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Nom du blog :
clameurs
Description du blog :
atelier du samedi après-midi, 05 06 07
Catégorie :
Blog Religion
Date de création :
18.12.2006
Dernière mise à jour :
05.05.2008
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Philippe : Nouvelle pour Le Pecq

Posté le 17.06.2007 par clameurs

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Âmes célèbres

"Alors, tu vas vraiment faire ça ? Evoquer tes souvenirs d'enfance.
- Comment s'il vous plaît ?
- Oui, j'ai ressenti que tu allais plaider l'enfance malheureuse, une mère légère peut-être, un père autoritaire. Que sais-je ?
- Je prie vous, me laisser tranquille.
- Ah ?
- Je ne veux pas aux étrangers parler. Clair ?
- Etranger, étranger. Mais c'est du passé mon ami. Nous sommes tous égaux maintenant. Regarde-nous, regarde comment nous sommes ! Des âmes..., invisibles, pfft, pfft !
- Laissez-moi en paix !
- Mais il n'y a plus ni Français, ni Prussiens, ni Anglais ! Ah, ceux-là ! Rien que le nom... Heureusement que je n'en reconnais aucun ici !
- Ja, pareil pour moi. Aussi, j'ai les Anglais pas aimés. Ils ont ma peau eue. Pourtant...
- Pourtant quoi ? Tu regrettes ?
- Je regrette rien, du tout, rien. Je regrette seulement que vous me dites Tu. Je n'aime le tutoiement pas. Clair ? J'ai élevé moi à un rang, un rang ! Tout à fait vraiment kolossal. S'il vous plaît, dites Vous à moi. Merci bien.
- Oui, oui, bon ! Fais voir... oh pardon ! Monseigneur, daignez découvrir vos chevilles ! Elles enflent, comme ils disent sur terre aujourd'hui ?
- Chevilles, chevilles ? C'est pour les meubles ça ! Mais jamais j'ai menuisier été. Jamais menuisier. Seulement peintre un peu, oui, artiste peintre.
- Oh, la peinture ! Delacroix, Géricault !
- J'aime vos impressionnistes davantage. Petites touches, passages subtils, force dans douceur, so...
- Je ne les ai pas connus. Ils ont dû venir après. C'est vrai qu'un siècle nous sépare, Vous et moi.
- Ja, du 20e siècle je dois être le plus haï personnage, en Europe et en Russie.
- Et bien moi, je suis mort dans une île en 1821. J'aurais dû passer bien avant vous devant Saint Pierre.
- Il paraît que les âmes célèbres, ensemble sont jugés.
- Oui, et bien tout ça c'est bien joli, mais notre jugement dernier n'avance pas. Il y a tellement de monde !
- Beaucoup de gens, oui, beaucoup de gens qui ne pas brûler veulent. Je les comprends. Pour de nombreux gens, la chair roussie sent mauvais. Pour moi, au contraire...
- Euh, voyons, oui, oui, pour moi aussi, Noël, la dinde, la poule au pot comme disait un de mes pré ...
- Jouisseur ! Profiteur !
- Vous n'avez pas profité un peu de la vie ?
- Non justement. Ma vie a difficile été. Pas de parents, la grande guerre, et ma grand'mère, à Vienne, une mauvaise femme, impure, je la soupçonnais. La faim, pas d'espoir. La crise, les politiks, pleins les poches, banquiers, affairistes !
- Nous y voilà. Les voilà ces fameux souvenirs d'enfance !
- Ja ja, souvenirs, souvenirs d'adulte aussi, un anéanti pays, des crever de faim gens, mauvais moral. On devait quelque chose faire. Je l'ai fait. J'ai pris le pouvoir, avec nombreuses péripéties, Munich, le Reichstag. Des hommes sont morts. Il fallait que ça soit. Ja, sacrifices de braves. Sacrifices de Mensch aussi. Nécessaire. Gel ! Ach, je m'emporte. Eva wurde me gronder.
- Et bien, puis-je vous dire ce que, moi, je vais plaider ? Hé, hé?
- ...
- Je compte plaider...
- Je ne suis pas intéressé. Cela est pour moi complètement égal.
- Un peu de coeur, Monsieur. Nous sommes sur le même petit nuage si je peux dire. Aujourd'hui même, nous serons fixés sur le sort de notre âme, pour l'éternité.
- So, gut, gut, dites-moi, mon ami.
- Tout d'abord, savez-vous que nous nous ressemblons vous et moi ? Des parents modestes, un même parcours, militaire et politique, long et besogneux, de mêmes batailles dans les sables d'Afrique, dans la neige de Moscou. Puis, vous comme moi avons été, disons, trahis par des incapables. Bref...
- So, was werden Sie plaider ?
- Ah oui. La folie, je vais plaider la folie. Voyez, je suis un méditerranéen, moi. A mon époque, pour s'en sortir, il fallait s'exiler sur le continent. Chez des gens durs, peu accueillants. Pas de cigale, pas d'olive, mais des pavés, des plaines de blé. Je crois sincèrement, sincèreument-hé, que je suis devenu fou, fou de pouvoir, ivre de puissance. Et, en plus, cette Joséphine qui ne me donnait pas d'enfant...
- Achtung, voilà le nuage qui s'ouvre ! C'est mon tour ! C'est à moi ! J'ai élevé moi à un rang, un rang ! Tout à fait vraiment kolossal. Clair ? Je veux chez Saint Pierre entrer... Ach, Saint Pierre, merci me recevoir. Sortez vous, tous les autres, Raus ! Oui toi aussi le Mensch avec les lauriers sur la tête ! Sors de là, ton procès est fini ! Laisse-moi seul avec Sankt Peter ! Mais, mais, que..., Mensch, ta toge, je suis pris dans ta sale toge, dégagez, lâche-moi ! Mais... Au secours Napoléon, mon ami, Napoléon, aidez-moi, retenez moi, ce Mensch m'entraîne vers l'enfer...
- Je ne peux pas, Adolphe, oui, moi..., moi aussi. Ah, je suis entraîné avec vous. Mais, cette âme en toge, on dirait..., mais, oui, un Romain !
- Un Romain ? Un Italien ! Serait-ce le Duce ? Mussolini, dégagez votre habit ! Via ! Via ! Gott ! Lass mir ! Signor Benito, vous me reconnaissez ? Bitte, Hilfe, e pericoloso ! Seccuro !
- Paix ! Je ne suis pas votre Mussolili. Je me nomme Cesar Imperator. Ecoutez-moi ! Saint Pierre me condamne à l'enfer éternel. Toi, Napoléon, tu es la réincarnation de ma personne ! Toi, Adolphe, tu es la réincarnation de Napoléon ! Pas de jugement pour vous. Nous allons tous...
- Aber, qui est la réincarnation de moi ?

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François : Nouvelle pour Le Pecq

Posté le 07.06.2007 par clameurs

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Le petit frère

«Alors, tu vas vraiment faire ça ? Evoquer tes souvenirs d’enfance.»
- Doucement s’il te plait, me dit-elle en jetant un regard vers le lit au fond de la pièce. Ta grand’mère vient de s’endormir.»
Ma tante Paulette m’avait averti l’avant-veille que sa mère, ma grand’mère, était au plus mal et que si je voulais lui dire au revoir, il serait bon que je ne tarde pas. Et puis elle désirait me raconter quelque chose qui datait de son enfance.

Elle me prit par le bras.
«Assieds-toi là, Stéphane, dit-elle en désignant le vieux fauteuil près du canapé où elle-même vint s’installer avec un rien de cérémonie et de solennité. Assieds-toi, mon petit (je n’aimais guère cette apostrophe, surtout depuis que j’avais une bonne tête de plus qu’elle), assieds-toi donc»
«Oui, c’est ça… l’enfance. Avec l’état de déclin de maman il me revient en ce moment beaucoup de choses que je n’ai jamais encore racontées.»
«L’enfance, oui, l’enfance » répéta-t-elle. « Bien que … Enfin, tu vas voir.»
Elle garda un moment le silence, et son regard assez lointain me montrait bien qu’elle ne savait pas vraiment comment, ni par où elle allait commencer.

Puis brusquement elle baissa les yeux vers ses escarpins, lissa d’un geste agacé un pli de sa jupe, et «Voilà. Tu connais les rapports difficiles que j’avais avec ta pauvre mère, avec ta maman, se reprit-elle. Depuis qu’elle nous a quitté si tôt, je regrette souvent de ne pas avoir mieux cherché à la comprendre.»
Elle vit à mon regard que je n’avais guère envie qu’on me rappelle cette agonie où Maman cherchait constamment son souffle, et elle reprit :
– En définitive on était trop proches l’une de l’autre et trop souvent en concurrence à propos de tout et de rien. En tant qu’aînée je voulais toujours avoir raison, affirmer sur elle une certaine autorité. Mais c’était presque toujours elle qui s’en tirait le mieux. Enfin, c’est l’impression que j’en garde, même après tant d’années. Et puis, ce qui était le plus douloureux pour moi, c’est la préférence que Papa, enfin ton grand-père, avait pour elle.
– Tiens, j’avais toujours cru le contraire. Par exemple, quand il t’a demandé à toi de l’accompagner en voyage en Italie, elle en avait crevé de jalousie !
– Tu oublies qu’à l’époque mon mari venait de me quitter, et que j’étais seule et complètement désœuvrée. Et puis ta mère, ta maman, venait juste de prendre ce nouveau poste, et il fallait qu’elle prépare la rentrée. Ne m’interromps pas trop, Stéphane, c’est déjà pas facile, de ne pas perdre le fil de ce que je veux te dire, tu sais.

Elle tourna un instant la tête en jetant à nouveau un coup d’œil vers le lit et reprit, en baissant encore la voix :
– Ta grand’mère, elle, ne paraissait pas faire de préférence, ni de différence entre nous. Mais ça n’en était pas plus agréable pour autant, à commencer par les prénoms dont elle nous avait affublés : Paulette et Colette. Souvent quand elle appelait l’une d’entre nous, nous nous précipitions toutes deux ou au contraire ne répondions pas, pensant que c’était l’autre qui était concernée. Ou alors, c’était «les filles !» Et pourtant, il n’y avait malheureusement pas de garçon ! Ah ! Qu’est-ce que je l’ai regretté ce petit frère qui est mort si jeune et dont on ne parlait jamais. Enfin les parents n’en parlaient jamais : au contraire c’était bien souvent un sujet de conversation et de discussion entre Colette et moi.
– Ça alors, j’en entends moi aussi parler pour la première fois ! Raconte-moi, tante Paulette : il était beaucoup plus…, plutôt il aurait été beaucoup plus jeune que vous ?
Elle ne répondit pas tout de suite et poursuivit :
– C’est ta maman (tiens, elle commençait à ne plus dire d’abord, «ta mère») qui vers huit ans avait découvert la courte existence de Stéphane.
– Glurp !
Je ne pus empêcher un haut le corps. Je m’étais toujours demandé d’où me venait ce prénom, sans que les explications qu’on me donnait me satisfassent.
– Eh, oui, elle t’a donné le prénom de ce frère évanoui !

Elle s’arrêta un instant, me laissant silencieusement avaler cette révélation. Puis elle reprit :
- Un jour, donc, elle devait avoir huit ans et moi neuf et demi, quand un matin où Papa était dans le jardin et Maman sortie en ville, je la vis arriver dans notre chambre, l’air mystérieux et un peu sournois à la fois.
- Tu veux que je te raconte un secret, Pouette ?
Évidemment, que j’avais envie qu’elle me raconte !
- Mais alors, il va falloir que tu fasses quelque chose en pour. »
- Comment, qu’est-ce que tu veux ?
- Je voudrais que tu demandes quelque chose à Maman.
- Ca dépend quoi ! Vas-y, Couette, dis-moi. »
- Et ben voilà, tu vas lui demander de m’emmener avec toi quand elle t’envoie chercher le pain.


- Bien sûr, bien sûr ! Elle aimait tant sortir, découvrir le monde, sauter dans les flaques ou courir après les chats. Mais chaque fois qu’elle avait demandé à m’accompagner, elle l’avait fait avec tellement d’impatience, que soupçonnant on ne sait quelle idée farfelue de la part de Colette, et voyant mon air plutôt embarrassé (je n’avais pas trop envie d’avoir à surveiller ce véritable feu follet), Maman avait toujours refusé. Mais ta mère (tiens, c’était à nouveau « ma mère » et plus ma maman) espérait que si l’initiative venait de moi, cela nous serait accordé. »
- Bon, d’accord. Mais tu promets de ne pas faire l’imbécile, avais-je du ajouter bêtement (comment lui faire tenir pareille promesse !). Alors raconte ! »
- Ben voilà. On a un petit frère qu’est mort », annonça-t-elle très vite. Il s’appelle Stéphane !


La répétition de mon prénom me fit à nouveau sursauter, surtout ainsi mis dans la bouche de ma mère. Tante Paulette, continuait.
- Pas possible ! Comment tu le sais, Couette ?

- Alors elle brandit une espèce de carnet à la couverture vert olive un peu défraîchie qu’elle avait tenu caché derrière son dos sans que je m’en aperçoive. Une petite bagarre s’ensuivit quand je voulus m’en emparer. Mais j’abandonnais rapidement, trop inquiète qu’on abîma ce document dont je pressentais l’importance et trop curieuse aussi de lire son contenu.
C’était le livret de famille de nos parents, que fouineuse comme elle était, elle avait dégotté sur le bureau de Papa. Nous nous installâmes épaule contre épaule et elle commença à feuilleter.

D’abord la double page qui officialisait l’union de

EPOUX
BALLEBLAIS Pierre Joseph Clodomir né à … , le …
(on aurait le temps de revenir sur tout ça une autre fois ; maintenant qu’on savait l’existence de ce document : on saurait bien le retrouver ! et Maman n’allait pas tarder à revenir)

et de
EPOUSE
MAYEUSE Mauricette Aglaé Rose ….

puis

EXTRAIT DE L’ACTE DE NAISSANCE N°352 DU PREMIER ENFANT
Le dix sept août
mil neuf cent quarante six
à dix heures vingt minutes
est née BALLEBLAIS Paulette Germaine Marie
du sexe féminin

- « Tourne, tourne »

EXTRAIT DE L’ACTE DE NAISSANCE N°431 DU DEUXIÈME ENFANT
Le dix huit novembre
mil neuf cent quarante sept
à dix sept heures quarante cinq minutes
est née BALLEBLAIS Colette Gisèle Marie
du sexe féminin

Et, en effet à la page suivante, nous pouvions lire :

EXTRAIT DE L’ACTE DE NAISSANCE N°-63 DU TROISIÈME ENFANT
Le vingt deux mars
mil neuf cent cinquante
à quatre heures
est né BALLEBLAIS Stéphane Pierre Jacques
du sexe masculin

puis, sur la demi page en dessous :

EXTRAIT DE L’ACTE DE DÈCÉS N°-3 DU TROISIÈME ENFANT
Le six mai
mil neuf cent cinquante
à onze heures quinze
est décédé à LILLE, 45 rue du Timbre, son domicile —————
Stéphane Pierre Jacques BALLEBLAIS
sur la déclara ….

- Un bruit de porte qui s’ouvrait puis se refermait et un sonore « Les filles, venez voir un peu par ici ! » nous fit précipitamment cacher le précieux carnet. Je me rappelle même que c’est sous le matelas du lit de poupée que nous l’avions mis à l’abri. Un quart d’heure après, je détournai l’attention de maman pendant que Colette allait le remettre où elle l’avait trouvé. Depuis ce jour-là, nous sommes souvent allées rechercher le livret de famille dans le tiroir où Papa le rangeait et que nous avions rapidement fini par découvrir. Et pendant un temps, nous fumes tellement occupés à nous bâtir des histoires autour de ce petit frère que nous ne nous disputions pratiquement plus. Nous avions rebaptisés notre gros baigneur «Fanou» au cours d’une grandiose cérémonie où je tenais alternativement le rôle du prêtre et de la marraine, tandis que Colette était le parrain très compassé. Quand nous sortions ensemble, car Maman avait fini par céder à mes sollicitations (j’ai toujours mis un point d’honneur à tenir scrupuleusement mes promesses), nous n’avions pas le droit de sortir le baigneur, mais nous emmenions tout de même le petit frère avec nous en le tenant chacune par la main. Les gens que nous rencontrions se sont longtemps demandé quel était ce jeu où l’on marche à la même hauteur en tendant la main l’un vers l’autre. Quand nous étions en fonds (comme nous réussissions assez bien à l’école, nos notes nous valaient quelques subsides supplémentaires, un peu moins pour Colette à cause de la note de conduite, bien sûr !) nous ne manquions pas d’offrir aussi des friandises à Fanou, friandises qu’après un délai raisonnable nous nous partagions et dégustions en son nom.»

Elle se tût un moment, prise par les souvenirs qui remontaient à sa mémoire.

– Mais, Tante Paulette, vos parents ne vous en ont vraiment jamais parlé de ce petit frère ?
– Oh, non, jamais, mon petit Stéphane. Il y avait à cette époque très peu de véritable communication entre parents et enfants, tu sais. Et puis chez tes grands-parents ça atteignait des proportions incroyables. Penses-tu que je n’ai jamais su véritablement le métier de ton grand père : j’entendais parler de «négociant» sans plus de précision. Et me croiras-tu quand je te dirai qu’on ne leur fêtait jamais leur anniversaire, de crainte peut-être que nous apprenions que nous étions «des enfants de vieux». Et pourtant, avec le livret de famille, nous les connaissions leurs dates de naissance !
– Et votre petit frère (je n’arrivais pas à l’appeler Stéphane), sais-tu comment il est mort ?
– Pas vraiment, mais je crois que c’était ce qu’on appelle la mort subite du nouveau-né.

Du côté du lit, on entendit quelque chose qui tombait. Puis la voix douce que j’aimais tant :
«Moi non plus vous savez, je n’ai jamais su. Stéphane, veux-tu me ramasser mon livre, s’il te plait.»
Pendant que je m’approchais du lit elle s’anima, un ton plus haut, précipitant le débit :
«Tous ces gens qui sont venu après, ce remue-ménage. Toutes les questions qu’ils nous ont posées, surtout à cette pauvre Colette.»

Après avoir reposé le livre sur la table de nuit je m’assis à son chevet. Elle reprit sa respiration, me regarda un instant, puis fixa le plafond. Un moment de silence, et plus calme :
«Ce que je me rappelle, c’est que ce dimanche matin là, petit Stéphane avait pleuré plus que d’habitude et que notre pauvre Colette était particulièrement énervée de devoir rester avec lui. Et quand j’étais revenue de la messe…» Je la vis étouffer un sanglot.
«Quand je suis revenue de la messe tout était si calme, que j’ai eu comme un pressentiment. Vite je suis montée à la chambre de Stéphane.» La voix trembla
«Et là tout se trouble. Je ne me souviens plus que de Colette, toute blanche, renfrognée comme quand elle craignait de se faire gronder, recroquevillée dans une encoignure de la chambre et suçant un coin de l’oreiller de son petit frère.»
Et ma grand’mère ferma les yeux.
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Ariane : Nouvelle pour Le Pecq

Posté le 04.06.2007 par clameurs

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SCENES DE VIE


Alors tu vas vraiment faire ça ?
Évoquer tes souvenirs d’enfance …

Mois d’octobre brumeux, plus très loin d’un hiver qui sera sûrement très froid, comme souvent dans ce pays devenu le sien. Ce matin-là, octobre triste, feuilles en pagaille sur la pelouse, Elsa vient de se lever. Il est encore très tôt. Le jour étire ses gris et ses mauves pour se remettre à vivre. Odeur de café dans la cuisine et silence absolu. Les enfants dorment. Dans quelques minutes il faudra les réveiller, préparer leur petit déjeuner, les emmener à l’école avant de regagner Paris pour se rendre à cette audition qu’Elsa attend depuis des semaines.
« Évoquer tes souvenirs d’enfance » ! se répète-t’elle encore et encore. Elle ne sait pas du tout pourquoi tout ce fatras lui revient sans raison, dans la tête ce matin, ces mots qui finissent par lui vriller les tempes. Mais pourquoi ? Pourquoi encore tout ça ? C’est si loin, j’ai des enfants, un mari un peu absent mais c’est sans doute la vie. Je dois oublier ! Ne plus penser ! La tête d’Elsa explose. Dans la salle de bains presque glaciale, l’œil rivé sur le miroir pour tenter maladroitement de se dessiner de jolis yeux, Elsa soupire. Pourquoi cette phrase insolite, là, maintenant ? Elle se trouve belle et soudain tellement moche qu’elle a envie de pleurer. Les enfants, cartables si lourds sur le dos, sont prêts pour le chemin de l’école, le regard encore embué de sommeil. Leur mère dans la voiture n’entend qu’a peine leurs rires. Oscar et Clarisse ne voient pas le désarroi d’Elsa. Oscar et clarisse ont cinq et sept ans. Le monde leur appartient.

L’école et les portes qui s’ouvrent. Rires qui s’envolent. Dans les bouches ce matin, il fait déjà si froid que la buée forme comme de la fumée qui disparaît vers le ciel. Les cartables sautent sur le dos, les enfants s’apostrophent gaiement. Oscar et Clarisse oublient soudain que leur maman existe, et se ruent vers la cour de récré. « À ce soir, je vous aime, travaillez bien ». Et la voiture fait une embardée pour rejoindre Paris.

Je vous aime. Évoquer mes souvenirs d’enfance ! Et ce regard soudain si triste vers la cour de l’école. Elsa, dans sa voiture, fonce, ne sait pas, ou ne veut pas savoir qu’elle roule trop vite, perdue dans ses chimères qui depuis des années la poursuivent. Le jour à présent levé. La scène, personnages mythiques qu’elle imagine être, un jour, Phèdre au labyrinthe ou Chimène amoureuse, « Rome unique objet de mon ressentiment » murmure- t’elle dans un souffle. Elsa l’a tellement rêvé que son mari a fini par déserter. Philippe lui aussi est déjà loin. Aujourd’hui, perdue dans son propre labyrinthe, elle fonce vers Paris. Elsa, si blonde et si fragile, n’en finit pas de souffrir.

Pont de Saint Cloud et embouteillages. Elsa s’énerve. Pare-chocs contre pare-chocs, et la pluie à présent qui dégouline sur les vitres de la voiture, qui dégouline dans la vie et dans les yeux d’Elsa. Elle pense à Oscar si petit et Clarisse devenue si grande déjà, et finit par se dire qu’elle a loupé sa vie, de femme, de mère, sa vie tout court, en tentant d’attraper des ombres qui n’en finissent jamais de lui échapper. Elle va être en retard et elle loupera son audition. Les larmes continuent de couler sur les joues d’Elsa en même temps que son maquillage, alors que les essuie-glace redoublent de puissance sur le pare-brise. La radio ! Mettre la radio.

Elsa met la radio. Elle écoute sans même vraiment entendre le récit sanglant d’un attentat à Bagdad, les présidentielles qui s’affolent et la météo : pluie et vent sur Paris. Et soudain, sans vraiment y croire Elsa entend retentir d’une voix nasillarde le scoop qu’elle n’attendait pas ce jour-là, à ce moment-là, précisément, et ce qu’elle ne voulait surtout pas : « Anastasie Trilovski est attendue ce soir à new York. Cette immense virtuose du piano se produira pour un concert exceptionnel face à un parterre composé de personnalités importantes…

Souvenirs d’enfance qui surgissent comme un boomerang dans la tête d’Elsa. Sa mère si loin ce soir, à plus de 6000 kilomètres. Toujours si loin depuis tout ce temps, loin d’elle, loin de son père disparu depuis des années. Sa mère, devenue un jour Anastasie Trilovski. Avant, Elsa avait une mère avec un vrai prénom, et puis les départs de plus en plus souvent, les anniversaires avortés, les Noëls en solitaire, l’absence et le vide… Anastasie Trilovski derrière son piano sur les scènes les plus prestigieuses du monde. Anastasie Trilovski, ce nom de pacotille qui a gommé à tout jamais celui de son père, qui a fini par effacer sa vie, définitivement. Elsa avait 12 ans lorsque son père a été transporté d’urgence à l’hôpital un soir de décembre, quelques jours avant Noël. Les médecins ont parlé de trop de médicaments et d’une sorte de fêlure à l’âme. Elsa n’a jamais revu son père. Elle s’est alors imaginé qu’il devait être parti en voyage, pour longtemps comme sa mère. Elle s’est mise à attendre, sans répit, le retour de ce père devenu son héros. Noël et ses paillettes se sont éclipsés le jour où elle a compris qu’il ne reviendrait jamais, et son enfance s’est envolée. Tout est devenu opaque.

Elsa hausse les épaules. Retentit alors une des polonaises de Chopin, celle-la même qui laisse le temps suspendu, celle qui a bercé l’enfance d’Elsa et au-delà des embouteillages, tout éclate, se métamorphose, irradie le périphérique. Elsa a cessé de pleurer et écoute les notes qui volent sur le clavier, et qui l’envahissent. Sa mère, qu’elle ne revoit plus que sur des magazines glacés, vient de reprendre le devant de la scène. "Je ne veux plus de ces souvenirs, je les hais, hurle Elsa, alors que la circulation devient de plus en plus fluide." Elle éteint la radio d’un coup sec et dérape sous la pluie. Un automobiliste furieux lui assène un coup de klaxon tonitruant. Elle hurle n’importe quoi, l’autre l’insulte et file vers Paris.

Chaussée glissante, pancartes éclairées, "Paris centre, 20 minutes". Circulation devenue fluide. Presque deux heures dans la voiture… Oscar et Clarisse dans la cour de récré à cette heure-là. Philippe est loin, loin d’Elsa et s’en fout. Depuis dix ans il est un habitué de son âme à la dérive. L’histoire d’Elsa n’a jamais cessé de la rattraper. Chopin s’est tu une fois pour toutes. Chopin est mort. Rien n’existe plus, dans la tête d’Elsa, que le visage et le corps inerte de son père ce soir-là, les hurlements de l’ambulance et sa mère, si blonde, belle, adulée et glaciale. Ce piano, immense dans un salon sans âme, ce piano noir et magique, ces mots-là absents, sans vie, qu’on ne disait jamais, ce silence masqué par les notes qui vibraient dans la maison, trop grande, trop vide, tous les soirs. L’indifférence d’un regard, la souffrance d’un homme qui attend, la quête d’une toute petite fille. Elsa a depuis longtemps dépassé le pont de Saint Cloud. La pluie s’est arrêtée.

A 16h04, un morceau de soleil est apparu sur Paris.
A 16H04, Oscar dans sa classe dessine son papa, sa maman et sa sœur, et les couleurs éclatent.
A 16h04, Clarisse se demande si sa mère, ce soir, lui racontera son histoire préférée.
A 16h 04, Philippe soupire en se disant qu’Elsa a sans doute besoin de lui, elle est tellement fragile.
A 16H04, au même moment, la scène parisienne vient d’ouvrir ses portes à Elsa sous des applaudissements frénétiques. Ses souvenirs d’enfance s’évaporent l’un après l’autre. Elsa a réussi son audition, et le monde entier s’ouvre à elle.
A 16h18, toutes les télés, toutes les radios se taisent pour un communiqué spécial. « L’avion American Airlines, vol 411, à destination de new York, a explosé en vol à quelques minutes de l’atterrissage – on ignore les circonstances de cet accident – une enquête est ouverte pour déterminer s’il s’agit d’un acte terroriste – à son bord, la célèbre pianiste Anastasie Trilovski a trouvé la mort .
Il était exactement 10h04 à new York, ce mois d’octobre-là.
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Thérèse : Nouvelle pour Le Pecq

Posté le 04.06.2007 par clameurs

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Rire, pleurer, rire... c'est bien ça


« Alors, tu vas vraiment faire ça ? Evoquer tes souvenirs d’enfance. » La phrase lui trotte par la tête, alors qu’elle attend, debout, glacée, que cela commence. Déjà un quart d’heure de retard !
"Ah le téléphone ! J’aurais dû l’éteindre !
…………………………………………
Bonjour, Marie.
………………………
Non, malheureusement ! Ils n’ont même pas commencé.
…………………………………………………
La personne du commissariat n’est pas là. Ils ont un malade, parait-il.
…………………………………………………………
Ce n’est vraiment pas la peine, on se gèle, tu vas prendre froid.
Et puis, est-ce vraiment utile de réveiller le passé ?
……………………
Oui, je sais, mais, après tout,…André, c’était aussi mon frère ! Allez, je te quitte.
……………………………………………………………………
Bien sûr! Dès que ce sera terminé. Je t’embrasse."
Et elle recommence à attendre, dans ce cimetière d’autant plus sinistre que ce n’est pas encore le temps des chrysanthèmes ! « …Evoquer tes souvenirs d’enfance… »
Et pourquoi pas ? « La Bête Noire » lui revient en mémoire.

C’était le soir, avant la guerre… Un appartement tout en longueur, étranglé en son milieu. En fait une cloison avait été abattue entre deux appartements pour loger une famille devenue très nombreuse. La partie éclairée : la cuisine, la salle à manger, la chambre de Marie qui y travaillait avec application, le salon aussi, pièce interdite, sauf pour les très grandes occasions, Noël par exemple.
L’autre moitié (chambres à coucher, salle de bains) était dans l’obscurité, pas question de laisser brûler une lumière dans une pièce vide ! Mais, justement, ce n’est pas le vide : La Bête, André, bien sûr !, s’y cache, silencieux, prêt à bondir sur les petits audacieux qui s’aventurent sur la pointe des pieds, le cœur battant, frissonnant de la peur délicieuse qu’ils éprouvent déjà.
Enfin, La Bête bondit, La Bête rugit, et nous hurlons de terreur et de joie, tout en nous précipitant vers la lumière !
Et bien d’autres jeux , André débordait d’imagination !

Mais…« Il commence à pleuvoir…et j’ai oublié de prendre un parapluie ! »
Tout à coup, elle se met à rire …un parapluie ? Cela aurait servi à quoi, un parapluie, sur le pont d’un bateau de pêcheurs ?

La famille s’était embarquée un certain jour de Juin 40. Encore une image à jamais gravée : les rafales de pluie, les vagues monstrueuses se jouant du bateau, vraie coquille de noix à leur merci ! Et les nausées ! Ca fait mal quand il n’y a plus rien à vomir que la bile, filet vert et visqueux, qui coule sur le jaune du ciré. Seuls, Papa et André restaient plantés debout !
L’Angleterre, enfin, qui nous accueille avec méfiance : des espions ? des réfugiés ? Fouille tatillonne des quelques bagages, (Papa aimait à raconter comment il avait plaidé pour qu’on n’éventre pas les poupées !), épouillage…questionnaire d’identité… Heureusement la famille anglaise de Maman a répondu au coup de téléphone de contrôle et, soulagés de nous savoir sains et saufs, ils sont immédiatement venus débarrasser l’administration d’une présence encombrante !
L’Angleterre, cinq ans…Elle a souvent pensé combien cela avait dû être long pour les grandes personnes ! André préparait le Bac au Lycée Français, évacué dans le Nord par sécurité. Il revenait à la maison au moment des vacances et nous retrouvions nos jeux… Muni d’une carabine, il aimait tirer le lapin et le pigeon, seul gibier autorisé… mais si un lièvre ou une perdrix passait à portée de sa gâchette, notre ordinaire s’en trouvait amélioré !
Plus tard, nous le voyions au moment de ses permissions. Il avait arraché aux parents l’autorisation de s’engager avant l’âge. Il fallait bien « bouter le Boche » hors de France ! La carabine était devenue fusil , qu’il plantait debout pour s’accroupir et « danser à la Russe » tout autour. Ni lui ni le fusil ne tombaient et nous, les petits, nous applaudissions et…nous adorions notre grand frère !

« Madame, le Commissariat vient d’appeler, ils devraient être là dans un petit quart d’heure. »

Elle frissonne, et ce n’est plus de froid, car, tout à coup, elle a oublié les jeux d’enfants et elle pense à la guerre, omniprésente. Lors du blitz sur Londres, des bombardiers nous survolaient presque jour et nuit. La DCA éparpillée dans la campagne, s’efforçait de les abattre avant qu’ils n’atteignent leur cible. Les « searchlights » balayaient le ciel de leur rayon puissant. Il arrivait que l’ennemi s’énerve, alors, les bombes incendiaires pleuvaient.
Prudents, les parents nous faisaient lever, nous habiller, et nous grelottions dans le jardin jusqu’à ce que la sirène sonne le retour à la normale. Puis ce fut le défilé des V1, nuit et jour. Drôles de petits avions sans pilote, destinés en fin de course, à s’écraser sur Londres. « Last but not least », les V2…ceux-là étaient invisibles et silencieux. Quand on entendait la double explosion, on savait qu’ils avaient accompli leur œuvre de mort. Il y avait aussi les télégrammes et leurs annonces laconiques. Jamais elle n’oubliera le spectacle de l’adulte qui s’effondre, qui se cache le visage d’une main, et qui, de l’autre, vous fait signe de partir. Pouvions-nous concevoir, imaginer ce qui se passerait quelques mois plus tard ?
Enfin, le retour en France ! Elle revoit le compartiment surchauffé : Boulogne ? Calais ? Le train s’ébranle, s’arrête, cahote, repart, traverse des champs de ruines que les grandes personnes essayent d’identifier. Qu’importe, nous serons bientôt tous réunis. Papa et Marie nous avaient précédés. André aussi, bien sûr, dont nous savions seulement qu’il avait participé à des missions dans les lignes ennemies.
Mais que se passe-t-il ? Où sont les rires ? les embrassades ? les retrouvailles qu’on nous promettaient depuis 5 ans ? Il n’y en aura pas. Les grandes personnes poussent Maman dans le salon, ferment soigneusement la porte. Et là, elles lui annoncent que son fils aîné, notre grand frère, est porté disparu !
Un an d’attente, d’espoir … Les camps de prisonniers se vidaient peu à peu. Que de moments passés à tenir au-dessus de sa photo en fier militaire, une alliance, glissée sur un cheveu. Selon le mouvement pris par l’anneau, une oscillation, un cercle, que sais-je…il était vivant ? mort ? Nous, les jeunes, vivions ainsi dans l’espoir. Ce qui n’empêchait pas de sangloter longuement au lit, le soir. En guise de consolation, Maman lâchait un « ça suffit » énervé ! Elle ne pleurait jamais, Maman. Comment imaginer les moments de détresse angoissée qu’elle a dû traverser , et qu’aucune larme n’a jamais soulagée, apaisée. Du mystère de la souffrance…

Nous commençons, Madame. Pouvez-vous vous reculer un peu ? Merci.

Enfin ! Et, tout à coup, elle a froid, elle tremble, le vent gémit dans les arbres, le gravier crisse sous les efforts des employés qui, munis de leviers, soulèvent à grande peine le couvercle du caveau. Ils sortent les cercueils. Voici le dernier, celui du fond, différent, en métal, plombé, avec une inscription. C’est le sien, celui d’André.

« Qu’est-ce qu’on fait de « ça » Madame ? »

Un employé s’est approché et il lui tend « ça ». Elle le regarde, incrédule : «Mais…mais…où les avez-vous trouvés ? » balbutie-t-elle. « A côté du cercueil, Madame. »
Cinquante ans après, une inscription sur le monument aux Morts, quelques médailles, décernées après la mort bien sûr ! Et « ça » une paire de croquenots de soldat, de troufion , impeccables, comme si André venait de les quitter, de les cirer et de les mettre de côté en attendant la mission suivante. Dans un sanglot de rage, elle crie presque : « ça ! mais jetez-les donc ! » Puis elle se ravise : « Ils ne serviront plus ! Faîtes-en ce que vous voulez !» Et, tout en s’éloignant, elle se met à pleurer, à rire, à pleurer… Les souvenirs d’enfance, c’est bien ça… rire, pleurer, rire… !
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Christina : Texte hors atelier

Posté le 04.06.2007 par clameurs

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L’essuie - glace

Quelle guigne !
Je suis ha-ras-sé.
A droite, à gauche …
clic-clac ! clic, clac !
A droite de nouveau, puis à gauche…
clic-clac ! clic, clac ! clic, clac !
Quand vais-je enfin pouvoir respirer ?
Ce bruit saccadé m’insupporte maintenant.
Vraiment ! toutes ces giclées d’eau qui font splash et qui s’amassent ;
Une vraie galère, à croire que cette pluie torrentielle ne s’arrêtera jamais !
Me voici maintenant collé au pare-brise, tel une ventouse,
Je glisse tant et plus, d’un côté, puis de l’autre, sans m’essouffler. Je tiens bon !
Ben quoi ! il faut bien que j’aligne des longueurs, sinon, à quoi servirai-je ?
Gauche, droite, gauche droite….il me faut coûte que coûte repousser cette pluie tambourinante ; elle se vautre par gros paquets sur le pare-brise et dégouline, lamentable,
le long du capot.

Soudain surgit une énorme branche d’arbre ; elle se cogne contre le pare-brise ; l’intruse fait son entrée dans ce va-et-vient agité et bruyant. Je redouble d’effort.
Loin de me désarçonner, la branche est aussi vite chassée.
Pas question de me laisser perturber, ne fusse que par une seule brindille, des grenailles errantes et autres avatars. Je veux poursuivre mon battement sans faillir.
D’ailleurs… le champ n’est-il pas libre grâce à moi ?
Je sais faire preuve de dextérité … et malgré tout, il me faut redoubler de vigilance.
Je poursuis mon rythme effréné ; continuant sans relâche ;
gauche, droite…gauche, droite …gauche, droite…
Soudain une mosaïque de petits cristaux en verre vole en éclats, sous l’effet d’un projectile venu taper durement le pare-brise . Celui-ci s’effeuille instantanément.
Paniqué, je me heurte violemment à chacun d’entre eux et les envoie dans les décors.
Ouf ! que d’essoufflement …
Un trou béant se trouve désormais devant moi.
Contraint d’arrêter ma course effrénée, je respire enfin.
Devant moi s’offre désormais un beau visage ; un brin triomphant, il pointe son nez à l’air libre, humant les senteurs d’une atmosphère chaude et humide.
Quelle ondée troublante de sensorialité ! J’en suis encore tout décoiffé.
Inutile désormais de battre mon plein.
Une nouvelle place me sied aux côtés d’un pilote chevronné.
Mes balais rangés, je retrouve le calme et la sérénité.
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Maryse : Texte personnel

Posté le 17.05.2007 par clameurs
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Dans la nuit, j’entendis cette voix rauque, très lente et sourde qui murmurait une musique de mots à peine audible, psalmodiés et mon attention était totale.
« Je ne veux pas parler, je ne veux pas que tu m’entendes mais que tu me devines.
La nuit est si chaude, mes doigts dessinent des arabesques lentes dans l’eau tiède. Ce ballet lisse que je danse les yeux fermés..
Peut-être une lumière sous mes paupières closes. Nous sommes gigognes mêlés.
Je connais tes goûts, les heures qui rythment tes faims, tes rires et tes pleurs, l’eau encore qui allège ton corps et le mien.
Je sais tout de tes respirations, des assonances de ton cœur qui bat et nourrit le mien de ses lenteurs, de ses rapidités. Elles font écho dans mon sang.
Là ce sont mes pieds ou mes mains qui te frôlent, ton corps réagit à mes mouvements. Ils te surprennent et t’enchantent.
Tu es si belle, je te devine dans le noir. Reste cachée le temps qu’il faudra, laisse moi deviner ce que je ne connais pas.
Je découvre le temps d’attendre, il s’étire sans fins, je ne veux rien savoir du début et de l’ultime.
Ne te méprends pas sur ma béatitude, tu l’as rencontrée, souviens-toi, tu as eu ce sourire ineffable. Tu as vécu ce moment là, cette existence si intime, solitaire mais double. Tu as vécu ma vie. Hier, aujourd’hui, de main sont des mots que je ne connais pas. Aube et crépuscule ont la même valeur tonale. Tout en moi se précise et grandit. C’est à toi que je le dois. Tu le verras, tu me regarderas dormir, tu me voleras cet instant d’abandon où je t’appartiendrai. Tes lèvres à cet instant souriront.
Aujourd’hui, je m’abandonne au bonheur purement intériorisé d e ne rien savoir de l’ailleurs, de n’écouter de toi que ta voix qui me berce dans ce cercle d’amour, tu me parles et je t’écoute et je m’endormirai.
Je ne connais rien de cette heure où mes pleurs couvriront les tiens, cette minute où tu me donneras la vie. Quand mon regard captera le tien. »

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Ariane : Tirage incipit et chute

Posté le 15.05.2007 par clameurs
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Histoire de théo

Ke ze zouis triste de voir ça !
Mais c’est pas possible, ze souis triste, trop triste –seul, trop seul

Elle envahissait l’écran de la télé, superbe comme toujours, radieuse comme si rien ne s’était passé, avec ce sourire que Théo avait tant aimé et qui semblait à présent le narguer. Depuis la veille, la cassette tournait en boucle sur l’écran géant de la télé, souvenirs d’avant, lancinants, qui paraissaient toujours là, vibrant dans cette maison qu’elle avait habité, hanté de sa si belle arrogance.

Théo, étalé sur le canapé, incapable de bouger ne pouvait réaliser que tout venait de s’effacer d’un seul coup.
Sourire envolé et vies brisées.

Théo, la main agrippée sur la télécommande jouait avec les retours en arrière de plus en plus cruels, flash back qu’il s’infligeait tels des coups de fouet.
Amer, incrédule, révolté, Théo sentait sa gorge brûler, son cœur s’emballer, ses yeux piquer, ses mains trembler, sa vie s’effondrer, sa colère monter de plus en plus forte, de plus en plus violente.
Cendrier débordant de mégots, odeur entêtante de tabac froid et de sueur, et ces bouteilles, presque vides, sur la table basse, mauvais whisky que Théo ingurgitait sans plaisir, sans discernement depuis des heures, sur ce canapé défoncé.

Sa voix, son rire sortis de l’écran lui vrillaient la tête au point de le faire hurler.
L’anéantissement.
Et soudain, la haine est là, terrible, prend toute la place, explose, lamine le chagrin qui s’escamote d’un seul coup, arrache les sens de Théo, le catapulte.
Théo est submergé par un raz de marée imprévisible qui le soulève de terre, titubant, regard exorbité sur l’écran de télé.
Théo monte le son le plus fort possible pour s’imbiber encore et encore de cette voix—visage en gros plan qui lui tord les tripes.
«Elle n’avait pas le droit, pas le droit de me faire ça, cette ordure, de me laisser là et en plus elle se fout de ma gueule.«
Le cyclone est là, ravageant tout sur son passage.
Verre ébréché rempli de whisky qui va gicler sur la télé.
L’écran devient noir. L’alcool forme une tache informe sur le sol.

La folie n’est plus très loin, tapie dans un coin du cerveau engourdi de Théo, celle-là même qui peut devenir meurtrière.

Théo va partir la chercher, la trouver où qu’elle soit.
Théo va tuer ce rire, cette voix, ce visage, ce sourire une bonne fois pour toutes.
Elle ne mérite que cela – elle n’avait pas le droit

Dans la chambre, hagard, il ouvre l’armoire qui était la sienne.
Théo va aller la tuer mais avant, il va se l’accaparer, la bouffer, devenir ce qu’elle était, lui ressembler.
Elle restera là, morte, endormie au fond de lui pour toujours, irrémédiablement.
Elle ne pourra plus s’échapper.

Il enfile pêle-mêle tout ce qui lui tombe sous la main, s’empare d’un tube de rouge à lèvres laissé sur la commode, qui s’écrase sur sa bouche et s’inonde de parfum.

Théo sort de chez lui, le regard fixe et claque la porte de l’appartement.

Il va maintenant la tuer, tranquillement, calmement et restera là face à son corps inerte et froid le reste de sa vie, sans bouger, sans parler, à la regarder dormir au fond de son être.

Sur les paliers voisins, des portes s’ouvrent sur des regards sidérés, interloqués, parfois terrorisés

Il est vrai que grotesque était cet accoutrement, qu’il lui avait fallu revêtir.

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François : Haïkus

Posté le 15.05.2007 par clameurs
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La ville

L’eau joyeuse court
Dans le froid caniveau vers …
La bouche d’égout

Soleil sur le square
Arbre au milieu des pavés
Ris sur la balançoire

Le passant pressé
Passe oppressé tout près
Pressent-il l’après ?


Hiver

Le lac gelé dort
Sur la rive un canard gris
Lisse ses plumes

Mon corps transi, mort
Mais ta main touche ma main
Chaleur ineffable

Fenêtre étoilée
Le givre fond, ruisselle
Flaque d’argent

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Texte personnel

Posté le 13.05.2007 par clameurs
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Christina : Dialogue une voix

Posté le 13.05.2007 par clameurs

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UN ENFANT A NAÎTRE

Tiens, je me sens plutôt bizarre aujourd’hui ….

C’est comme une brume légère qui m’envahit petit à petit la tête.

J’ai les hanches qui s’arrondissent et prennent une belle courbe,

J’ai les pieds qui valsent comme sur un sol mouvant,

C’est l’euphorie, maintenant, calme et sérénité prennent place pour ne plus me quitter.

Je trace, telle un voilier qui avance à fière allure et laisse dans son sillage tous les gens ébahis par autant d’allure triomphante.

Je t’entends maintenant, ton battement de cœur est perceptible et tu m’envoies de temps en temps quelques pichenettes pour me laisser en éveil.

A force de sucer mon sang et de puiser dans mes forces, tu deviens un petit être qui s’éveille à la vie ; je t’écoute et parviens à sentir que c’est pour bientôt le jour « J ».

Es-tu prêt maintenant ? As tu pris suffisamment de forces pour t’ouvrir à la vie ?

Un premier fil est coupé ; Une petite boule de poils commence à s’ébrouer et à crier ;
ça y est, tu respires, tu ne me vois pas encore et tu me dis :

« Cadeau la Vie ».
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