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Nom du blog :
clameurs
Description du blog :
atelier du samedi après-midi, 05 06 07
Catégorie :
Blog Religion
Date de création :
18.12.2006
Dernière mise à jour :
23.05.2008
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Thérèse : Texte hors atelier

Thérèse : Texte hors atelier

Posté le 21.12.2007 par clameurs
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MELSETTA

Melsetta, bonjour. Cela fait si longtemps !
Petite maison sans prétention, dans un village sans caractère, quelque part dans le Kent au sud-est de Londres.
Nous entrions par un portail en bois. A droite, un taillis tout en fouillis, à gauche, la haie pimpante des voisins. Puis, nous te découvrions. Je peine à te décrire, cela fait si longtemps et puis rien n’attirait particulièrement le regard. Tu étais légèrement tapie en contrebas, un peu écrasée par ta toiture brune. Pourquoi brune ? Je ne sais pas ! Sombre, en tout cas.
Nous n’entrions jamais par la porte principale («the front door» disent les Anglais). Celle-ci n’avait rien d’accueillant, brune et sombre, elle aussi, cachée dans le fond d’un porche bas.
Nous faisions souvent une pause pour inspecter l’intérieur d’un vieux garde-manger dont les grandes personnes nous avaient laissé l’usage. Nous y abritions les oisillons tombés du nid ou ceux que nous avions arraché aux griffes de chats carnassiers. Mais, rares étaient les survivants!
Nous enfilions un étroit passage entre le mur de la maison et un hangar, (les anglais disent «shed»). Celui-ci était fait de longues et étroites planches de bois (brunes ? noires ?) qui se chevauchaient. Je ne me souviens pas d’y être jamais entrée, mais je vois encore, suspendus à un clou planté près de la gouttière, les lapins que Manie dépouillait d’un geste rapide et expert, avant de les fendre par le milieu pour faire tomber les entrailles.
Enfin, sur la gauche, la porte de la cuisine, vitrée, peinte d’une couleur claire. Nous entrions, sûrs d’y trouver les occupants habituels : Maman, Manie et, un peu plus loin dans l’entrée, allongée sur un vieux divan défoncé, la petite sœur malade.

La cuisine était une grande pièce carrée.
Bien centrée, sous la cheminée, une imposante cuisinière en fonte chauffait la maison. On y faisait cuire les repas. Quelque fois, une vieille poupée dépenaillée y était impitoyablement jetée, sous mes yeux navrés. Au milieu de la pièce, une grande table : c’est là que nous faisions nos devoirs, qu’en semaine, nous prenions nos repas. Je vois encore Maman nous servant de succulentes et indigestes portions de «pudding». Nous réclamions le milieu du gâteau , pas assez cuit, la pâte, une crème épaisse, coulante, onctueuse ! Je nous vois encore entrain de compter scrupuleusement les cerises que Maman avait mises dans notre assiette. Question d’égalité !

Mais, petite maison, n’en restons pas là, il y a trop de choses à décrire encore.

Nous passions dans une entrée rectangulaire aussi sombre que la cuisine était claire. Seul mobilier, une pendule à balancier, une bassinoire accrochée au mur et, surtout, les portes qui desservaient toutes les pièces : 3 chambres à coucher où nous nous entassions, la salle de bains et la salle à manger. Celle-ci était, elle aussi, une grande pièce rectangulaire. En entrant, face à nous, deux fenêtres et une porte-fenêtre. Au milieu, la table, où nous mangions le week-end. Elle nous servait surtout de table de jeux : la belote, le monopoly fabriqué par Papa… Face à la porte-fenêtre, une cheminée et des étagères avec quelques Jules Verne, lus et relus , Sur un des petits côtés, le lit qu’André occupait lorsqu’il n’était pas en pension ou à l’armée.
Mais, le plus important, c’était, d’abord : le majestueux fauteuil, à dossier raide et à oreillettes. Jacques Guillou de Mézilis s’y asseyait souvent, toujours prêt à accueillir nos assauts d’enfants. Jacques, l’aviateur de la France Libre, qui avait perdu un avant-bras lors du crash de son bombardier en Afrique, et qui, pour reprendre le combat, faisait un entraînement de pilote de chasse. Jacques, dont Marie-Lucile et moi, la petite sœur de 10 ans, étions amoureuses. Jacques, mort dans un accident stupide au cours d’un exercice de parachutage.
Et puis, sur le piano, la TSF. Chaque jour, nous écoutions la ritournelle «Radio Paris ment, Radio Paris ment, Radio Paris est allemand!» Puis venaient les messages codés destinés à la Résistance. Le Dimanche soir, le poste diffusait de la musique tzigane. J’aimais l’écouter, sans savoir, à ce moment-là, que c’était un acte de résistance. La TSF, une source d’engueulades paternelles, lorsque nos chahuts devenaient trop bruyants ! Et je n’oublierai jamais le soir où toute la famille s’est retrouvée groupée, debout, à écouter un journaliste décrire l’arrivée du Général de Gaulle à Notre-Dame, pour la cérémonie d’action de grâces en l’honneur de la Libération de Paris : la foule parisienne en délire, les orgues majestueuses, la voix de De Gaulle… La Victoire, enfin! Une émotion qui n’a été égalée qu’à la chute du mur de Berlin !

Melsetta, petite maison sans prétention ? Sans caractère ? Quelle absurdité !

Et ce n’est pas tout ! Tout exiguë que tu sois, tu nous ouvrais le passage vers des lieux de liberté, de notre liberté d’enfants. La véranda, en premier, lieu couvert, sans mur ni porte, ouvert sur le jardin. Nous y passions des heures, avec nos poupées dans leurs vieux cartons à chaussures en guise de lits et leurs vêtement maladroitement confectionnés par nous, les jeux de marelles, les cordes à sauter… Puis, venait un carré de tulipes multicolores, un carré d’herbe, une haie basse, les légumes de Papa, le poulailler. Nous longions tout cela par un chemin, cimenté d’abord, puis herbeux, pour atteindre enfin une clôture imprécise.
Il nous restait à pousser une porte, entrebâillée de toutes façons, pour nous trouver dans un espace indéfinissable, ni champ, ni prairie, ni pré, livré à lui-même, pas la jungle quand même. Beaucoup d’herbes hautes, bien sûr, mais aussi, quelques pommiers sauvages, aux pommes minuscules, dures, acides, décourageantes. Et toujours le même chemin. Les devoirs et diverses corvées terminés, nous étions libres de partir. D’un seul élan, d’un seul souffle, nous dévalions le chemin qui longeait les fleurs, les légumes, les poules, l’espace sans nom, pour arriver dans notre Bois, retrouver notre Arbre.
Notre bois ! Je n’ai aucun souvenir d’y avoir vu quiconque, excepté, bien sûr, André, dont c’était un terrain de chasse. Nous avions élu domicile dans un conifère, (c’est tout ce dont je me souviens), rondouillard, pas très haut, au tronc assez épais, court, facile à escalader pour que chacun puisse atteindre son perchoir. Et nous y passions de longues heures à vivre des aventures, certes imaginaires et maintenant tout à fait oubliées. Aucun adulte ne venait nous déranger. Nos estomacs devaient nous servir de montre ! Des moments privilégiés comme il se doit d’exister dans toute enfance !

Merci à toi, Melsetta, petite maison sans prétention, dans un village anglais sans caractère, quelque part dans le Kent au sud-est de l’Angleterre
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