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Nom du blog :
clameurs
Description du blog :
atelier du samedi après-midi, 05 06 07
Catégorie :
Blog Religion
Date de création :
18.12.2006
Dernière mise à jour :
05.05.2008
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Thérèse : Description narrativisée

Posté le 18.02.2008 par clameurs
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Tout au bout du village [...], à cinquante pas au-dessus du sentier sablonneux, s’élève une jolie maisonnette entourée d’arbres fruitiers, la toiture plate chargée de grosses pierres, le pignon sur la vallée. Quelques volées de pigeons tourbillonnent autour, des poules se promènent le long des haies, un coq se perche sur le petit mur de son jardin et sonne le réveil… Deux rameaux de vigne grimpent à la façade et vont s’épanouir jusque sous le toit. Erckman-Chatrian, Contes des bords du Rhin

Thérèse : descriptions narrativisées (trois versions)

- A -
Cinq années après, elle était dans le train, pleine d’une joyeuse impatience, à l’idée de la revoir enfin, la jolie maisonnette où elle avait passé son enfance, là-bas tout au bout du village, à cinquante pas au-dessus du sentier, entourée d’arbres fruitiers. Ils en avaient si souvent parlé, pendant l’exil Plus d’une fois, elle en avait dessiné la toiture plate chargée de grosses pierres,et le pignon sur la vallée. Ils aimaient évoquer les volées de pigeons tourbillonnant autour, qui fuyaient dès qu’ ils apercevaient la carabine d’André. Y avait-il encore des poules le long des haies ? Elle riait en se souvenant de la poule miraculée, que le volailleux avait égorgée, et qui s’était échappée du panier à marché de sa mère, à grands renforts de caquètements indignés. Et le coq perché sur le petit mur du jardin pour sonner le réveil? Et les deux rameaux de vigne qui grimpaient à la façade …auraient-ils enfin atteint le toit ?
Le train s’arrêta dans la petite gare . Mais, que se passait-il ? Son corps où l’effort à faire pour atteindre la maison, était comme pré-imprimé, n’y comprenait plus rien ! Les distances n’existaient plus. Pourtant, rien n’avait changé, elle retrouvait tout dans le moindre détail ! Mais c’était devenu minuscule, comme si Gulliver arrivait au royaume de Lilliput.

- B -
Cette version se trouve dans l'article suivant, avec sa suite en focalisation 0

- C -
« Allo, patron, oui, c’est moi. J’y suis enfin !
- …
- C’est au bout du village, à cinquante pas au-dessus d’un sentier.
- …
- Non, pas bitumé, sablonneux.
- …
- On dirait une grande prairie. Les clients auront l’impression de vivre à la campagne. C’est ce que les gens veulent actuellement !
- …
-Et si vous voyiez ce que je vois ! Un outil de vente, à faire rêver ! Dans un coin du terrain, il y a un adorable « cottage », avec des arbres fruitiers tout autour, la toiture est plate, chargée de grosses pierres, le pignon sur la vallée La maison de gardien idéale.
- …
- Ca, en photo sur la docu., ça va faire un tabac ! Et, patron, vous croiriez pas, ya des poules qui se promènent le long de la haie… et même un coq perché sur le mur. Chiche que j’aille leur acheter des œufs. Je vous fais une omelette demain midi.
- …
Oui , oui, j’ai le temps, je vais voir si la mairie est ouverte… je prendrai les papiers !
Ah, dîtes donc ! Vraiment dommage qu vous ne soyez pas là ! Ya des pigeons maintenant qui tourbillonnent autour. Patron, je pose ma candidature pour le poste de gardienne !
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Thérèse : Description narrativisée et focalisation 0

Posté le 18.02.2008 par clameurs
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Tout au bout du village [...], à cinquante pas au-dessus du sentier sablonneux, s’élève une jolie maisonnette entourée d’arbres fruitiers, la toiture plate chargée de grosses pierres, le pignon sur la vallée. Quelques volées de pigeons tourbillonnent autour, des poules se promènent le long des haies, un coq se perche sur le petit mur de son jardin et sonne le réveil… Deux rameaux de vignes grimpent à la façade et vont s’épanouir jusque sous le toit. Erckmann-Chatrian, Contes des bords du Rhin

Thèrèse : description narrativisée

B -
Il est arrivé, enfin.
S’asseoir une minute, au petit bistrot du village, boire une bière, il a si soif ! Le patron ne le reconnaît pas, c’est vrai qu’ il est sale, sa barbe date d’au moins quinze jours, au camp, la seule douche était prise d’assaut. Mais, cela ne le gène pas : il sait que là-bas, tout au bout du village, à cinquante pas au-dessus du sentier sablonneux, s’élève la jolie maisonnette entourée d’arbres fruitiers, la toiture plate chargée de grosses pierres, le pignon sur la vallée. Sa grand-mère, elle, le reconnaîtra il en est sûr, malgré ses années de captivité. Le chien aussi dont les aboiements joyeux feront s’envoler les pigeons qui, toujours, tourbillonnent autour. Pour le dîner, sa grand-mère attrapera une des poules qui se promènent le long des haies. Comme le gamin d’autrefois, il ramassera une pierre à jeter au coq perché sur le petit mur du jardin afin de sonner le réveil…Le raisin des deux rameaux de vignes grimpant à la façade et s’épanouissant jusque sous le toit, sera-t-il enfin mûr ?

Focalisation 0

«Hep, jeune homme, j’ai pas que ça à faire, moi !»
Il sursaute. A coté de lui, le patron s’impatiente.
«Excusez-moi, une bière, s’il vous plaît.»
Jeannot s’éloigne en grommelant : «Ouais, pas que ça à faire… Et en plus, il pue ! D’où qu’il peut bien venir, celui-là ?» Mais il se souvient, dans le dernier N° de « Région du Centre », il y avait un article sur le retour des prisonniers et des photos, tous sales, qu’ils étaient… et fallait voir les barbes ! La mère Julien, son petit-fils, il était prisonnier… L’autre jour encore, elle était venue aux nouvelles et elle pleurait : »Jamais je le reverrai, mon p’tit gars, mon Pierrot !» « Mais si, qu’il lui avait dit, à la mère Julien, faut pas se décourager comme ça. Le journal, il disait qu’il y en a même en Russie, faut bien leur laisser le temps, aux militaires, de les ramener.»
Alors, Jeannot se retourne : mais oui, ce doit être le Pierrot ! « Qu’en penses-tu, Jules ? Tu vois le jeune homme là-bas… Ca te dit pas quelque chose ? …Et, Jules, réveille-toi, j’te parle !«
Il est réveillé le Jules, mais il ne bronche pas le Jules … Non mais ! On ne dérange pas les gens comme ça. On a ses habitudes, merde ! Mais c’est pas commun, un jeune au bistrot, à cette heure…Et, Jules fait un gros effort pour regarder derrière lui : Bien sûr que ça lui dit quelque chose. Il peut pas se tromper, c’est bien le p’tit garnement qui lançait des cailloux à ses poules et qui lui chapardait ses cerises. Ben, en voilà une qui va être contente, la mère Julien. Tout ce qu’elle a fait pour le gosse, après la mort de sa fille engrossée par un journalier qu’a foutu l’camp sans laisser d’adresse, sans même savoir.
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Kristina : Description narrativisée - focalisation

Posté le 18.02.2008 par clameurs
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Les avenues détrempées par les continuelles averses d'automne s'allongeaient, couvertes d'un épais tapis de feuilles mortes, sous la maigreur grelottante des peupliers presque nus. Les branches grêles tremblaient au vent, agitaient encore quelque feuillage près à s'égrener dans l'espace. Et sans cesse, tout le long du jour, comme une pluie incessante et triste à faire pleurer, ces dernières feuilles, toutes jaunes maintenant, pareilles à de larges sous d'or, se détachaient, tournoyaient, voltigeaient, est tombaient. Maupassant, Une vie.

Kristina : Description narrativisée

Il glissait tant et plus sur cet épais tapis de feuilles mortes, tenant son parapluie les poings serrés au ventre et jurant ses grands dieux à chaque fois qu’une flaque d’eau l’éclaboussait.

Il arpentait d’une marche rapide et saccadée toutes ces avenues au sol détrempé par tant d’averses qui n’avaient cessé de tomber durant tout l’automne.

Comme il détestait ce vent glacial !, l’obligeant à marcher la tête engoncée dans son col, avec, pour seule compagnie, des branches grêles qui craquaient lamentablement, tremblantes et égrenant quelque feuillage ça et là dans l’espace.

Soudain, il leva la tête et aperçut de larges sous d’or qui se détachaient pêle-mêle, tournoyant et voltigeant jusqu’à tomber au sol.

Focalisation 0

Dans l’encoignure de la fenêtre, elle le regardait s’éloigner en marchant d’un pas rapide et saccadé, arc-bouté sur son parapluie qu’il retenait de toutes ses forces face aux bourrasques de pluie et de vent. Quelle mouche l’avait donc piqué ? Une menace sourde trottait dans sa tête et elle se demandait s’il valait mieux céder aux caprices de l’instant ou le rejoindre pour l’empêcher de commettre l’irréparable.

Arpentant de long en large la grande avenue au sol détrempé, il maugréait entre ses dents contre l’inanité de cette soirée, déterminé à ne plus se prêter au jeu et à tout plaquer. Il détestait ces ambiances futiles où rien ne se passait, si ce n’est un certain art consistant à déployer toute son énergie en déblatérant sur telle ou telle personne, absente il se doit ; un « dîner de cons », en somme. Non, vraiment, il avait suffisamment goûté à ce jeu pervers, et, dorénavant, il aurait mieux à faire…
Il se retourna une fois vers l’immeuble qu’il venait de quitter, eut le sentiment diffus que quelqu’un l’observait, puis fit volte-face et s’engouffra dans le froid, seul au milieu de craquements lugubres et de chuintements grinçants, que se plaisaient à faire entendre quelques branches grêles et feuillage s’égrenant dans l’espace.
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François : Poème hors atelier

Posté le 18.02.2008 par clameurs
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A Amsterdam

A Amsterdam, on voit des Madonnas,
On voit des Christs,
On voit des Christs au bras des Madonnas.

A Amsterdam, on voit des canaux,
On voit des cyclistes,
On voit des cyclistes au fond des canaux.

A Amsterdam, on voit des princes,
On voit des putains
On voit des princes au pied des putains.

A Amsterdam, on voit des papous,
On voit des tatouées
On voit des papous qui tatouent.

A Amsterdam, on voit des mannequins,
On voit des culs d’jatte
On voit des culs d’jatte porter des mannequins.

A Amsterdam, on voit des sacs à dos,
On voit des talons hauts,
On voit des sacs à dos sur des talons hauts.

A Amsterdam, on voit des dames,
On voit des dames,
On voit des dames et puis des dames.


. Amsterdam, 25 août 2007
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François : Sons obligatoires

Posté le 18.02.2008 par clameurs
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Délire en P

Poupée à la poitrine protubérante en proue sous le beaupré, potelée, papelarde, propitiatoire, tu peuplais mes perverses pensées priapiques pendant mes péripathétiques périples périlleux.

Puis au port du Ponant, perdu au pied des péripatéticiennes éperdues, je projetais ma pisse puissante en épiant ton poitrail à présent perforé des propres pieux de tes pères.

Pépées, pipi, popo.

Papa !

Chatou, 19 janvier – 7 février 2008

Allez en Paix !
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Thérèse : Texte hors atelier

Posté le 21.12.2007 par clameurs
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La balançoire

Une balançoire toute simple : un cadre métallique dont la peinture s’écaille, deux crochets, deux cordes et une planchette en bois. Il y a aussi un prunier aux branches assez hautes.
Se lancer, de plus en plus vite, de plus en plus haut. Etre grisée par l’air tout autour du corps, sur le visage, les oreilles, dans les cheveux. Mais ne pas oublier le but du jeu : tendre les jambes, pointer un pied de plus en plus aigu, effleurer une puis deux feuilles, tordre enfin le feuillage, le casser presque ! Et tout le temps de l’envol, faire confiance… faire confiance aux deux frères accrochés au cadre qui amorce, lui aussi, un envol hors de terre.
Je peux aussi, gardant la pointe des pieds au sol, tourner, tourner, tourner tant que les deux cordes ne font plus qu’une seule liane qui m’enserre. C’est à peine si je touche le sol sur l’extrême pointe des pieds. Puis, tout à coup, je lâche ce dernier contact avec la terre. Cela commence à tourner, lentement d’abord, puis de plus en plus vite, de plus en plus fort, à en perdre tout contrôle ! Je m’agrippe aux cordes tourbillonnantes ; les arbres, la maison, les frères sont lancés dans une ronde effrénée qui m’affole. J’ai mal au cœur, je crie ! Peu à peu cela ralentit, quelques tours en sens inverse, une secousse, une saccade, et tout s’arrête.
«A moi, à moi, c’est mon tour, descends, vite… !» Ils en ont de bonnes, les frères : je suis encore toute étourdie, mon cœur bat très fort, mes doigts crispés se desserrent difficilement… Au suivant !
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Thérèse : Texte hors atelier

Posté le 21.12.2007 par clameurs
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MELSETTA

Melsetta, bonjour. Cela fait si longtemps !
Petite maison sans prétention, dans un village sans caractère, quelque part dans le Kent au sud-est de Londres.
Nous entrions par un portail en bois. A droite, un taillis tout en fouillis, à gauche, la haie pimpante des voisins. Puis, nous te découvrions. Je peine à te décrire, cela fait si longtemps et puis rien n’attirait particulièrement le regard. Tu étais légèrement tapie en contrebas, un peu écrasée par ta toiture brune. Pourquoi brune ? Je ne sais pas ! Sombre, en tout cas.
Nous n’entrions jamais par la porte principale («the front door» disent les Anglais). Celle-ci n’avait rien d’accueillant, brune et sombre, elle aussi, cachée dans le fond d’un porche bas.
Nous faisions souvent une pause pour inspecter l’intérieur d’un vieux garde-manger dont les grandes personnes nous avaient laissé l’usage. Nous y abritions les oisillons tombés du nid ou ceux que nous avions arraché aux griffes de chats carnassiers. Mais, rares étaient les survivants!
Nous enfilions un étroit passage entre le mur de la maison et un hangar, (les anglais disent «shed»). Celui-ci était fait de longues et étroites planches de bois (brunes ? noires ?) qui se chevauchaient. Je ne me souviens pas d’y être jamais entrée, mais je vois encore, suspendus à un clou planté près de la gouttière, les lapins que Manie dépouillait d’un geste rapide et expert, avant de les fendre par le milieu pour faire tomber les entrailles.
Enfin, sur la gauche, la porte de la cuisine, vitrée, peinte d’une couleur claire. Nous entrions, sûrs d’y trouver les occupants habituels : Maman, Manie et, un peu plus loin dans l’entrée, allongée sur un vieux divan défoncé, la petite sœur malade.

La cuisine était une grande pièce carrée.
Bien centrée, sous la cheminée, une imposante cuisinière en fonte chauffait la maison. On y faisait cuire les repas. Quelque fois, une vieille poupée dépenaillée y était impitoyablement jetée, sous mes yeux navrés. Au milieu de la pièce, une grande table : c’est là que nous faisions nos devoirs, qu’en semaine, nous prenions nos repas. Je vois encore Maman nous servant de succulentes et indigestes portions de «pudding». Nous réclamions le milieu du gâteau , pas assez cuit, la pâte, une crème épaisse, coulante, onctueuse ! Je nous vois encore entrain de compter scrupuleusement les cerises que Maman avait mises dans notre assiette. Question d’égalité !

Mais, petite maison, n’en restons pas là, il y a trop de choses à décrire encore.

Nous passions dans une entrée rectangulaire aussi sombre que la cuisine était claire. Seul mobilier, une pendule à balancier, une bassinoire accrochée au mur et, surtout, les portes qui desservaient toutes les pièces : 3 chambres à coucher où nous nous entassions, la salle de bains et la salle à manger. Celle-ci était, elle aussi, une grande pièce rectangulaire. En entrant, face à nous, deux fenêtres et une porte-fenêtre. Au milieu, la table, où nous mangions le week-end. Elle nous servait surtout de table de jeux : la belote, le monopoly fabriqué par Papa… Face à la porte-fenêtre, une cheminée et des étagères avec quelques Jules Verne, lus et relus , Sur un des petits côtés, le lit qu’André occupait lorsqu’il n’était pas en pension ou à l’armée.
Mais, le plus important, c’était, d’abord : le majestueux fauteuil, à dossier raide et à oreillettes. Jacques Guillou de Mézilis s’y asseyait souvent, toujours prêt à accueillir nos assauts d’enfants. Jacques, l’aviateur de la France Libre, qui avait perdu un avant-bras lors du crash de son bombardier en Afrique, et qui, pour reprendre le combat, faisait un entraînement de pilote de chasse. Jacques, dont Marie-Lucile et moi, la petite sœur de 10 ans, étions amoureuses. Jacques, mort dans un accident stupide au cours d’un exercice de parachutage.
Et puis, sur le piano, la TSF. Chaque jour, nous écoutions la ritournelle «Radio Paris ment, Radio Paris ment, Radio Paris est allemand!» Puis venaient les messages codés destinés à la Résistance. Le Dimanche soir, le poste diffusait de la musique tzigane. J’aimais l’écouter, sans savoir, à ce moment-là, que c’était un acte de résistance. La TSF, une source d’engueulades paternelles, lorsque nos chahuts devenaient trop bruyants ! Et je n’oublierai jamais le soir où toute la famille s’est retrouvée groupée, debout, à écouter un journaliste décrire l’arrivée du Général de Gaulle à Notre-Dame, pour la cérémonie d’action de grâces en l’honneur de la Libération de Paris : la foule parisienne en délire, les orgues majestueuses, la voix de De Gaulle… La Victoire, enfin! Une émotion qui n’a été égalée qu’à la chute du mur de Berlin !

Melsetta, petite maison sans prétention ? Sans caractère ? Quelle absurdité !

Et ce n’est pas tout ! Tout exiguë que tu sois, tu nous ouvrais le passage vers des lieux de liberté, de notre liberté d’enfants. La véranda, en premier, lieu couvert, sans mur ni porte, ouvert sur le jardin. Nous y passions des heures, avec nos poupées dans leurs vieux cartons à chaussures en guise de lits et leurs vêtement maladroitement confectionnés par nous, les jeux de marelles, les cordes à sauter… Puis, venait un carré de tulipes multicolores, un carré d’herbe, une haie basse, les légumes de Papa, le poulailler. Nous longions tout cela par un chemin, cimenté d’abord, puis herbeux, pour atteindre enfin une clôture imprécise.
Il nous restait à pousser une porte, entrebâillée de toutes façons, pour nous trouver dans un espace indéfinissable, ni champ, ni prairie, ni pré, livré à lui-même, pas la jungle quand même. Beaucoup d’herbes hautes, bien sûr, mais aussi, quelques pommiers sauvages, aux pommes minuscules, dures, acides, décourageantes. Et toujours le même chemin. Les devoirs et diverses corvées terminés, nous étions libres de partir. D’un seul élan, d’un seul souffle, nous dévalions le chemin qui longeait les fleurs, les légumes, les poules, l’espace sans nom, pour arriver dans notre Bois, retrouver notre Arbre.
Notre bois ! Je n’ai aucun souvenir d’y avoir vu quiconque, excepté, bien sûr, André, dont c’était un terrain de chasse. Nous avions élu domicile dans un conifère, (c’est tout ce dont je me souviens), rondouillard, pas très haut, au tronc assez épais, court, facile à escalader pour que chacun puisse atteindre son perchoir. Et nous y passions de longues heures à vivre des aventures, certes imaginaires et maintenant tout à fait oubliées. Aucun adulte ne venait nous déranger. Nos estomacs devaient nous servir de montre ! Des moments privilégiés comme il se doit d’exister dans toute enfance !

Merci à toi, Melsetta, petite maison sans prétention, dans un village anglais sans caractère, quelque part dans le Kent au sud-est de l’Angleterre
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Thérèse : Ecriture à trois mains

Posté le 21.12.2007 par clameurs
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Un village tout en longueur, quelques boutiques éloignées de la maison perdue dans la campagne.
La voiture ? Pas question ! Des « réfugiés » sans le sou n’ont pas de voiture. D’ailleurs, personne n’a le permis, excepté le père qui n’est pas là de la semaine.
Seule solution : la marche ou le vélo. Et tous s’y mettent : les enfants font à pied les allers et retours quotidiens pour l’école. Un excellent exercice qui laisse le temps pour de longues rêveries.
Maman enfourche son vélo sans trop de problème. Elle en a fait enfant et cela ne s’oublie pas ! Mais voilà Manie bien embarrassée ! Une femme de boucher assise à longueur de journée derrière sa caisse, la marche à pieds, elle ne connaît pas. Et dans son Bourbon l’Archambault natal, à part le facteur,(et encore!) un vélo, personne n’en avait…
(Françoise)
Et pourtant, il allait falloir trouver une solution, à ce problème de déplacement. Manie devait se rendre au village tous les deux jours afin d’acheter le beurre, les œufs, l’épicerie, la viande…Un boulanger faisait la tournée du pain. Quant au lait, on trouvait tous les matins, les petites bouteilles blanches alignées près du paillasson.
Apprendre à faire du vélo ? « A mon âge, vous n’y pensez pas ! » disait-elle quand la famille l’encourageait à enfourcher l’engin bleu à deux roues prêté par des voisins compatissant. Alors, elle avait fait l’aller et retour au village, une fois, deux fois. Elle était revenue, rouge et essoufflée de l’effort fourni à porter les deux grands cabas. Pendant deux longues journées, ses jambes, ses pieds en avaient gardé le douloureux souvenir. Alors, assise sur le banc devant la maison, elle regardait d’un air songeur la bicyclette bleue qui attendait le long du mur de la grange.
(Suzanne)
Si, comme cela arrive souvent lorsque la lune est pleine, un insomniaque de la maisonnée s’était levé à 3heures du matin et avait prudemment écarté les rideaux du «black-out», il aurait alors assisté à un bien étrange spectacle dans la cour : la bicyclette bleue et, à côté, Manie, bien décidée à enfourcher l’engin !
La première nuit, Manie marcha tranquillement à côté de la bicyclette en lui chuchotant l’histoire de toutes les aventures qui leur arriveraient sitôt qu’elle saurait l’enfourcher.
La deuxième nuit, Manie chuchotait toujours, mais à califourchon cette fois, avec, bien sûr, les deux pieds solidement fixés au sol.
La troisième et la bonne nuit ( ?), chuchotant toujours, Manie se hissait sur une pédale et se laissait aller, puis posait un pied à terre, puis donnait de l’élan,et recommençait…Comme c’était bon ! Le vent lui caressait le visage, elle volait, elle était libre !
Si bien que, la 5° nuit, Manie se jucha complètement sur l’engin, enfin dompté, docile et accueillant et elle fit ses premiers tours de pédaliers. Oh le bonheur ! Il était temps ! La lune avait disparu laissant l’obscurité maîtresse du terrain…N’oublions pas que c’était la guerre et qu’aucune lumière artificielle ne devait signaler aux bombes ennemies, la présence d’ une cible !

A 7h30, la famille fut réveillée par des coups de marteau. Manie fixait sur son vélo ce qui lui servirait de panier à provisions. Et, à 8heures, toute la maisonnée assistait, médusée, au départ de Manie en bicyclette bleue.
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Thérèse : Galerie de portraits

Posté le 21.12.2007 par clameurs
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Mon grand-père, petit bonhomme effacé et grisonnant, qui arrivait, trottinant, chaque dimanche, muni du traditionnel carton d’éclairs au chocolat.

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La boulangère qui apportait le pain (c’était avant-guerre). Nous, les enfants l’appelions la Mère Michel. Elle remontait l’allée du jardin, petite et ronde dans ses amples vêtements gris qui lui tombaient aux chevilles, un châle crocheté de laine grise serré sur ses épaules, ses abondants cheveux gris retenus en chignon, comme on le faisait
autrefois
Au bras, son grand panier d’osier.

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Et les gestes adroits, rapides de Mme Théobald, dite Vovonne, faisant courir le fer à repasser sur les chemises de mon père : les poignets à manchettes d’abord, puis le col, l’empiècement, les manches et, enfin les côtés et le dos. Venait ensuite le pliage : attacher les boutons, poser le tout bien à plat , le devant contre la table, retenir le
vêtement d’une main pour que la pliure se fasse avec précision, à l’endroit souhaité, replier soigneusement les manches, retourner le tout en le maintenant afin que rien ne se défasse, et…donner la touche finale, le dernier petit cou de fer sur le col, poser la chemise sur la pile et prendre la suivante.
Je la regardais, fascinée.

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Avez-vous déjà observé une Italienne pétrir et étaler une pâte puis la couper en lanières fines ? Clac, clac, clac, le couteau pressé et précis, tenu d’une main preste. Dans quelques instants, le résultat sera jeté dans la casserole d’eau bouillante qui attend sur le feu.

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Et ma mère, assise sur un siège à haut dossier dans un coin de la buanderie, nous rassemblant, les petits, à genoux autour d’elle pour nous faire réciter je ne sais plus quelle prière avant de nous envoyer au lit.

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Mon oncle Freddy, silhouette et démarche un tantinet « tati-esque », allant et venant sur sa pelouse anglaise en poussant sa tondeuse à gazon (pas de tondeuses électriques à l’époque !)

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Tous les matins, mon père se barbouillait le menton de la mousse à raser qu’il avait soigneusement préparée dans une toute petite bassine métallique. Il passait ensuite le rasoir avec prudence. D’un geste méthodique, il secouait le rasoir pour faire tomber la mousse dans la cuvette du lavabo. Quelquefois, une goutte de sang perlait…

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Comme j’ai aimé Mademoiselle Jacquemet, prof de Maths, une personne mince, au visage effilé, aux cheveux blancs soigneusement coupés court, toujours vêtue d’un tailleur gris perle à la coupe impeccable. Une fois la démonstration faite au tableau, elle sortait de sa petite serviette noire, un tissu blanc, impeccable, lui aussi, avec lequel elle
s’essuyait soigneusement les mains.

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Puisque j’en suis aux professeurs, qui plus est, de maths, sachez que le visage de Sœur St Marc a longtemps hanté mes cauchemars : un visage luisant de… graisse sans doute… qui débordait de chaque côté de sa coiffe trop serrée de bonne sœur. Elle me détestait et je le lui rendais bien !

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Une dernière image déplaisante est venue, au moment où Philippe sonnait la « récré ». Tant pis, je ne vous en fais pas grâce !
Il s’agit de Monsieur B. le geomètre dont je ne supportais pas la poignée de main obséquio-visqueuse, le dimanche , à la sortie de la Grand-Messe.
Mais je ne veux pas conclure sur cette note « gluante » !

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Alors, imaginez une nuit : tout le monde dehors à regarder l’illumination : la DCA, les projecteurs fouillant le ciel, le grondement des moteurs, les chapelets de bombes incendiaires déversées sur nos têtes, les sifflements et l’éclat de leur explosion au sol.
Cependant que, très calme, le voisin, un vieux monsieur, vient nous saluer au-dessus de la haie d’un « Most annoying ! » un de ces « understatements » dont sont friands nos voisins britanniques, ceux de souche tout au moins, et il en était bien, lui, qui, un jour, avait cru bon de s’excuser auprès des parents, d’être l’arrière- arrière- arrière petit-neveu d’un des geôliers de Napoléon Bonaparte à Ste Hélène !

Paix à eux tous !
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Kristina : Personnage exceptionnel

Posté le 21.12.2007 par clameurs
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François

François était le petit dernier de la famille, entouré de quatre sœurs et trois frères qu’il réunissait régulièrement chaque été au Moulin, pour la fête du 15 Août.

Je l’ai toujours connu élégant, vêtu d’un costume gris remonté sur son ventre à l’aide d’une ceinture de cuir couleur noire ;

Il ne s’autorisait à tomber la veste que l’été, lorsqu’il s’apprêtait à entamer les travaux d’entretien de son Moulin, tels que peinture du balcon au salon, de la balustrade à l’entrée,
ou, plus périlleux, les ardoises du toit qu’il fallait remplacer de temps à autre du fait des intempéries d’un hiver long et rigoureux.

Tout le monde s’agitait autour de la Meunière, mais François, lui, du haut de sa stature imposante ne s’énervait jamais ; il savait faire preuve d’un calme olympien alors que son Moulin retentissait de mille et un petits évènements qui se manifestaient tout au long de la journée : Courses en montagne avec départ à la fraîche à 4 heures du matin ; victuailles à aller chercher au marché ; draps fraîchement étendus au soleil ; jeunes babillards à emmener au bord du torrent pour s’ébattre ou faire des ricochets….

Imperturbable, il admirait du haut de son balcon la chaîne des montagnes qui s’étendait à perte de vue et songeur, se demandait quel temps il ferait le lendemain. Son baromètre avait beau afficher « temps variable », François était sûr de pouvoir continuer ses travaux de peinture encore quelques jours, sans craindre la moindre goutte de pluie.

Il était plein de panache, ce François, lorsque, rentré de vacances, il s’attelait à la tâche de ses camarades de promotion de l’ X, préparant le bicentenaire de la Révolution Française et sa réception prévue à l’orangerie du Château de Versailles, en tenue d’époque.

Deux invitations étaient ainsi chaque année réservées à l’un ou l’autre de ses petits enfants qui s’empressaient de rallier le Bal de l’ X dans un cadre somptueux choisi pour la circonstance où se mêleraient escarpins scintillants et bicornes renversants.

Alors, ce Bal, c’était bien ? nous demandait-il doucement

Question brève mais attentionnée, tel était ce François, patriarche discret et généreux, soucieux de préserver tout autour de lui calme et sérénité.
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