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Nom du blog :
clameurs
Description du blog :
atelier du samedi après-midi, 05 06 07
Catégorie :
Blog Religion
Date de création :
18.12.2006
Dernière mise à jour :
23.05.2008
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Robert : Personnage exceptionnel

Robert : Personnage exceptionnel

Posté le 17.12.2007 par clameurs
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Une idée de Monsieur Gaudillat

Monsieur Gaudillat était un homme de laboratoire et pourtant il avait un défaut : Jamais il n’avait pu mener une expérience à son terme. Il écrivait un protocole, démarrait l’expérience et puis chaque jour il remettait le protocole en question, il le changeait et bien sûr, à la fin, le résultat ne voulait plus rien dire.

Ca se savait et pour éviter que çà ne continue, on l’avait donc bombardé « responsable du bureau comptabilité matières ». C’était un job où son prédécesseur avait fait une grave dépression, avait divorcé et puis s’était finalement suicidé de la façon la plus horrible qui soit en se pendant avec une corde trop courte qui l’avait fait agoniser pendant une journée entière sur la pointe des pieds.

Ce métier était cauchemardesque : il fallait gérer un stock de produits vivants mais qui mourraient sans prévenir. Ils arrivaient couvert de déchets, il fallait les sécher, les nettoyer, les transformer en usine et puis les attribuer à des clients dans le monde entier. Bien sûr quand ils arrivaient chez les clients après parfois un mois de mer dans des conditions difficiles, ils fallaient qu’ils soient bien vivants mais aussi plein d’énergie. Et rien n’était moins sûr si vous n’aviez pas l’intuition nécessaire pour choisir les lots d’individus capables de résister à de telles conditions. Quand çà n’allait pas il se faisait incendier par les commerciaux et les réclamations arrivaient à une cadence inconnue jusque là.
Pour gérer tout çà, le laboratoire faisait quelques contrôles de qualité, mais peu car cela coûtait trop cher. En conclusion, il fallait prendre de multiples décisions avec seulement 25% des informations indispensables pour ne pas se tromper.

Avant de prendre ce rôle, Monsieur Gaudillat avait proposé un millier d’idées pour faire mieux que son prédécesseur. Mais maintenant qu’il y était, il détestait ce boulot impossible à vivre pour un homme sans l’instinct nécessaire et tout le rationnel qu’il avait imaginé s’était évaporé immédiatement. Il ne dormait plus et chaque jour à vivre était devenu un cauchemar, une horreur. Cela commençait au réveil par une peur sournoise, l’affolement grandissait doucement et se terminait par une peur panique quand il franchissait les grilles d’entrée de la société. Il avait déjà perdu cinq kilos, son visage était livide et sur son front fleurissaient des rides profondes Pendant trente ans avant, il y avait bien eu un type curieux, qui avait le « don » et qui connaissait les mille astuces du métier mais il était mort par surprise, écrasé dans l’usine, lorsqu’un plancher trop chargé s’était écroulé sur lui. Il n’avait donc pas transmis son savoir–faire.
Ce Monsieur Gaudillat avait compris très vite que s’il ne voulait pas finir comme son prédécesseur, il lui fallait un adjoint aussi vite que possible. Il savait aussi que personne dans la société ne voudrait de ce job. Finalement un jeune ingénieur, qui vivait à 100km de là, impétueux, bien sûr inconscient, avait postulé et lui, contre toute attente s’épanouissait totalement.
Au bout de quelques jours il s’était trouvé dans son élément et Monsieur Gaudillat avait enfin poussé un soupir de soulagement.
Une nouvelle vie a donc commencé pour lui. Monsieur Gaudillat. arrive maintenant chaque matin de Versailles, en costume, toujours superbe, le menton haut et le buste conquérant à une heure où peu d’entre nous n’ont encore pris leur petit déjeuner.
Alors il se pose près de la machine à café pour montrer qu’il est là et exprimer ses idées. Il rencontre le PDG et tous les directeurs qui ne peuvent pas passer ailleurs pour rejoindre leurs bureaux.
Ce matin, il est 8H30, comme chaque jour, le voilà qui monte et s’assoit à son bureau en face de celui du jeune ingénieur fraîchement recruté. Les yeux dans les yeux, il commence à décrire avec force détails une nouvelle idée, géniale, surprenante, intéressante, toujours étonnante par sa clarté et sa justesse, une idée qui s’applique parfaitement à ce métier.

Il va alors oublier définitivement cette idée et chaque jour il va revenir encore avec une nouvelle encore plus surprenante et géniale. Cette idée, comme celles des jours précédents aurait fait le bonheur de tous les compétiteurs. Ils se seraient battus pour enlever Monsieur Gaudillat s’ils avaient su qu’il existait.

Nous sommes dans leur bureau. Regarder ce jeune ingénieur : Il admire ce bouillonnement d’idées, il écoute avec admiration et enregistre tous les détails, toutes les articulations qui vont en faire de cette nouvelle idée un succès. Elles vont faire la réussite de la société mais aussi la sienne.

Les dizaines d’idées habiles, subtils exceptionnelles s’accumulent en même temps que Monsieur Gaudillat s’étiole. Monsieur Gaudillat ne veut plus de ce job et il laisse son jeune adjoint prendre toutes les décisions, diriger les 27 personnes du département. Il rêve :
« Je voudrais retourner dans mon labo. Ecrire des protocoles d’expérience, les lancer, puis chaque jour les modifier pour les rendre encore meilleurs… »
Nous pourrions ajouter « Jusqu’à ce que les résultats ne veulent plus rien dire. »

Depuis 6 mois, chaque jour, Gaspard note une idée nouvelle, fantastique, toujours porteuse d’un progrès indéniable jusqu’à ce matin …

Il est 8H30 Monsieur Gaudillat n’est pas encore là. Bizarre ! Fabienne la secrétaire du patron entrouvre la porte. « Gaspard, peux tu venir voir Mr Duchenne
- Oui, bien sûr. Que me veux t’il ? »

J’entre dans le bureau. Gaudillat est assis en face du PDG.

« Gaspard, Monsieur Gaudillat viens de me donner une idée. Elle me semble bonne et elle te plaira. J’espère…

Il est retourné dans son laboratoire alors que Gaspard a pris son job. Habillé de sa blouse blanche, il tourne et virevolte au milieu des laborantines. Il a plein de protocoles en cours, plein de nouveaux concepts en tête. En un mot : Il est heureux.
Il va y rester encore 15 ans

Il n’a pas oublié Gaspard et il pense souvent à tous les mutations que ce jeune ingénieur a provoqué..
Il l’avait sélectionné.
Ah ce jeune ingénieur !
Exceptionnel !
Quel talent !
Incroyable tout ce qu’il a changé !
Ce jeune ingénieur est vraiment une mine d’idées !
Vraiment il n’aurait pas pu choisir mieux…
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