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Nom du blog :
clameurs
Description du blog :
atelier du samedi après-midi, 05 06 07
Catégorie :
Blog Religion
Date de création :
18.12.2006
Dernière mise à jour :
23.05.2008
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François : Ecriture à trois mains

François : Ecriture à trois mains

Posté le 17.12.2007 par clameurs
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Jean et Jeanne

Quand il était rentré ce soir là du Lycée, sa femme, déjà habillée de pied en cap, lui avait lancé : « Jean, il faut que je parte immédiatement chercher ce professeur britannique qui nous est envoyé par le rectorat. Je te laisse Jeanne qu’Etienne reprendra vers 7 heures ». Et elle avait très vite passé la porte avec un « Bon courage ! » de mauvais augure.
Jeanne, c’était sa petite fille de trois mois qu’il n’avait encore vue qu’une seule fois, puisque son fils habitait outre-manche et que son activité professionnelle ne lui avait pas permis de se déplacer depuis la naissance de ce premier représentant d’une nouvelle génération.
Jean s’approche du petit lit qui trône au milieu de la salle de séjour et y découvre une forme allongée, aux extrémités très précises et violacées, et à la tête ridée surmontée d’un curieux bonnet rose.
Il retient son souffle, observe longuement la forme et recule à pas le plus silencieux qu’il peut, pour rejoindre le canapé où il compte dépouiller le courrier étalé sur la table basse.
Il commence par ouvrir les enveloppes manuscrites, les perso. Scarlatti en sourdine pour ne pas réveiller la « chose », un bout de lui quand même.
Il est troublé par des parasites et regarde sa chaîne stéréo, lourdement, avec insistance comme si ce regard pouvait redonner sa fluidité aux accords prestement distillés et comprend tout à coup, oh homme intelligent, que ce n’est pas Scarlatti qui pleure, mais la chose qui dormait, tout à l’heure inerte et paisible. Qu’Elle pleure. Elle couine et monte le son.
Ca hurle. Foutu courrier, foutu bébé ! Il n’a jamais touché de ses mains ses propres enfants. Il les a regardé vagir. Avec plaisir il a vu sa femme s’activer, admiré sa dextérité dans les catastrophes du style nausée (pour être poli), biberon, couches, bain, amour, tendresse.
Augmenter le volume : « Allez, Scarlatti ». Les tonalités aigres-douces du clavecin, cela ne s’accorde pas si mal à la stridence de ce qui sort du berceau. Et puis, ne dit on pas que la musique adoucit les mœurs. Et en effet la fréquence des parasites semble diminuer …
Et puis, plus rien, aucun son ne sort plus du berceau justement. Silence. Pause. Que c’est reposant ! Et, merveille, ça dure.
Nom de Dieu, elle ne s’est quand même pas étouffée la gamine …
Jean plante là son courrier, se précipite et trouve sa petite fille à la seconde paroxystique où tout bébé digne de ce nom reprend son souffle afin de repartir de plus belle.
Jean, conscient tout à coup du désespoir qui émane du petit être, Jean, maladroit, hésitant, mais déterminé, prend « la chose », la presse contre sa poitrine, la berce en lui murmurant les inepties d’usage et sent l’émotion monter en lui à mesure que les hoquets se calment et que le petit corps raidi s’abandonne.
Et ses yeux se mouillent, comme ils ne l’ont pas fait depuis longtemps.

François (F), Maryse (M), Thérèse (T)
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