Posté le 17.12.2007 par clameurs
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Jean et Jeanne
Quand il était rentré ce soir là du Lycée, sa femme, déjà habillée de pied en cap, lui avait lancé : « Jean, il faut que je parte immédiatement chercher ce professeur britannique qui nous est envoyé par le rectorat. Je te laisse Jeanne qu’Etienne reprendra vers 7 heures ». Et elle avait très vite passé la porte avec un « Bon courage ! » de mauvais augure.
Jeanne, c’était sa petite fille de trois mois qu’il n’avait encore vue qu’une seule fois, puisque son fils habitait outre-manche et que son activité professionnelle ne lui avait pas permis de se déplacer depuis la naissance de ce premier représentant d’une nouvelle génération.
Jean s’approche du petit lit qui trône au milieu de la salle de séjour et y découvre une forme allongée, aux extrémités très précises et violacées, et à la tête ridée surmontée d’un curieux bonnet rose.
Il retient son souffle, observe longuement la forme et recule à pas le plus silencieux qu’il peut, pour rejoindre le canapé où il compte dépouiller le courrier étalé sur la table basse.
Il commence par ouvrir les enveloppes manuscrites, les perso. Scarlatti en sourdine pour ne pas réveiller la « chose », un bout de lui quand même.
Il est troublé par des parasites et regarde sa chaîne stéréo, lourdement, avec insistance comme si ce regard pouvait redonner sa fluidité aux accords prestement distillés et comprend tout à coup, oh homme intelligent, que ce n’est pas Scarlatti qui pleure, mais la chose qui dormait, tout à l’heure inerte et paisible. Qu’Elle pleure. Elle couine et monte le son.
Ca hurle. Foutu courrier, foutu bébé ! Il n’a jamais touché de ses mains ses propres enfants. Il les a regardé vagir. Avec plaisir il a vu sa femme s’activer, admiré sa dextérité dans les catastrophes du style nausée (pour être poli), biberon, couches, bain, amour, tendresse.
Augmenter le volume : « Allez, Scarlatti ». Les tonalités aigres-douces du clavecin, cela ne s’accorde pas si mal à la stridence de ce qui sort du berceau. Et puis, ne dit on pas que la musique adoucit les mœurs. Et en effet la fréquence des parasites semble diminuer …
Et puis, plus rien, aucun son ne sort plus du berceau justement. Silence. Pause. Que c’est reposant ! Et, merveille, ça dure.
Nom de Dieu, elle ne s’est quand même pas étouffée la gamine …
Jean plante là son courrier, se précipite et trouve sa petite fille à la seconde paroxystique où tout bébé digne de ce nom reprend son souffle afin de repartir de plus belle.
Jean, conscient tout à coup du désespoir qui émane du petit être, Jean, maladroit, hésitant, mais déterminé, prend « la chose », la presse contre sa poitrine, la berce en lui murmurant les inepties d’usage et sent l’émotion monter en lui à mesure que les hoquets se calment et que le petit corps raidi s’abandonne.
Et ses yeux se mouillent, comme ils ne l’ont pas fait depuis longtemps.
François (F), Maryse (M), Thérèse (T)
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Posté le 17.12.2007 par clameurs
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Monsieur Gaudillat ne prenait pas de vacances. Chaque jour de l’année, chaque matin,il prenait le RER pour aller à son travail. Pouvait t’on appeler çà un travail avec le sens négatif que certains lui donne ? Non ! Chaque jour au laboratoire était un jour de bonheur. Chaque protocole brassé dans chacun de ses mots, de ses variables était décliné et lui ouvrait un monde nouveau. Comme Christophe Colomb, il partait à la conquête du monde, vers une terre insoupçonnée.
Nous sommes vendredi. Monsieur Gaudillat aura 40 ans demain. Il en parle amusé, très distant comme si cela ne le concernait pas. Demain ses enfants seront là avec les grands parents et le reste de la famille, oncles, cousins, belles-sœurs, beaux-frères et beaucoup d’amis. Sa femme y tenait beaucoup et il peut bien lui faire ce petit bonheur.
Nous sommes Lundi. Monsieur Gaudillat a des rides profondes sur son front. Il ne parle pas. Il est d’ailleurs resté assis à son bureau toute la matinée. A 13heures il n’a toujours pas faim. Jeanne, la laborantine, qui ne mange jamais le midi, elle est au régime depuis 10 ans, lui rappelle que c’est l’heure d’y aller. Alors, il se lève et d’un pas mécanique se dirige vers la cantine où je l’attends impatiemment. J’en suis au fromage ; Il prends le plateau, oublie les couverts. Il me regarde et il parle : « Ils m’ont offert un voyage. Un voyage en Thaïlande. » et il se tait.
(Renga Gaudillat ; Robert1 Suzanne2)
« C’est merveilleux, monsieur Gaudillat. Vous rendez vous compte, un voyage en Thaïlande !
- Un voyage en Thaïlande ! Répète toujours aussi blême et hagard monsieur Gaudillat. Un voyage en Thaïlande ! Pourquoi ? Pourquoi ? »
Monsieur Gaudillat, les yeux embués de larmes s’imagine déjà dire adieu à ses chères éprouvettes, ses merveilleuses plaques, ses gentils frigos, ses germes subtils et délicats, ses…
- « … Embryatim Exactatis ! »
Monsieur Gaudillat redresse la tête.
« Que dites-vous mon cher Gaspard ?
- Je disais, monsieur Gaudillat, que la Thaïlande est le dernier pays où l’on trouve encore à l’état naturel des Embryatim Exactatis. »
Ah, les Embryatim Exactatis ! Des perles pour tout scientifique ! Pour en trouver, il fallait aller dans la jungle muni d’un grand drap que l’on laissait traîner. Les tiques s’y accrochaient. Alors et si on était chanceux, ils étaient porteurs de l’Embryatim Exactatis !
(Renga Gaudillat ; Robert1 Suzanne2Françoise3)
A ce mot magique d’Embryatim Exactatis, toute la physionomie de monsieur Gaudillat change. Ses yeux se mettent à briller d’excitation. Les rides qui il y a quelques minutes barraient son front, ont disparu.
Naturellement, la difficulté allait être de faire accepter à son épouse la transformation de ce voyage - découverte à deux en amoureux - en un safari dans la jungle à la recherche de ces petites bêtes merveilleuses.
Mr Gaudillat se mit à rêver à des éprouvettes remplies d’Embryatim Exactatis, de protocoles finalisés, d’expériences réussies et pourquoi pas d’une découverte bouleversant le monde de la recherche.
Quelle bonne idée finalement ce voyage en Thaïlande !
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Posté le 17.12.2007 par clameurs
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Une idée de Monsieur Gaudillat
Monsieur Gaudillat était un homme de laboratoire et pourtant il avait un défaut : Jamais il n’avait pu mener une expérience à son terme. Il écrivait un protocole, démarrait l’expérience et puis chaque jour il remettait le protocole en question, il le changeait et bien sûr, à la fin, le résultat ne voulait plus rien dire.
Ca se savait et pour éviter que çà ne continue, on l’avait donc bombardé « responsable du bureau comptabilité matières ». C’était un job où son prédécesseur avait fait une grave dépression, avait divorcé et puis s’était finalement suicidé de la façon la plus horrible qui soit en se pendant avec une corde trop courte qui l’avait fait agoniser pendant une journée entière sur la pointe des pieds.
Ce métier était cauchemardesque : il fallait gérer un stock de produits vivants mais qui mourraient sans prévenir. Ils arrivaient couvert de déchets, il fallait les sécher, les nettoyer, les transformer en usine et puis les attribuer à des clients dans le monde entier. Bien sûr quand ils arrivaient chez les clients après parfois un mois de mer dans des conditions difficiles, ils fallaient qu’ils soient bien vivants mais aussi plein d’énergie. Et rien n’était moins sûr si vous n’aviez pas l’intuition nécessaire pour choisir les lots d’individus capables de résister à de telles conditions. Quand çà n’allait pas il se faisait incendier par les commerciaux et les réclamations arrivaient à une cadence inconnue jusque là.
Pour gérer tout çà, le laboratoire faisait quelques contrôles de qualité, mais peu car cela coûtait trop cher. En conclusion, il fallait prendre de multiples décisions avec seulement 25% des informations indispensables pour ne pas se tromper.
Avant de prendre ce rôle, Monsieur Gaudillat avait proposé un millier d’idées pour faire mieux que son prédécesseur. Mais maintenant qu’il y était, il détestait ce boulot impossible à vivre pour un homme sans l’instinct nécessaire et tout le rationnel qu’il avait imaginé s’était évaporé immédiatement. Il ne dormait plus et chaque jour à vivre était devenu un cauchemar, une horreur. Cela commençait au réveil par une peur sournoise, l’affolement grandissait doucement et se terminait par une peur panique quand il franchissait les grilles d’entrée de la société. Il avait déjà perdu cinq kilos, son visage était livide et sur son front fleurissaient des rides profondes Pendant trente ans avant, il y avait bien eu un type curieux, qui avait le « don » et qui connaissait les mille astuces du métier mais il était mort par surprise, écrasé dans l’usine, lorsqu’un plancher trop chargé s’était écroulé sur lui. Il n’avait donc pas transmis son savoir–faire.
Ce Monsieur Gaudillat avait compris très vite que s’il ne voulait pas finir comme son prédécesseur, il lui fallait un adjoint aussi vite que possible. Il savait aussi que personne dans la société ne voudrait de ce job. Finalement un jeune ingénieur, qui vivait à 100km de là, impétueux, bien sûr inconscient, avait postulé et lui, contre toute attente s’épanouissait totalement.
Au bout de quelques jours il s’était trouvé dans son élément et Monsieur Gaudillat avait enfin poussé un soupir de soulagement.
Une nouvelle vie a donc commencé pour lui. Monsieur Gaudillat. arrive maintenant chaque matin de Versailles, en costume, toujours superbe, le menton haut et le buste conquérant à une heure où peu d’entre nous n’ont encore pris leur petit déjeuner.
Alors il se pose près de la machine à café pour montrer qu’il est là et exprimer ses idées. Il rencontre le PDG et tous les directeurs qui ne peuvent pas passer ailleurs pour rejoindre leurs bureaux.
Ce matin, il est 8H30, comme chaque jour, le voilà qui monte et s’assoit à son bureau en face de celui du jeune ingénieur fraîchement recruté. Les yeux dans les yeux, il commence à décrire avec force détails une nouvelle idée, géniale, surprenante, intéressante, toujours étonnante par sa clarté et sa justesse, une idée qui s’applique parfaitement à ce métier.
Il va alors oublier définitivement cette idée et chaque jour il va revenir encore avec une nouvelle encore plus surprenante et géniale. Cette idée, comme celles des jours précédents aurait fait le bonheur de tous les compétiteurs. Ils se seraient battus pour enlever Monsieur Gaudillat s’ils avaient su qu’il existait.
Nous sommes dans leur bureau. Regarder ce jeune ingénieur : Il admire ce bouillonnement d’idées, il écoute avec admiration et enregistre tous les détails, toutes les articulations qui vont en faire de cette nouvelle idée un succès. Elles vont faire la réussite de la société mais aussi la sienne.
Les dizaines d’idées habiles, subtils exceptionnelles s’accumulent en même temps que Monsieur Gaudillat s’étiole. Monsieur Gaudillat ne veut plus de ce job et il laisse son jeune adjoint prendre toutes les décisions, diriger les 27 personnes du département. Il rêve :
« Je voudrais retourner dans mon labo. Ecrire des protocoles d’expérience, les lancer, puis chaque jour les modifier pour les rendre encore meilleurs… »
Nous pourrions ajouter « Jusqu’à ce que les résultats ne veulent plus rien dire. »
Depuis 6 mois, chaque jour, Gaspard note une idée nouvelle, fantastique, toujours porteuse d’un progrès indéniable jusqu’à ce matin …
Il est 8H30 Monsieur Gaudillat n’est pas encore là. Bizarre ! Fabienne la secrétaire du patron entrouvre la porte. « Gaspard, peux tu venir voir Mr Duchenne
- Oui, bien sûr. Que me veux t’il ? »
J’entre dans le bureau. Gaudillat est assis en face du PDG.
« Gaspard, Monsieur Gaudillat viens de me donner une idée. Elle me semble bonne et elle te plaira. J’espère…
Il est retourné dans son laboratoire alors que Gaspard a pris son job. Habillé de sa blouse blanche, il tourne et virevolte au milieu des laborantines. Il a plein de protocoles en cours, plein de nouveaux concepts en tête. En un mot : Il est heureux.
Il va y rester encore 15 ans
Il n’a pas oublié Gaspard et il pense souvent à tous les mutations que ce jeune ingénieur a provoqué..
Il l’avait sélectionné.
Ah ce jeune ingénieur !
Exceptionnel !
Quel talent !
Incroyable tout ce qu’il a changé !
Ce jeune ingénieur est vraiment une mine d’idées !
Vraiment il n’aurait pas pu choisir mieux…
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Posté le 15.12.2007 par clameurs
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LE RIDEAU DE VELOURS
Il était une fois... un grand rideau de velours rouge.
Une petite fille immobile, stupéfaite, presque pétrifiée regarde déambuler de drôles de personnages vêtus de costumes bizarres irradiés de couleurs … personnages qui parlent fort, bougent dans tous les sens, pleurent parfois, rient souvent.
Costumes magiques si loin de la réalité….
Elle a 8 ans, peut être un peu plus et ne comprend pas toujours le sens des mots jetés là qui pourtant la bercent, la transportent, l’envoûtent ; des mots qui parlent de choses habituellement réservées au monde des adultes… l’amour, la guerre, la vie quoi.
L’enfant écoute partagée entre le rire et les larmes qu’elle essuie parfois discrètement avec sa manche.
Dans les années 70, planquée derrière l’immense et prestigieux rideau rouge de la comédie française, elle écoute les mots de Molière ou de Racine qui vibrent dans le silence.
Il est né le même jour qu’elle avec deux décennies d’avance, celui là qui l’emmène sur les chevaux d bois au jardin des tuileries, qui joue au ballon avec elle et qui dévore les mêmes glaces … il est là, parmi tous ces gens, , miraculeusement transformé en un personnage drapé de couleurs chatoyantes tout aussi fascinant qu’inquiétant..
Bien des années plus tard, l’enfant devenue adulte se souviendra de ce jour ou un énorme malade imaginaire, affalé dans un fauteuil débordant de dorures n’arrêtait pas de mourir ou de faire semblant ? Sa tête ,au visage très rouge, affublée d’une perruque blanche et poudrée avait fini par rouler et tomber en arrière sur le dos du fauteuil avant que l’assemblée n’éclate de rire et que le rideau ne se ferme.
Elle était figée, terrorisée comme on peut l’être à cette âge, ébahie face à cette scène invraisemblable
Elle ne comprenait pas si ce gros bonhomme était vraiment mort et pourquoi les gens rigolaient autant alors qu’il venait de mourir.
Il était apparu du fin fond des coulisses, l’avait soulevé de terre et conduit dans la loge de celui qui venait de rendre l’âme. Incrédule, elle avait vu ce personnage extraordinaire s’éjecter de son fauteuil, vociférer quelques mots d’une voix tonitruante et lui coller sur la joue un baiser de sa bouche ridée.
L’enfant s’est mise au fil de ces escapades à vouer une véritable vénération à la scène et au mystère du rideau rouge qui s’ouvre et retombe. Lui, il est devenu une sorte d’idole mêlée d’adoration et de crainte, capable de monter sur un manège en imitant un cheval au galop en même temps que de faire semblant de souffrir, de rire, de mourir, capable de lui faire croire à l’impossible.
Et pourtant, un jour d’un seul coup il a choisi de s’exiler, de tout quitter et s’en est allé vivre dans une campagne retirée bien loin des fastes et des paillettes de la vie parisienne.
Il savait sûrement qu’il ne serait jamais le malade imaginaire qui joue à mourir dans un fauteuil doré. Il disait souvent qu’il n’est pas possible de sacrifier une vie entière à des rôles de pacotille.
L’enfant qui écarquillait les yeux à la Comédie Française a grandi.
Il était une fois, une autre histoire loin du rideau de velours …
Une grande maison au cœur d’une campagne solitaire,
Un jardin en désordre, un feu de bois et des copains, des airs de guitare, l’odeur d’une cuisine de campagne, des boissons odorantes …
Il a moins de 40 ans à cette époque là.
Elle se trouve dans cette période de l’existence ou tout est encore possible, ou le temps s’étire indéfiniment, où les choix n’ont guère d’importance.
Il est lui sans doute à cet âge où le passé commence parfois à peser, cet âge où on parle de maturité. Si son adieu à la scène avait sûrement laissé des traces, celles qui mettent le cœur à mal, qui verrouillent un coin de rêve il reste toujours cet adolescent infatigable et insatiable.
Il s’est installé dans cette maison aux volets bleus qui en rappelle une autre, accolée la colline sous les brumes de San Francisco.
Il a les cheveux longs et une barbe qui disparaît parfois du jour au lendemain comme ont disparu les lumières de la rampe, les coulisses et ce semblant de gloire.
C’est maintenant un individu sans perruques ni costumes, sans plus de vers à déclamer qui a fait fi de sa passion, en oubliant peut être même le nom qu’elle portait.
Il a ouvert un magasin d’antiquités non loin de son village.
L’enfant est devenue adolescente. C’est le temps des premiers émois qui font que la vie de presque sans failles s’agite d’un seul coup et devient défaillante. Certains soirs le cœur se serre … quelques larmes perlent de ci de là … premières fois, premières peines, premiers doutes, premier amour qu’elle pense inconsolable.
Alors elle vient souvent s’asseoir autour de la table et planter son regard de gamine un peu perdue dans celui du héros de son enfance. C’est un havre, un royaume, une paix retrouvée. Ici, elle trouve les mots qui l’apaisent et la calment .
Ici , elle continue d’apprendre à grandir.
Au bout d’une longue soirée, il arrive parfois que son oncle vienne à évoquer ce temps ou le rideau rouge tombait tous les soirs, le murmure des coulisses et le malade imaginaire, ce temps ou le trac était un art de vivre , le temps des mots de Molière .
Dans sa voix il n’y a pas d’amertume, pas de regrets .
Parfois une douce nostalgie passe dans son regard .
La bas, dans la maison aux volets bleus, il y a des gens heureux.
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Posté le 21.10.2007 par clameurs
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Lettre à Marie
Tout est blanc, si blanc …
Face à toute cette blancheur, je revois cette allée, Marie, et cet hiver là qui ne te concerne pas, l’allée de mon enfance et le boules de neige que je lançais de bon matin et je ne sais pas du tout pourquoi, me revient cette image, maintenant, toute de suite, là, face à toi.
C’est un peu déplacé ce genre de souvenirs à des moments pareils.
Tu es là, et les vitraux renvoient un soleil presque incorrect, incongru, malvenu.
On ne sait pas trop ce qu’il vient faire là ce soleil , ce qu’il vient foutre dans ton histoire, décliné en cristaux dans une journée d’avril où on serait mieux à boire un coup à une terrasse de café, toi et moi.
Toi et moi, Marie, à une terrasse en plein Paris, à regarder la vie passer et à se marrer, peut être à pleurer un peu, mais pas trop, face au temps qui nous échappe. Mais à être là, ensemble. Juste là.
Ce soleil on aurait envie de le tuer d’un seul coup.
L’éblouissement et toujours ce soleil et ce calme qui finit par me serrer la gorge
Je suis là, plantée bêtement sur un banc parmi des gens que je n’ai jamais vus, raides et impassibles, larmes aux coins des yeux, sanglots parfois surtout ceux du premier rang.
Je suis là et tu dors sous ces vitraux qui illuminent ce que tu es.
Tu dors et je finis par me demander où est ce dieu. Qui est ce dieu là qui a pu te laisser faire ça.
Mais ce genre de pensées, c’est sûrement encore plus déplacé que l’histoire des boules de neige.
Je te connaissais pas vraiment alors tu me pardonneras si mes larmes ne sont pas celles de l’absence ou du manque –
Mes larmes qui coulent, alors que j’entends chanter des incantations presque ridicules, qui ne servent plus à grand chose.
Mes larmes ….
qui ressemblent à celles de cette petite fille si jeune qui tend la main pour atteindre ton cercueil et y mettre une bougie allumée.
Cette petite fille qui , le regard déjà vide de l’absence , dépose sur une boîte blanche ou sont gravées tes initiales et des dates, drôles de dates , une lumière, sa lumière, celle qui venait de sa mère.
Ce soir là , tu as bouffé des médicaments.
Tu as bouffé des médicaments et tu t’es allongée dans le noir en faisant semblant de dormir, un peu comme les enfants qui jouent à la guerre font semblant de mourir.
Mais les enfants se relèvent d’un seul coup en éclatant de rire et tout le monde rit avec eux – les enfants sont très fiers et s’imaginent bien souvent avoir bernés les adultes, tellement rassurés de les voir brusquement ressuscités.
Mais là, Cette nuit là, Le maître de cérémonie a fait son œuvre, tranquillement, calmement, sans un bruit.
Pour les autres, tu dormais profondément, tu te reposais dans une nuit trop chaude d’un mois d’avril.
le détonateur des étoiles, celui qui fait tourner le grand ordinateur t’a rattrapé
tu ne t’es pas relevée et personne n’a éclaté de rire.
tu as cessé de faire semblant Marie,
et le monde s’est écroulé.
Tu l’as voulu, tu l’as choisi, dans ton désespoir fou et sans doute irraisonné, dans ta maladie que tu ne maîtrisais plus, ta maladie … celle de l’âme --- fêlée, cassée, brisée ,
Tu as décidé sans appel possible.
Et tout s’assombrit, malgré le soleil.
Je suis là sur mon banc parmi tous ces gens qui pleurent et qui chantent, qui dans quelques instants iront en rang d’oignons bénir ton cercueil blanc pour rien , comme cela, bénir ton cercueil , Marie, pour te rendre ce qu’on appelle pudiquement un « dernier hommage ».
Hier tu étais encore debout .
Je suis la pour tes parents et leur souffrance, pour ta fille et pour l’au revoir qu’elle te dédiera à la sortie de l’église face à cette immense boîte qui emporte sa mère .Ta fille porte le prénom du paradis .et elle se retrouve soudain en enfer.
On y passera tous, me diras tu ! oui mais pas comme cela, pas là, maintenant, tout de suite,,pas pour rien , ---pas ….parce que personne n’a rien pu faire contre l’âme qui s’envole et le désespoir qui s’installe .
Je te connaissais pas, t’étais pas une copine, t’étais qu’une image rencontrée un jour par hasard, t’étais un visage – t’étais belle mais pas vraiment drôle, t’étais belle mais pas vraiment heureuse , t’étais comblée mais trop désespérée pour continuer .
Je te connaissais pas et si je t’avais connu , cela n’aurait rien changé, sauf que j’aurais chialé un peu plus du fait de t’avoir perdue. Et j’aurais sûrement pensé que je n’avais pas dit ce qu’il fallait dire et pas fait ce qu’il fallait faire pour te sortir de ton abîme.
Tout est blanc, les gens sont noirs et des larmes partout qui s’évanouiront peu à peu car tout s’évanouit un jour. Les gens sont jeunes parc que tu étais jeune .
Tes parents, un peu moins jeunes, ne sont déjà plus debout.
Ta fille au nom de paradis, immobile et figée, mais à présent souriante comme une enfant de 8ans peut l’être, n’a rien pu faire d’autre que de t’adresser un signe de la main pour te dire au revoir .
Sans doute que le magicien des étoiles, celui que tu as choisi de rejoindre ce soir là, juste avant de t’endormir, de faire semblant et sans résurrection , aura t’il vu ce visage là et ce regard là ----te regarder partir….
Et la voiture des pompes funèbres s’éloigner en laissant Eden sur le parvis, agrippée à la main de son père .
Marie, j’ai soudain eu envie, une nouvelle fois, de tuer le soleil , simplement tuer le soleil .
Avril 2007
Juillet 2007
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Posté le 24.09.2007 par clameurs
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Deux croquis de voyage
Tableau d’une exposition
Ont-ils encore besoin de regarder les tableaux devant lesquels ils s’agglutinent, ces visiteurs casqués, puisqu’on leur dit ce qu’ils doivent voir et comprendre ! Peuvent-ils encore garder un peu de leurs propres yeux pour éprouver une quelconque émotion qui ne soit dictée par le discours certainement très élaboré qu’on leur envoie directement au cerveau à travers des oreillettes du très élégant casque fourni gracieusement à l’entrée. Et quand le laïus correspondant est terminé, je les vois quitter le tableau, sans même un dernier regard qui les excuserait un peu à mes yeux et partir à pas pressés, défilant devant les œuvres avec un regard rapide pour s’assurer sur les étiquettes que ne figure pas le signe annonçant que le tableau est commenté dans leur odieux guide.
Heureusement tous les tableaux de l’exposition ne sont pas munis d’une étiquette affublée du fameux pictogramme, ce qui me laisse tout mon temps pour, par exemple, me laisser envahir par la tranquillité de cette « Vue d’Ornans » de Courbet, la douce quiétude de cette fin d’été, si habilement mise en scène. Et moi qui avais toujours des notes catastrophiques en dessin, j’en éprouve la nécessité de sortir mon petit calepin, pour y esquisser les principaux volumes, la lointaine falaise surplombant la longue pente herbeuse, le clocher du village se détachant tout juste, presque humblement sur fond de prairie, la large flaque de la Loue miroitante (quelle heure peut il être ? fin de matinée ou après-midi ; les éclairages ne sont ni rasants ni brutaux, mais il y a des nuages au ciel), la Loue paisible donc, avec le pont qui au premier plan l’enjambe et les masses altières des grands arbres sur la droite qui ne s’y reflètent pas d’où le peintre se trouvait.
Je savoure une certaine habileté insoupçonnée de mon trait de crayon et la vision neuve que cela me donne de ce paysage. Mon œil va du tableau à la toute petite page de mon carnet, et retourne vérifier les contours. Et comment rendre la teinte crayeuse de la falaise et celle sombre des arbres, le doux chatoiement de l’eau et les nuages estompés. Mon pouce appuie, frotte sur les traits de crayon pour adoucir les ombres, comme je l’ai vu faire un jour à un de ces artistes de Montmartre qui vous dessine en un quart d’heure un portrait criant de vérité de votre fiancée ou (plus tard) de votre progéniture.
Mon pauvre petit dessin va maintenant dans ma poche m’accompagner pendant le reste de mon voyage, viatique imprévu, plus nourricier qu’une des innombrables photos que j’ai prises dans d’autres musées (même si je les admire ces photos, les trie, les classe chaque soir avec minutie), condensé de paix et de tranquillité qui ne va pas cesser de m’évoquer, de me parler d’Ornans où jamais encore mes pérégrinations ne m’ont conduit, mais où maintenant je compte bien aller dire un jour « Bonjour, Monsieur Courbet ».
Berlin, Août 2007 – Chatou, Septembre 2007
Etait-ce une actrice ?
Il faut en français utiliser deux mots pour désigner un « être humain » sans devoir préciser son sexe. Le mot « homme », même s’il a aussi ce sens, ne l’a qu’ « en deuxième intention », comme un sens secondaire pourrait-on dire et conduit toujours d’abord à une image masculine. C’est d’ailleurs la même chose en anglais.
Le mot « Mensch » en allemand a ceci de puissant qu’il englobe notre condition sans distinction de sexe et sans pourtant être « neutre ». Il a aussi ceci d’horrible que je ne peux m’empêcher en le voyant écrit de penser à l’Übermensch aryen et à l’Untermensch juif. Pourrais-je un jour quand je suis en Allemagne cesser de constamment prendre mes références dans cette époque sinistre ! (Epoque, qui fut aussi celle de ma naissance).
Mais je reviens à cette difficulté à nommer simplement l’ensemble de mes congénères. Si je dis, par exemple, que je suis un observateur de l’homme, ou des hommes, même si l’on comprend presque immédiatement qu’il ne s’agit pas que des porteurs de pénis, on ne pense qu’en second lieu que c’est le comportement humain, les sentiments, les sensations de cette catégorie de bipèdes dont je fais partie, à laquelle toi aussi lecteur ou lectrice tu appartiens, que je scrute avec attention, avec bonheur, devrais-je dire, et pas seulement de la moitié d’entre eux. Et pourtant, autant tout de suite l’avouer, les femmes est la part de ce genre qui m’intéresse le plus. Mais je les regarde autant comme « humaines » que comme« femelles ».
Comme ce soir, dans le jardin de ce café berlinois, à quelques mètres me faisant face, cette femme blonde d’une trentaine d’années, aux très beaux yeux bleu et au nez légèrement retroussé, les cheveux relevés en queue de cheval, avec un faux air de Claudia Schiffer, mais en moins « papier glacé », qui me fascine par l’expressivité de son visage quand elle parle à son amant (car je suis pratiquement certain que cet homme brun au complet noir rayé, plus âgé qu’elle, l’alliance au doigt qui me tourne le dos, n’est pas son père, ni son mari, ni un simple ami ; elle-même porte plusieurs anneaux à sa main mais aucun à l’annulaire).
Je suis assis trop loin d’eux pour distinguer ne serait-ce que le son de leurs voix dans la conversation, mais en définitive, peu importe, c’est son comportement à elle, tous les aspects changeants de ses traits qui m’intéressent, me captivent. Comme si souvent pour moi la forme l’emporte ici encore sur le fond. Et puis cela laisse libre cours à mon imagination.
Elle fronce les sourcils, hausse les pommettes, tire les commissures de ses lèvres parfaitement dessinées, tourne la tête sur le côté pour le plus discrètement possible cacher une petite toux, sourit légèrement en regardant un moment vers moi, lance élégamment les doigts de sa main droite vers lui pour appuyer un argument, tend le cou comme si elle n’avait pas bien tout compris de sa réplique, mais plus sûrement pour lui faire répéter quelque phrase dont il va se rendre compte de l’incongruité, incline la tête puis la relève brusquement, re-fronce les sourcils, balance rapidement sa queue de cheval de droite à gauche, se gratte un court instant le front, regarde à nouveau vers moi, penche la tête vers l’épaule avec un sourire ironique, referme son expression attendant une réponse –est-ce elle qui mène le jeu ?– réponse qui vient manifestement trop tard, sourit à nouveau avec à la fois de la douceur et un peu de pitié pendant le silence qu’elle laisse s’installer.
J’ai commandé un autre demi pour continuer à suivre la scène.
Elle s’est levée, s’est vraisemblablement rendue aux toilettes. L’homme termine son verre.
Quand elle revient, petit geste interrogateur de la main. Oui, il a payé, ils peuvent y aller (où, me demandé-je, en cette fin d’après-midi maussade …).
Elle prend son sac et en partant, se retourne et m’adresse un regard rapide, comme pour accuser réception de l’attention que je lui ai portée.
Je crois qu’elle a vu que je prenais des notes dans mon calepin ; me prendrait-elle pour quelque détective ? Mais elle s’est bien rendue compte que le garçon me ramenait une autre consommation et que je ne me précipitais pas pour régler et pouvoir me lever et les suivre.
Non, ça me semble plutôt un regard de connivence, presque de complicité et cela me remplit de discrète satisfaction, allumant sur mes lèvres un sourire en échange. Mais elle s’est retournée et disparaît déjà dans le sombre couloir qui mène à la rue.
Berlin, Août 2007 – Chatou, Septembre 2007
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Posté le 28.08.2007 par clameurs
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Elle déteste, la voilà embringuée, elle déteste. Bonne fille, elle a dit oui. Elle marche et ne sait plus qui lui a suggéré de mettre des chaussures et elle a regardé leurs pieds, elle voit des rangées de paires couverts de grolles jaunies, tennis rapées, méduses nacrées avec chaussettes s’il vous plaît. Ses pieds sont nus, logique pour marcher dans le sable. André Gide disait bien « j’aime que le sable des plages soit doux, je veux que mes pieds nus le sentent »
Des enfants jouent, des pareos sur la plage jettent leur touche de couleur. Le sale temps est parti. Il fait implacablement beau entre mer et ciel. La plage est immense, gardée par une falaise à chaque extrémité, des récifs les bordent. La Bretagne par grande marée pour découverte.
Des geysers se forment entre ses orteils, de sable mouillé et d’eau. Elle aime les lignes incurvées, ces rigoles que la mer descendante imprime sur le sable, au loin elle aime regarder les jeux d’eau des vagues longues et basses qui roulent et cassent en blanchissant.
Elle déteste ces minuscules coquillages acérés qui aiguillonnent sa plante des pieds, et se souvient de cet autre petit matin, la même douleur, son père l’avait emmené pêcher à la palangrote, le sable humide, épais et froid. Ils avaient entourés les hameçons de piades et attrapé des girelles bleutées, avec ces longues rayures de la tête à la queue.
Là aussi le sable s’épaissit et mord, ils marchent vite, son souffle s’accélère, cette foutue marée indice je ne sais plus, si basse !
Les filets à crevettes qu’on lui a confiés à elle, l’incapable, "si tu n’as jamais pêché tu peux porter, a dit Brigitte en gloussant".
Les mailles du havenot sont trempées d’avoir traîné et gouttent sur son dos, le manche en bois lui cogne la jambe et la heurte. Cà hurle de joie autour d’elle, ils retournent les rochers découverts et glapissent «passe-moi le filet, remue-toi».
Le vent se lève, elle frissonne ; l’automate qu’elle est devenue tend le filet et trois bouquets frétillent.
UN OBJET BENEFIQUE OU DESTRUCTEUR DANS LES MAINS D’UN PERSONNAGE
La chaleur d’avril sur les bourgeons, des feuilles légères semblables à une mousseline impalpable sur les arbres du square, ce square discret et calme qu’elle avait repéré.
Le bébé dort dans la poussette, elle ne veut pas faire l’effort de lire, tout juste fermer les yeux et sentir le soleil retrouvé,et pourtant elle regarde.
Les bosquets de buis taillés sont en quinconce, elle aperçoit un objet qui bouge sur un fond de ciel bleu, un son qui s’élève, une trille d’oiseau lui répond.
Un bruit encore qui s’apparente aux miaulements des chats en chaleur et encore la même alternance discordante.
Un chapeau noir incongru bouge au-dessus des buis et une pointe semble prolonger des branchages, quelques notes pures encore, c’est un archet.
Est-ce un type qui s’exerce avant de faire la manche, un étudiant de conservatoire,un violoniste confirmé éperdu de nature, un crétin à crin-crin ?
Les questions s’entrechoquent, d’accord pour un concert mais c’était le calme qu’elle désirait.
Intriguée, elle ne change pas de banc.
Une silhouette se découpe, sous le chapeau, un feutre impeccable à gros grain. La tête disparaît, elle n’aperçoit qu’un menton, celui d’un enfant de dix ans qui a dû piquer le chapeau de son père. Il s’est déguisé en virtuose et c’est un maestro, de dix ans, avec une écharpe blanche et longue au revers de son col de chemise, mais un pan rentré dans son jean et l’autre qui en sort. Elle sourit.
Le violon semble immense dans ses jeunes bras. Un clown de pantomime qui la fait éclater de rire. Elle voulait une suite de Bach, pas des notes laborieuses, pas un violoneux,un gamin qui doit sortir de chez lui parcequ’il fatigue sa mère et les voisins avec ses gammes de bagarre de chats.
Le jeune garçon retire son chapeau qui lui tient chaud et l’empêche de voir ,il cligne des yeux et la voit, elle, assise sur son banc, la poussette à la capote baissée, le doudou rose accroché dans les mains minuscules du bébé.
Il salue ce tableau avec une déférence inattendue de précision, il penche la tête et place son menton de façon habile et décidée sur l’embout du violon, de sa main fine entoure l’anche et effleure les cordes en oiseau volage.
Elle est prête à mettre un doigt sur ses lèvres en signe de silence, mais la grâce de l’enfant domine, quelques pizziccatti s’élèvent suivis par la plus jolie des berçeuses.
L’air n’est plus immobile, des vibrations pures lient la jeune mère et l’enfant qui joue.
Le temps s’est suspendu, étiré. Je crois que les oiseaux ont écouté et se sont tu.
Je crois que les bourgeons ont puisé leur sève pour éclore, que les feuilles de l’érable se sont ouvertes,
Le souffle du bébé est d’une régularité apaisée, un sourire subsiste sur ses lèvres.
Elle joint les paumes de ses mains et baisse la tête ; le menton touchant la perle de son cou dans un signe qu’elle voulait parfait de déférence. Il n’y eut pas d’existence autre que ce moment-là.
Il a la voix étonnamment rauque pour un jeune garçon.
« Vous avez aimé » ?
- Tu m’as fait peur avec tes miaulements de chat, mais tu m’as attrapé comme une souris. Je m’appelle Emma, voici Mathilde qui sourit en dormant,et toi ?
- César, je joue du violon, je m’amusai, pourquoi vous avez-ri après que je vous aie fait peur ?
- J’ai entendu deux musiques qui se battaient, celle d’un rossignol et celle de chats en colère, j’ai eu peur des chats et que Mathilde se réveille. Tu viens souvent jouer ici ? »
César sourit.
- Non,seulement quand j’ai le droit de sortir.
- Tu sais, j’ai aimé le rossignol.
Un moment passa et Emma lui dit en modulant le son de sa voix : »Tu dois aimer faire des blagues, tu te déguises avec un chapeau et… » Emma replace l’écharpe autour du cou tendre de César, s’étonnant elle-même de son geste amical et protecteur. « Tu fais exprès de t’habiller pour un concert ? »
- Oui, mon père est 1er violon d’un quatuor, il est en tournée.
La voix de César est plate et d’une maturité qui la surprend. Emma décide de ne poser aucune question, mais lui propose de ranger son violon et d’aller chez l’Haagen-Daas du coin de la rue.
Ils sont côte-à-côte sur le trottoir, Emma porte l’instrument dans sa boîte et roule la poussette, César à des moustaches de pépites de chocolat et ils parlent.
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Posté le 28.08.2007 par clameurs
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LA NUIT D’UNE PENICHE A QUAI
Mon bonheur est dans le clapotis de l’eau, dans cette vie qui dépend de ses humeurs.
Mon désespoir dans le désarmement, moi démembrée, dépecée, désossée en matériaux allant du recyclage à l’irréccupérable, une mort éclatée. Dans ce cas, je haïrais les hommes qui le feraient après avoir vécu de moi avec leur désir de rentabilité marketée, je les vomirais.
Mon domaine est la Seine et celui des beautés qui l’accompagnent, j’ai droit au coup de blues de moi-même et à ceux de la vie des humains. Je suis Maître à bord. Bien sûr, j’ai eu des capitaines, des bons et des mauvais. Grâce à eux, j’ai appris et apprivoisé l’homme, j’en ai foutu un ou deux par-dessus bord.
Il ya du guignol dans la chute, dans l’immersion. Grâce à moi qui toujours flotte, le bruit chantant des vaguelettes et un coup de fraîcheur revigorant. Le bois et le métal dont je suis faite savent faire la différence entre les saisons.
La vie est sur l’eau, dans la nuit, ses lumières et ses aubes, en plein jour avec le soleil ou les nuages qui s’y reflètent.
Ce qui me fâche c’est de n’apercevoir que ce halo nocturne balançant en rythme, la poésie en serait-elle plus vraie dans l’illumination ? Une nuit, en remontant la Seine pour livrer mon chargement, j’ai vu la Tour Eiffel qui crépitait ses bulles de champagne. Ne riez pas, oui j’en connais le goût, une bouteille s’est renversée, pas mauvais.
Je déteste lorsque je suis à mon appontement voir ces bateaux-mouche qui se la jouent. C’est plein de braillards touristeux qui veulent se donner des émotions d’une nuit, alors que j’écoute ma musique aquatique. Vais-je les déranger lorsqu’ils écoutent Mozart ? Ces soirs là, mes moteurs sont en panne, et je suis berçée, roulée par la houle, un enfant dans les bras maternels.
J’appartiens à la nuit, à l’eau, au calme de toutes choses.
Je vois, j’entend les hommes dormir, je ne dors jamais. Les hommes s’essouflent et me fatiguent.
La fatigue, je la connais, mes pompes s’enrouent et mon moteur ne chante pas un rythme régulier.
Dans ces cas-là, je fais des clins d’œil au mécano. Si ce type me plaît ou non, si j’ai besoin d’une nuit à quai, je me mets en panne. Ce n’est pas toujours bénéfique, il peut y avoir des engueulades entre mariniers, c’est aussi de cette façon que j’ai appris le goût des alcools.
La torpeur règne à bord, et j’ouvre mes yeux à la lenteur.
A la beauté bleue de la nuit, d’Altaïr, Sirius, Orion quand il n’y a pas de pollution atmosphérique, aux lumières de la ville et à ses amoureux. Je découvre que les hommes, ces grands agitateurs factices, ont le goût du repos et savent se taire. En est-il dans le monde qui sachent entendre la musique de l’eau et celle du vent conjugués, je ne suis pas un être humain, je suis une péniche à quai.
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Posté le 28.08.2007 par clameurs
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ON lui avait bien dit de ne jamais ouvrir cette porte et l’enfant obéissant qu’il était avait accepté. Sans discussion. On ne peut pas réduire la rébellion à l’âge, c’est un univers éblouissant qui cisèle les couleurs et se limite au noir et au blanc.
Du joli enfant sage, l’ado rebelle et râleur qui remet tout en question les horaires, les refus, l’hypocrisie, la rêverie avaient pris place dans une pagaïe qui le rendait électrique.
S’il ne se comprenait plus lui-même, il ne comprenait plus ses parents.
C’était quoi cette porte ? Et puis quoi à l’intérieur ? Si je parle de la porte Maman en fait une tête. Ce môme se retournait dans son lit, tirait sur sa couette aux avions tricolores. Hier encore, il grondait, mimant le bruit des moteurs, des atterrissages, ses pieds faisaient le dragon chinois en-dessous, et les avions montaient en piqué, loopingaient sur la mer, rentraient dans les hangars pour en ressortir à l’assaut de l’ennemi, visaient le porte-avion, vrombissaient dans un ciel de tourments et se reposaient, il fermait les yeux, content.
Là, ce soir c’est une avalanche qui débute en bémol. Doucement, il imagine des trucs de ouf : derrière la porte un joli vieux mort enveloppé dans une couverture de l’armée, le cercueil est ouvert et sa pensée s’attarde sur des os blanchis ou carbonisés comme la momie, décide que non ça ne colle pas, ça puerait.
Alors des armes, des mitrailleuses, des kalachnikoff, des roquettes, vroum, des grenades offensives, non défensives, des mines comme dans ces pays qu’il ne connaissait pas, comment déjà ? La Chine ouais c’est ça c’est par là le Vietnam, oui sa sœur y était allée, un truc en odge ouais, un truc en odge où des machins pètent à la gueule et laissent des gamins de son âge avec une jambe.
Il se voit dans la cour du collège avec une jambe de bois en bambou regardé par les copains, leurs regards l’échauffe, le gêne, il n’aime pas . C’était quoi cette porte ? Du fric ! J’aimerais bien trouver du fric !
La liste des achats s’affichent dans sa tête, une mob, des nike, un vrai ballon de rugby et un autre de foot, une nouvelle voiture toit ouvrant avec dvd incorporé, ce sac que sa mère avait regardé en rouge, tout ça en douce en père Noël, mais non crétin si c’était de l’argent les parents ne seraient pas dans la dèche. La porte serait ouverte.
Un secret, son père avait tenté de lui expliquer secret défense ; et les deux mots étaient restés accrochés-attachés secret défendu, défense de, tu n’as pas le droit de…
Et toc, réflexe de rage, l’avalanche roule, gronde sur les pentes, dévale se cogne dans les sapins, les brise et son jeune cerveau s’inonde d’adrénaline, ses synapses connectent en cascade ses neurones, des bouillonnements dans son cœur qui s’emballe et un raisonnement absurde comme une évidence noire : je vais la casser cette porte, j’en ai marre de cette pièce qui ne sert à rien avec leurs regards zarbi, ces oeillades coulées, leur air malin, papa le disait bien quand il parlait de mai 68, il est interdit d’interdire, et la porte alors ?
Il échafaude, il cherche.
L’avalanche est stoppée, juste une poussière de neige froide poussée par le vent, il se lève, ses petits pas légers d’enfant le portent dans la chambre des parents qui dorment vers ce tiroir. C’est la première fois qu’il désobéit sciemment, il entend des respirations et du silence.
La ficelle verte de la clé dans la main il avance et ouvre, et ce môme sage et batailleur s’envole au dernier étage.
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Posté le 09.07.2007 par clameurs
RIANE A VESINOS
Divertissement en 1 tableau unique
Librement inspiré d’Apollodore, Jules Verne et Meilhac et Halévy
Toute ressemblance autre que celle des noms ne saurait être que fortuite et n’engage pas la responsabilité de l’archonte (organisateur des festivités à Athènes).
PERSONNAGES
LES ANNES (attention à bien prononcer un a court)
RIANE, FILLE DE MINUS ET DE PASSIFACHEE, PRINCESSE CRETOISE
TIANE, SUIVANTE DE RIANE
ZANNE, SŒUR DE RIANE
LES ZES (on ne prononce pas le s terminal : Zeu)
SOISE, DANSEUSE DE DIDIONYSOS
RESE, PRETRESSE DE DIDIONYSOS
RYSE, FILLE DE PRAXITELE ET DE PHRYNE
DIDIONYSOS (DIT DIDI), DIEU DU VIN ET DES FESTIVITES
PHIDELAOUS, ROI DE PHILDEMOS
ROBER LE CONQUERANT
PHRANSOUS, ARCHONTE
PREMIER ET UNIQUE TABLEAU
La scène représente un promontoire rocheux surplombant une grève tranquille. A l’ombre d’un pin, Riane l’éplorée, accoudée à une glacière près d’un panier de pique-nique regarde mélancoliquement le déroulement infini de la lame et son esprit n’est pas un gouffre moins amer.
A ses côtés Tiane la souriante s’abîme dans l’écoute de son MP3.
RIANE soupire
RIANE soupire de nouveau et flanque une claque sur la cuisse de Tiane
- Tu peux pas un peu arrêter d’écouter tes âneries et me faire un peu la causette. Cinquante fois déjà l’aurore aux doigts d’argent s’est levée sur le cap depuis que Zézé a pris le zodiac pour aller soi-disant chercher des blondes. En fait de cigarettes, c’était p’têt bien d’autres genres de blondes qui voulait causer.
TIANE qui a retiré ses écouteurs après le coup de Riane
- Ah, Riane cesse donc tes lamentations ! T’inquiète. I finira bien par r’trouver le ch’min de Vésinos. Zézé c’est pas un d’ces jeunes bouffons, qu’a rien sous la casquette. I t’l’a déjà prouvé, nom de Zeus (à prononcer Tséousse), gloire à son noble nom, le dab de ton vieux et notre père à tous de toute façons.
RIANE
- Si tu veux parler du coup foireux de Mitotor dans le labyrinthe, c’est plutôt mézigue qui lui ai tiré une sacrée épine du talon.
TIANE
- Riane, je finis par perdre le fil. T’es pas en train de confondre avec Chichile aux pieds rapides.
RIANE
- Dis, et toi t’as déjà entendu parler des métaphores ?
TIANE
- C’que tu m’gonfles avec tes nymphes de cousines : Métonymie, Palimpseste, Echolalie i tutti quanti, s’cuse, et cætera. Mais ta phétamore, tu m’avais pas encore causée d’cell’là.
RIANE
- Bon, laisse béton. T’entraves que dalle, mais c’est pas grave. N’empêche que si j’lui avais pas filé la pelote, il l’aurait p’têt buté mon monstre de frangin, mais il aurait pas pu ressortir.
Après un petit moment de silence :
- Tout d’même, quel bel homme, le Zézé. I m’manque drôlement.
TIANE
- Ben, tu sais, moi aussi, ça m’manque sacrément, un mec. Et notre gracieux hôte Phidelaos est un peu trop sérieux. I manque jamais de m’faire remarquer mes retards à son workshop. Encore heureux qu’Mathilde soit pas là pour pleurer dans ton auguste giron.
Côté jardin, arrive Zanne en courant, échevelée
ZANNE
- Oh, les filles. Y a un drôle de truc qui vient de tomber du ciel. Quéquchose comme une amphore géante ou un cratère volant. Ca s’est posé tout en douceur sur la plage de l’autre côté de l’île.
Apparaît majestueux Phidelaous (côté jardin, aussi)
ZANNE s’adresse à lui avec déférence
- Oh, auguste roi et ami, qui des mots et des zaïkus connais les secrètes arcanes, sais-tu quel mystère se cache derrière cet engin : est-il habité, est-ce un tien invité, ou un message des dieux ?
PHIDELAOUS
- Nobles amies, je ne sais. Invraisemblablement ce serait une annonce d’en haut : c’est Hermès aux santiags ailées qui est leur habituel truchement. Et je n’ai invité personne.
Il réfléchit un instant
- A moins, mais c’est bien improbable, qu’un titan ou un génie n’ait perçu la renommée de Phildemos et vienne s’informer sur notre art ancestral de la prose.
Côté cour, les Zes, entrent en dansant au son des lyres, flûtes et tambourins
CHŒUR DES ZES
- O, Didi, apparaît, qu’en ton honneur nous commencions les libations. Chantons, dansons, mangeons, buvons et vous les Annes, avec vos geignements, vos pleurs, votre place est ailleurs. Taillez-vous et fissa.
CHŒUR DES ANNES
- Et puis quoi ! Et puis quoi ! A vous de virer, immonde racaille avinée. Quand Zézé reviendra zaurez intérêt à vous méfier de son Karcher.
REZE Aux Annes :
- Restez si ça vous chante, mais quittez vos tristes masques et buvez avec nous.
Aux Zes :
- Et vous mes sœurs excitez vos grattes pour ces grandes Dyonisées.
CHŒUR DES ZES
- Vers ton autel Didi, nous accourons joyeuses, vers toi Didi, nous accourons joyeuses, à toi nous gueuses nous nous offrons. Chantons, dansons, mangeons, buvons.
PHIDELAOUS
- Oh ! Oh ! chères amies. Eclaircissons d’abord le mystère que Zanne vient de nous relater. Que peut-être cet oblong objet qui tantôt des cieux nous arriva. Menace ou cadeau des Dieux, nouvelle invention de Dédale ou mirage de nos sens.
RIANE, pleine d’espoir
- Oh oui ! C’est p’tèt Zézé qu’essaye un nouveau truc de Dédale.
PHIDELAOUS
- Mais prudents nous devons rester. N’avez-vous oncques oui la ruse du protégé d’Athéna, pour s’emparer de Troie. Serait-ce un nouveau cheval ? As-tu, Zanne, remarqué autre détail, qui notre entendement pourrait instruire ?
ZANNE
- Que pouique, oh roi au verbe fleuri. Même pas de hennissement ni de crottin. Juste un drôle de bruit, comme si un DJ avait fait tourner à l’envers un vinyle de Polnareff.
RIANE offusquée
- Ah non, ça, ça s’rait trop dégueu !
REZE
- Mais que fait donc Didi, dis-donc ?
RYSE esquissant avec ses mains la forme d’un torse
- Oh viens Didi, que je te moule ta boule, avant que tu nous saoules.
SOISE
- L’aurait ptêt biberonné aux Ibis.
Une silhouette apparaît côté jardin en contre-jour. Tous se taisent
puis
CHŒUR DES ZES
- Gloire à Didi, gloire à Didionysos
Gloire à Didi, gloire à Didionysos
CHŒUR DES ANNES
- Zézé est revenu, zézé est de retour
Zézé est revenu, zézé est de retour
PHIDELAOUS qui s’est avancé vers la silhouette
S’adressant aux Zes
- Non, ce n’est pas Zézé, …
SOIZE à Riane
- Riane, cache ta joie !
PHIDELAOUS aux Annes
- ni un dieu, que mes yeux ébaubis voient vers nous s’avancer !
C’est un fier humain, à chevelure de héros.
PHIDELAOUS s’adressant avec emphase à la silhouette
- Que notre hospitalité te soit douce, oh bel inconnu. Comment pouvons-nous te nommer ?
ROBER
- Je me nomme Rober. Je suis digne de ce nom. J'ai quarante ans, bien que je paraisse n'en pas avoir trente, une constitution de fer, une santé à toute épreuve, une remarquable force musculaire, un estomac qui passerait pour excellent même dans le monde des autruches. Voilà pour le physique.
Les deux chœurs, simultanément
CHŒUR DES ANNES déclamant
- Nous l'écoutons. Oui ! Nous l’écoutons. Les bruyants d'abord surpris par ce discours pro facie suâ se sont tus. Puis des murmures ont parcouru l’assemblée : Est-ce un fou ou un mystificateur ? Quoi qu'il en soit, il en impose et s'impose. Plus un souffle là où oncques se déchaînait l'ouragan de Poséidon. En chantonnant : Sur la mer calmée, au loin pas de fumée.
CHŒUR DES ZES mezzo voce, en bourdon
- Qu’il est beau ! Il est trop, il est trop !
Qu’il est beau ! Il est trop, il est trop !
Qu’il est beau ! Il est trop, il est trop !
Qu’il est beau ! Il est trop, il est trop !
Qu’il est beau ! Il est trop, il est trop !
PHIDELAOUS
- Sois le bienvenu, oh, Rober et nous conte ton dessein. Instruis-nous donc de cette oblongue et brillante capsule.
ROBER
- Je venais rencontrer Dédale, mon illustre prédécesseur, pour avec lui discuter du moyen le plus ingénieux pour échapper aux forces qui nous entraînent invariablement vers le bas quand, justement, Eole et Poséidon, jaloux, se sont ligués pour faire tomber mon bel Albatros, avant que je n’arrive en Crête.
Pendant le discours de ROBER, les ZES s’éclipsent discrètement.
J’eus heureusement suffisamment de capacités de manœuvre pour me poser en cette île riante. Car si l’on considère que la surface de notre planète est occupée à 76,48 % d’eau saline, que la vitesse moyenne d’Albatros est de 23.156 stades en une journée et que l’âge de son capitaine voisine les 412 lunes. Si l’on y ajoute la vitesse de Borée et Zéphyr dont la résultante …
Le reste du discours s’évanouit sous le brouhaha joyeux du retour des ZES entourant DIDIONYSOS
DIDIONYSOS, le verre à la main, des cerises aux oreilles, improvise un discours allègre sur l’incipit « Oh, mes belles bacchantes … » qu’il termine en arrêt devant RIANE
CHŒUR DES ZES en ronde autour de DIDIONYSOS, tout le temps que dure son discours
- Gloire à toi, divin Didi. Loués ton chant et ton vin. Dansons et buvons mes soeurs
DIDIONYSOS
- Oh, noble Vésinondine , de la tristesse quitte les traits. Dans mes bras viens oublier Zézé qui te néglige. De nos danses sois la reine et nous réjouisse de tes rires.
Toute l’assemblée boit, chante et danse !
FIN
Petit rappel mythologique
Ariane, fille de Minos roi de Crête, a procuré le moyen à Thésée d’échapper au labyrinthe après qu’il eut tué le sanguinaire Minotaure. Ce monstre, au corps d’homme et à la tête de taureau, fruit des amours de Pasiphaé, propre (enfin, façon de parler) mère d’Ariane, avec un splendide Taureau offert par Poséidon à Minos, ce monstre donc, était bien le demi-frère d’Ariane.
En échange de la pelote que Thésée n’eut qu’à ré enrouler pour trouver la sortie, moyen dont l’idée lui avait été donnée par Dédale, l’architecte du labyrinthe, Ariane avait fait promettre à Thésée de l’emmener avec lui à Athènes. Mais pour d’obscures raisons, Thésée laissa Ariane sur l’île de Naxos.
Minos furieux de la trahison de Dédale fit enfermer celui-ci et son fils Icare dans le labyrinthe. Mais l’ingéniosité de Dédale leur permit de s’en échapper en se confectionnant des ailes. Hélas Icare voulut trop s’approcher du soleil qui fit fondre les attaches en cire de ses ailes et il se noya.
Entre-temps, Dionysos le dieu du vin avait débarqué à Naxos et s’occupait d’Ariane. Certains textes affirment même qu’il l’épousa.
Les bacchantes étaient les adoratrices de Dionysos, et sous l’effet du vin pouvaient se transformer en de furieuses créatures, allant jusqu’à déchiqueter des animaux et les dévorer tout crus.
Rober le conquérant
Personnage principal du roman éponyme de Jules Verne, c’est un ingénieur génial, constructeur de l’« Albatros », engin qui tient à la fois de l’aéroplane et de l’hélicoptère. Très sûr de lui, bel homme (mais chez Jules Verne, il y a peu de femmes pour apprécier !), il s’écoute souvent parler, surtout s’il a un auditoire intéressé par ses discours technico-statistico-scientifiques.
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