Ariane : Lettre à Marie
Posté le 21.10.2007 par clameurs
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Lettre à Marie
Tout est blanc, si blanc …
Face à toute cette blancheur, je revois cette allée, Marie, et cet hiver là qui ne te concerne pas, l’allée de mon enfance et le boules de neige que je lançais de bon matin et je ne sais pas du tout pourquoi, me revient cette image, maintenant, toute de suite, là, face à toi.
C’est un peu déplacé ce genre de souvenirs à des moments pareils.
Tu es là, et les vitraux renvoient un soleil presque incorrect, incongru, malvenu.
On ne sait pas trop ce qu’il vient faire là ce soleil , ce qu’il vient foutre dans ton histoire, décliné en cristaux dans une journée d’avril où on serait mieux à boire un coup à une terrasse de café, toi et moi.
Toi et moi, Marie, à une terrasse en plein Paris, à regarder la vie passer et à se marrer, peut être à pleurer un peu, mais pas trop, face au temps qui nous échappe. Mais à être là, ensemble. Juste là.
Ce soleil on aurait envie de le tuer d’un seul coup.
L’éblouissement et toujours ce soleil et ce calme qui finit par me serrer la gorge
Je suis là, plantée bêtement sur un banc parmi des gens que je n’ai jamais vus, raides et impassibles, larmes aux coins des yeux, sanglots parfois surtout ceux du premier rang.
Je suis là et tu dors sous ces vitraux qui illuminent ce que tu es.
Tu dors et je finis par me demander où est ce dieu. Qui est ce dieu là qui a pu te laisser faire ça.
Mais ce genre de pensées, c’est sûrement encore plus déplacé que l’histoire des boules de neige.
Je te connaissais pas vraiment alors tu me pardonneras si mes larmes ne sont pas celles de l’absence ou du manque –
Mes larmes qui coulent, alors que j’entends chanter des incantations presque ridicules, qui ne servent plus à grand chose.
Mes larmes ….
qui ressemblent à celles de cette petite fille si jeune qui tend la main pour atteindre ton cercueil et y mettre une bougie allumée.
Cette petite fille qui , le regard déjà vide de l’absence , dépose sur une boîte blanche ou sont gravées tes initiales et des dates, drôles de dates , une lumière, sa lumière, celle qui venait de sa mère.
Ce soir là , tu as bouffé des médicaments.
Tu as bouffé des médicaments et tu t’es allongée dans le noir en faisant semblant de dormir, un peu comme les enfants qui jouent à la guerre font semblant de mourir.
Mais les enfants se relèvent d’un seul coup en éclatant de rire et tout le monde rit avec eux – les enfants sont très fiers et s’imaginent bien souvent avoir bernés les adultes, tellement rassurés de les voir brusquement ressuscités.
Mais là, Cette nuit là, Le maître de cérémonie a fait son œuvre, tranquillement, calmement, sans un bruit.
Pour les autres, tu dormais profondément, tu te reposais dans une nuit trop chaude d’un mois d’avril.
le détonateur des étoiles, celui qui fait tourner le grand ordinateur t’a rattrapé
tu ne t’es pas relevée et personne n’a éclaté de rire.
tu as cessé de faire semblant Marie,
et le monde s’est écroulé.
Tu l’as voulu, tu l’as choisi, dans ton désespoir fou et sans doute irraisonné, dans ta maladie que tu ne maîtrisais plus, ta maladie … celle de l’âme --- fêlée, cassée, brisée ,
Tu as décidé sans appel possible.
Et tout s’assombrit, malgré le soleil.
Je suis là sur mon banc parmi tous ces gens qui pleurent et qui chantent, qui dans quelques instants iront en rang d’oignons bénir ton cercueil blanc pour rien , comme cela, bénir ton cercueil , Marie, pour te rendre ce qu’on appelle pudiquement un « dernier hommage ».
Hier tu étais encore debout .
Je suis la pour tes parents et leur souffrance, pour ta fille et pour l’au revoir qu’elle te dédiera à la sortie de l’église face à cette immense boîte qui emporte sa mère .Ta fille porte le prénom du paradis .et elle se retrouve soudain en enfer.
On y passera tous, me diras tu ! oui mais pas comme cela, pas là, maintenant, tout de suite,,pas pour rien , ---pas ….parce que personne n’a rien pu faire contre l’âme qui s’envole et le désespoir qui s’installe .
Je te connaissais pas, t’étais pas une copine, t’étais qu’une image rencontrée un jour par hasard, t’étais un visage – t’étais belle mais pas vraiment drôle, t’étais belle mais pas vraiment heureuse , t’étais comblée mais trop désespérée pour continuer .
Je te connaissais pas et si je t’avais connu , cela n’aurait rien changé, sauf que j’aurais chialé un peu plus du fait de t’avoir perdue. Et j’aurais sûrement pensé que je n’avais pas dit ce qu’il fallait dire et pas fait ce qu’il fallait faire pour te sortir de ton abîme.
Tout est blanc, les gens sont noirs et des larmes partout qui s’évanouiront peu à peu car tout s’évanouit un jour. Les gens sont jeunes parc que tu étais jeune .
Tes parents, un peu moins jeunes, ne sont déjà plus debout.
Ta fille au nom de paradis, immobile et figée, mais à présent souriante comme une enfant de 8ans peut l’être, n’a rien pu faire d’autre que de t’adresser un signe de la main pour te dire au revoir .
Sans doute que le magicien des étoiles, celui que tu as choisi de rejoindre ce soir là, juste avant de t’endormir, de faire semblant et sans résurrection , aura t’il vu ce visage là et ce regard là ----te regarder partir….
Et la voiture des pompes funèbres s’éloigner en laissant Eden sur le parvis, agrippée à la main de son père .
Marie, j’ai soudain eu envie, une nouvelle fois, de tuer le soleil , simplement tuer le soleil .
Avril 2007
Juillet 2007
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