurer…
Voyez donc cette empreinte figurer au bas de l’une d’entre nous, cette jolie signature sous forme d’arabesque, sans compter ces quelques mots couchés d’un seul trait, ces mêmes mots qui se veulent définitifs et relancent toujours la même question, vitale et parfois teintée d’inquiétude : J’existe, n’est-ce pas ? Est-ce bien moi, ma signature, mon identité, l’expression d’émotions qui me sont propres, même si parfois ces dernières sont entremêlées de crachats ?
A quoi bon nous mettre en boîte, nous les feuilles, tant nous rassurons par le simple fait d’être là, présentes ? Que ce soit à l’état pur ou bien griffonnées dans tous les sens, nous recevons pêle-mêle toutes les émotions, absorbant la moindre contrariété ou regorgeant de trésors.
Telle est notre vocation ; nous supportons tout, envers et contre tout, nous résistons aux rythmes effrénés ou volatiles que subissent nos chères têtes pensantes ; n’avons-nous pas supporté avec sérénité la plume délicieusement plongée dans l’encre noire toutes ces années durant qui ont suivi l’apprentissage de l’écriture au stylo à encre, sous l’œil patient du maître d’école ? Alors, pourquoi cela s’envolerait-il au profit d’un mastodonte trônant dans le salon, tel un sphinx bien campé sur ses quatre ergots ?

A force de joncher au sol, nous ne recevons, hélas, plus aucune considération.
Si seulement nous pouvions détacher l’encre et nous inscrire toutes seules dans un compartiment du salon ou flasher dans la tête de notre hôte. Pourquoi faut-il toujours que nous soyons considérées comme une tâche lourde, fastidieuse, encombrante, alors que tant d’émotions transitent par nous ? Quelle jouissance assurément procurons nous et avec quelle fébrilité nous laissons-nous noircir, pour voir accoucher quelque émotion enfouie jusque là dans les tréfonds. Nous nous épanchons facilement sur une âme esseulée, nous savons combler un vide, nous savons vider un « trop plein », quitte à devenir de temps à autre le bras armé de nos têtes pensantes.... Alors pourquoi nous délaisser à ce point avec toutes ces joies et émotions jetées pêle-mêle, à même le sol ? A quoi bon nous chahuter ainsi, si ce n’est pour masquer aux rares invités un trop plein de spleen …

En un éclair, nous nous retrouvâmes triées d’un seul coup, échappant ainsi à notre morne existence et retrouvant avec sérénité notre raison d’exister : Etre « passeur » de toute une vie, où chacun se sente libre de saisir un coin de feuille noirci à l’encre, fébrilement ou rageusement, l’espace d’un instant.
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