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Nom du blog :
clameurs
Description du blog :
atelier du samedi après-midi, 05 06 07
Catégorie :
Blog Religion
Date de création :
18.12.2006
Dernière mise à jour :
05.05.2008
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Maryse : La nuit d'une péniche à quai

Maryse : La nuit d'une péniche à quai

Posté le 28.08.2007 par clameurs
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LA NUIT D’UNE PENICHE A QUAI

Mon bonheur est dans le clapotis de l’eau, dans cette vie qui dépend de ses humeurs.
Mon désespoir dans le désarmement, moi démembrée, dépecée, désossée en matériaux allant du recyclage à l’irréccupérable, une mort éclatée. Dans ce cas, je haïrais les hommes qui le feraient après avoir vécu de moi avec leur désir de rentabilité marketée, je les vomirais.

Mon domaine est la Seine et celui des beautés qui l’accompagnent, j’ai droit au coup de blues de moi-même et à ceux de la vie des humains. Je suis Maître à bord. Bien sûr, j’ai eu des capitaines, des bons et des mauvais. Grâce à eux, j’ai appris et apprivoisé l’homme, j’en ai foutu un ou deux par-dessus bord.
Il ya du guignol dans la chute, dans l’immersion. Grâce à moi qui toujours flotte, le bruit chantant des vaguelettes et un coup de fraîcheur revigorant. Le bois et le métal dont je suis faite savent faire la différence entre les saisons.
La vie est sur l’eau, dans la nuit, ses lumières et ses aubes, en plein jour avec le soleil ou les nuages qui s’y reflètent.
Ce qui me fâche c’est de n’apercevoir que ce halo nocturne balançant en rythme, la poésie en serait-elle plus vraie dans l’illumination ? Une nuit, en remontant la Seine pour livrer mon chargement, j’ai vu la Tour Eiffel qui crépitait ses bulles de champagne. Ne riez pas, oui j’en connais le goût, une bouteille s’est renversée, pas mauvais.
Je déteste lorsque je suis à mon appontement voir ces bateaux-mouche qui se la jouent. C’est plein de braillards touristeux qui veulent se donner des émotions d’une nuit, alors que j’écoute ma musique aquatique. Vais-je les déranger lorsqu’ils écoutent Mozart ? Ces soirs là, mes moteurs sont en panne, et je suis berçée, roulée par la houle, un enfant dans les bras maternels.
J’appartiens à la nuit, à l’eau, au calme de toutes choses.
Je vois, j’entend les hommes dormir, je ne dors jamais. Les hommes s’essouflent et me fatiguent.
La fatigue, je la connais, mes pompes s’enrouent et mon moteur ne chante pas un rythme régulier.
Dans ces cas-là, je fais des clins d’œil au mécano. Si ce type me plaît ou non, si j’ai besoin d’une nuit à quai, je me mets en panne. Ce n’est pas toujours bénéfique, il peut y avoir des engueulades entre mariniers, c’est aussi de cette façon que j’ai appris le goût des alcools.
La torpeur règne à bord, et j’ouvre mes yeux à la lenteur.
A la beauté bleue de la nuit, d’Altaïr, Sirius, Orion quand il n’y a pas de pollution atmosphérique, aux lumières de la ville et à ses amoureux. Je découvre que les hommes, ces grands agitateurs factices, ont le goût du repos et savent se taire. En est-il dans le monde qui sachent entendre la musique de l’eau et celle du vent conjugués, je ne suis pas un être humain, je suis une péniche à quai.
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