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Nom du blog :
clameurs
Description du blog :
atelier du samedi après-midi, 05 06 07
Catégorie :
Blog Religion
Date de création :
18.12.2006
Dernière mise à jour :
05.05.2008
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Ariane : Pastiche

Posté le 05.05.2008 par clameurs
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Anamnèses
1. Elle regardait une émission sur l’Afghanistan, à une heure tardive de la nuit. La pluie battait sur le volet et le chat étalé sur le canapé ronronnait. Dans la cuisine, on entendait le bruit de la machine qui tournait.
2. Devant elle, il y a un gros gâteau au chocolat et des bougies qui crépitent. Elle prend alors son souffle pour arriver à les éteindre, sauf une . C’était un rite familial . A la fin, elle a fait un vœu .
3. Nous étions nombreux dans le village à sillonner alentour les petits bois sur des vélos usagés. Dans la forêt, il y avait des jonquilles et des petites fleurs bleues.

Analyse
Pastiche du roman de Laurence Tardieu : Parce que ne rien ne dure

Pastiche
Ruptures

A l’autre bout de l’appartement, il s’est enfermé dans son bureau. Ses pas martèlent le sol. Il tourne en rond, s’arrête et recommence. Sans cesse, il recommence – et puis, il prend le téléphone. Sa voix sourde, atténuée, me parvient vaguement. Je ne comprends rien à ce qu’il dit ; je perçois comme dans un brouillard ses mots qui trainent. Il parle, il ne fait que parler, quelque part, à quelqu’un, quelqu’un accroché au bout d’un fil inconnu. Je suis dans le salon, seule et j’attends. Mal à respirer, mal à penser, mal à n’aimer et puis plus rien à comprendre. Benoît marche, continue de marcher, régulièrement et le téléphone soudain se remet à sonner.
A cette heure-là, je regardais une émission sur l’Afghanistan. Il était tard et la pluie battait sur les volets – le chat, étalé sur le fauteuil ronronnait, et au loin on entendait la machine qui finissait de tourner. A ce moment-là, à cette minute-là, c’était encore la vie, la vraie vie celle qu’on oublie à force de ne plus la voir ; la vie simple, vibrante, sans failles et presque sans surprises. Le genre de vie où il serait presque possible de finir par s’ennuyer. Cette vie-là qui, en foutant le camp sans y être invitée, provoque un cataclysme.
Les images de Kaboul défilaient.
J’attendais benoît toujours absent, toujours en vadrouille, toujours ailleurs.
J’attendais et je voyais sur l’écran ces femmes qui n’attendaient sans doute plus grand chose en dehors peut être de leur liberté. Moi j’étais libre. Je savais que cette fois il ne me serait plus possible de continuer à ne rien voir, rien entendre, à faire semblant, plus possible de continuer à attendre, plus possible d’éviter l’ouragan dévastateur qui allait sûrement emporter avec lui ma petite vie que je voulais croire si tranquille. Au fond de moi je savais le mensonge, le poids du silence et l’absence.

La machine s’est arrêtée de tourner – le linge est certainement lavé. Deux heures du matin, peut être plus encore. Benoît est rentré et la porte a claqué. Le chat a détalé, ventre à terre, et s’est réfugié dans la chambre d’Elsa, au milieu des peluches.
Je suis restée là, plantée face à Benoît… Dans ma tête tellement d’images de celles qu’on ne voudrait jamais voir. Ces regards, ces cheveux, tous ces seins et ces lèvres qui se tendent, ces visages que je ne fais qu’imaginer, ces femmes que je n’ai jamais rencontrées.
Benoît immobile, impassible, ridicule, le regard baissé comme un gosse pris en faute. Benoît dans le couloir obscur, face à une porte d’entrée définitivement close, les joues rouges, presque en feu, le manteau de travers et les cheveux hirsutes. Tableau ridicule, grotesque, absurde.
Brusquement l’envie d’éclater de rire ou de le gifler, l’obliger à partir qu’il se retrouve tout seul, comme un con, sans valise, sans un mot au milieu de la rue, et garder la porte fermée. Irrémédiablement fermée. L’obliger à cesser cette pantomime, cette mascarade qui dure depuis des mois, cette comédie de mauvais acteur foutu, dans laquelle il s’enlise et qu’il n’arrive même plus à jouer. Le forcer à m’aimer. Oui, le forcer à m’aimer, l’entendre me supplier de ne pas le quitter, me supplier de rester là avec lui et le voir s’effondrer à mes pieds. Ne plus rien répondre et me taire.
Sans un mot, Benoît traverse le couloir, tente de me dépasser pour gagner le fond de l’appartement. Je lui barre la route, impitoyable, me mets à hurler en oubliant Elsa, le chat et l’appartement endormi. Un cadre posé à l’abandon sur la table basse, sans doute souvenir d’une vie de famille sans éclats, part en vrille, se fracasse sur le mur d’un coup sec. Des morceaux de verre minuscules s’étalent dans le couloir. La gifle part, terrible, sans préavis, tonitruante et vient se coller exactement au milieu de la joue droite de cet homme qui partage ma vie depuis dix ans, la gifle sans aucune préméditation qui envoie valser d’un seul coup tous ces départs, toutes ces feintes, tous ces doutes, toutes ces larmes rentrées, coup de poing fracassant qui vient figer le temps. Et ce bruit terrible, ce claquement qui fissurerait presque les murs de l’appartement, ce désir de vengeance qui me brûle de la tête aux pieds, ce désir qui ne sert plus à rien. Je vacille face au regard incrédule, effaré de Benoît qui semble tétanisé. Je rejoins le canapé lui laissant le champ libre, l’autorisant maintenant à foutre le camp. Il s’éloigne, titubant au milieu du verre brisé, longe la cuisine et se dirige vers son bureau tout au fond de l’appartement. J’entends le bruit d’une clé qui tourne dans la serrure, les pas de Benoît sur le parquet ciré et sa voix lancinante qui traverse les murs. J’éteins la télé et laisse Kaboul continuer son histoire. L’écran devient noir. J’entends Elsa qui bouge dans son sommeil et qui se met à pleurer doucement.
Je m’allonge sur le canapé et reste là, les yeux grands ouverts. Il n’y a plus à présent que le silence qui chuchote dans l’obscurité. Ma vie est libre.
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François : Pastiche

Posté le 27.03.2008 par clameurs
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Anamnèses
1. Devant la petite maison blanche proprette, le chat noir a surgi et se frotte voluptueusement à mes jambes : c’est Paula.
2. Sur la table encombrée de livres, de cahiers, d’enveloppes, de crayons, émerge un petit bout de papier blanc sur lequel s’affichent, en deux couleurs, les prénoms et dates de naissance de mes enfants et petits-enfants.

Analyse
L’acacia de Claude Simon p.146-149
Type de texte : essentiellement une narration, avec légère allusion à des sentiments.
La focalisation est globalement externe (un petit monologue intérieur introduit une courte focalisation interne), à moins que l’on considère toute cette description comme vue, ressentie par la femme.
L’espace-temps a dans ce passage une importance essentielle, puisqu’il décrit un lent voyage de retour. Le temps général est l’imparfait, avec un très fréquent usage du participe présent dans la description de tous les événements successifs.
La grande particularité du style de Claude Simon est la longueur des phrases (une seule dans l’extrait utilisé, et c’est très loin de représenter un maximum) et une certaine complexité, comme des imbrications de subordonnées (dans d’autres passages, il utilise l’imbrication de parenthèses, jusqu’à 4 ou 5 niveaux), complexité qui ne nuit pas à la compréhension générale.
Il y a peu de répétitions (l’adjectif « même » qui fait ressortir une continuité), mais plutôt certaines accumulations : « au sortir cette mer ou plutôt ce lac intérieur, cette mare, cette liquide matrice d’alphabets, de chiffres, de colonnes cannelées et de marbres » ; « les noms des iles, des caps, des détroits, des montagnes »; « explosant, rejaillissant, retombant en pluie »

Mon attrait, ma fascination, pourrais-je presque dire, pour l’œuvre de Claude Simon, dont j’ai essayé de prendre un extrait caractéristique, vient essentiellement de son style (on retrouve dans la plupart de ses romans presque toujours les mêmes supports de narration : la guerre d’Espagne -Le Palace-, la déroute de 1940 -La Route des Flandres- l’histoire de sa famille -Histoire et L’Acacia-, vus sous des angles, avec des chronologies différentes). Je me laisse entraîner par ses longues descriptions habilement rythmées, je m’y baigne, m’en laisse imprégner comme avec certaines musiques rhapsodiées. Elles sont si fortes, si précises qu’on n’a (que je n’ai) aucune difficulté à visualiser les scènes et à les ressentir, les vivre.

Pastiche
Le petit morceau de papier

Elle l’avait fait pénétrer avec une certaine solennité, peut-être un certain respect, bien qu’il eut pu être son fils, une certaine emphase même qui lui semblait presqu’incongrue, déplacée, inadéquate dans cette entrée dont le mur droit était garni d’une bibliothèque, d’étagères plutôt, où il avait remarqué, disséminée devant les volumes, une dizaine de photos parmi lesquelles, avec surprise, il avait distinguée la sienne (il se demandait par quel biais, cette photo avait bien pu atterrir, ici, en terre étrangère, chez cette femme qu’il n’avait vue que trois fois) et, pendant que déjà le sourire avait sur ses lèvres remplacé la mine un peu compassée, peut-être presque gênée qu’il avait en entrant, il s’était avancé dans la pièce, pensant que cet accueil était un peu bizarre, en tous cas plutôt inattendu, et répondant quelques mots de circonstances que, dans cinq minutes, il ne se rappellerait plus avoir prononcés, sur le temps qu’il faisait, sur la difficulté à trouver la maison, sur son voyage (quelle question lui avait-elle donc posée ?), puis sentant entre ses jambes une pression insistante, découvrant le chat noir qui s’y frottait (dont il saurait plus tard qu’elle se nommait Paula) et qui soudain sautait prestement sur la table à sa gauche, attirant son œil sur cet amas, cet amoncellement de carnets, de revues médicales, de cartes postales principalement des photos de monuments, de cahiers bleus et noirs, de lettres, de crayons, d’enveloppes manifestement ouvertes à la hâte, de livres brochés, reliés, et là, au milieu, bien visible, ce morceau de papier blanc certainement arraché à un carnet, où avec étonnement, presqu’avec stupeur, il découvrait, il distinguait, écrits en deux couleurs, vert et rouge, quasiment calligraphiés, les prénoms et dates de naissance de ses propres enfants et petits enfants, tandis qu’elle s’était rapprochée, avait repéré son regard, plutôt l’orientation, la direction, la destination de son regard, et avait saisi (il se demandait d’où elle l’avait sorti) une grosse chemise cartonnée, noire, qu’elle lui tendait maintenant se redressant, avec de nouveau une attitude solennelle, presque déférente, elle qui aurait presque pu être sa mère, et lui se rappelant tout à coup qu’en voyant sa photo sur les étagères, parmi les livres, il lui avait dit, s’était exclamé « mais c’est comme si je faisais partie de la famille », et elle d’un mouvement des yeux l’invitant à ouvrir le dossier.

Il s’assit sur le premier siège venu et défit les élastiques.
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François : Texte hors atelier

Posté le 25.03.2008 par clameurs
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Mathias Grünewald – La crucifixion du musée de Bâle
(exposition « Grünewald und seine Zeit » à Karlsruhe)

Un ciel du noir le plus profond que puisse rêver la nuit, envahit le tableau. Le corps torturé du Christ, blafard et lumineux à la fois, parsemé de dizaines de marques de blessures d’épines, s’élève comme dans un envol brisé net, au-dessus de cinq personnages, Marie, deux saintes femmes, Jean et un lansquenet. Sous l’inscription INRI la tête est penchée sur l’épaule droite, pas réellement pendante. La bouche est entr’ouverte, le visage d’une extrême lassitude.
A ses pieds, deux femmes : l’une prosternée semble immergée dans une lamentation sans fin. Son dos s’arrondit dans un mouvement pendulaire. Son visage s’approche puis s’éloigne de ses mains qu’elle tord, sans plus de conscience de cette grande étoffe blanche qui lui couvre la tête et retombe en lourds plis sur ses poignets. L’autre (Marie-Madeleine ?) tourne son visage vers le Christ dans une fiévreuse extase, bouche ouverte, yeux révulsés, enserrant convulsivement le pied de la croix.
A la droite du tableau, un peu derrière Jean, se dresse un lansquenet barbu en armure, le buste légèrement incliné vers l’arrière faisant ressortir la poitrine (fièrement ?) bombée. Une longue épée pend à son côté gauche derrière la lance qu’il tient fermement. Le bras droit est haut levé, les doigts de la main sortant du gantelet pointent vers le ciel, ou plutôt vers le sommet de la croix désignant l’ensemble de la scène scandaleuse. Et entre son casque et sa main (mais il faut s’approcher, aiguiser son regard pour distinguer, puis lire l’inscription) le peintre a écrit la fulgurante révélation : « Vere Filius Dei Erat Ille ».
Jean drapé dans un ample manteau rouge à revers blanc croise douloureusement les doigts. Sa tête proche de la cuisse du crucifié n’est pas tournée vers lui. Son regard est lointain, tant il est perdu dans son désespoir. La bouche est tordue, les cheveux tombent raides, sans soins.
A gauche isolée dans sa douleur, se tient Marie, toute petite, entièrement couverte d’un manteau d’un bleu noir presqu’aussi ténébreux que le ciel, qui retombe sans aucun pli jusqu’au sol, aussi figé que l’effarement de celle qui le porte. Son visage ne se tord pas, ne grimace pas, il est simplement d’une tristesse infinie. Du manteau seules émergent les mains, la gauche, au pouce nerveusement tendu, contractée sur la droite.
Sur la croix, les bras démesurément longs aboutissent aux mains, paumes ouvertes transpercées de clous noirs qui ont fait fléchir les doigts crispés sur ces fruits incongrus.
Derrière la scène indécente, se devine un paysage d’une extrême simplicité : une prairie d’un vert sombrement lumineux traversée d’une vallée brune où l’on distingue deux petites taches : arbrisseaux ou silhouettes de spectateurs de l’ignoble spectacle en train de s’éloigner ?
Le groupe des trois femmes est organisé en triangle, chacune ayant une direction, une position très différente de celle des autres. Deux sont à genoux, mais l’une redressée, exvertie, que l’on sent fortement cambrée, l’autre repliée, convexe, invertie. Et Marie toute droite.
Les trois hommes verticaux, presque parallèles, très différenciés par la position des bras et la teinte générale de leur costume ou absence de costume : manteau magnifiquement simple de Jean, rouge et blanc, armure grise aux miroitants reflets du lansquenet, beige blafard, presqu’ivoire, le corps brutalement éclairé du Christ.
Le linge qui entoure ses hanches et couvre son sexe n’est pas artistiquement noué et enroulé, il ne flotte pas délicatement au vent comme sur la plupart des gravures ou tableaux contemporains. C’est un haillon déchiré, de toile grossière, aux bords déchiquetés dont des lambeaux pendouillent le long de la cuisse et entre les jambes.
Jamais à cette époque ne s’est-on plus éloigné du « beau » pour décrire l’absolue souffrance.
Karlsruhe - Chatou, mars 2008
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Robert : Description narrativisée

Posté le 18.03.2008 par clameurs
Coketown était une ville de briques rouges, ou plutôt de briques qui eussent été rouges si la fumée et les cendres l’eussent permis ; mais, étant donné les circonstances, c’était une ville d’un rouge et d’un noir contre nature, telle la face peinte d’un sauvage. C’était une ville de machines et de hautes cheminées d’où s’échappaient inlassablement, éternellement, des serpents de fumées qui ne se déroulaient jamais tout à fait.
Charles Dickens, Temps difficiles.


Description narrativisée de Robert

Il venait de ce pays où tout est blanc, la pierre et les anges : l’Anjou.
Il ne comprenait pas la couleur qui l’environnait. C’était une ville d’un rouge et d’un noir contre nature, telle la face peinte d’un sauvage. Son cœur s’accélérait plus ils avançaient C’était une ville inquiétante. Il aurait voulu partir mais le chariot continuait d’avancer. C’était une ville d e machines et de hautes cheminées d’où s’échappaient inlassablement, éternellement, des serpents de fumées qui ne se déroulaient jamais tout à fait. Il en avait du mal à respirer. La ville était tout de briques rouges, ou plutôt de briques qui eussent été rouges si la fumée et les cendres l’eussent permis.
Quand ils s’arrêtèrent devant leur maison, Pierre Arriva les salua, il était lui aussi rouge et noir à la fois. Le voila qui les regarde sévèrement, il fronce les sourcils, cherche des yeux dans le chariot et ne voit rien. Le voila inquiet. «Où est Jacques», questionne durement le maître des lieux ?
Au premier mot, Gaspard a sentit son haleine avinée, rance, écœurante. Il sent déjà qu’il ne pourra pas le supporter. Cette masse impressionnante, ces sabots terreux, ces coulées de suie sur son pantalon, son ventre proéminent, son cou compact, sa tête énorme, son crâne lisse et montagneux à la fois, tout cet affreux personnage l’indispose et l’effraye à la fois. Maître Pierre regarde le petit et sa mère, et comprend ce qui a du se passer. Les armées sont partout. Il a du être tué. Une tristesse intense l’envahit. Il a envie de pleurer mais il ne laisse rien paraître. Le maître ne doit pas avoir de sentiments, il montre qu’il n’en a pas et dirige d’une main de fer. Il doit seulement être juste. Il comprend déjà qu’il lui faudra protéger ce gamin qui ne sait rien de la vie.
Gaspard baisse les yeux puis la tête. «On ne regarde pas un chien agressif dans les yeux ou bien il vous attaque», lui a dit sa mère, il y a longtemps. Catherine avança d’un pas et salua le maître respectueuse- ment. «Jacques est à l’entrée de la ville. Ils n’ont pas voulu le laisser passer. Ils l’ont pris pour eux. Il faut que vous y alliez, vite, vite avant qu’ils ne lui fassent du mal.
- Toi, le gamin, met toi devant le feu, là ! Et vous, montrez-moi le chemin.»
Dehors, le ciel s’était assombri, les nuages noirs absorbaient les fumées des hautes cheminées. Le ciel grondait furieusement quand le maître arriva à la porte sud de Coketown.
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Ariane : Focalisation

Posté le 18.03.2008 par clameurs
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L'odeur des bords de mer

Mathilde roula des heures sans s’arrêter, le regard résolument fixé sur la route qui défilait. La nuit était tombée depuis longtemps lorsqu’elle arriva à destination. Très loin, elle entendit la mer et le bruit des rouleaux sur la plage.
Dans la maison de vacances, Claire sa sœur aînée l’attend avec les enfants. Comme chaque année, Claire passe l’été dans la maison familiale, les cousins se retrouvent là chaque année pour mélanger leurs histoires d’enfants, et plus tard d’adolescents avant de devenir adultes, un jour.
Généralement, Mathilde aimait sentir dès son arrivée l’odeur de la maison, pénétrer dans le jardin en respirant les effluves un peu salées venues du bord de mer, entendre le jacassement lancinant des mouettes. Ce soir-là pour la première fois sans doute depuis toutes ces années, elle pénétra dans la maison sans même la regarder, la tête encore pleine de son périple dérobé et le cœur en berne.
Claire est installée dans le salon face à l’immense baie vitrée. Son mari Paul est comme très souvent absent, obligé de rester à paris pour affaires dit-il. Les enfants poussent des cris stridents en courant autour du mobilier mis en péril par leurs mouvements trop brusques. Claire sourit, particulièrement sereine comme toujours. Quel que soit le jour et l’heure, Claire affiche en permanence ce sourire énigmatique qui énerve souvent Mathilde. Ce soir là le sourire de Claire, lui apparait totalement incongru. Les quatre enfants, surexcités à l’idée de l’arrivée attendue de Mathilde, viennent d’un commun accord de monter sur les canapés qu’ils se mettent à déglinguer sans scrupules en entonnant un joyeux anniversaire tonitruant et éraillé à son intention. On fêtera ce soir-là les 35 ans de Mathilde.
Claire n’a cessé de puis le milieu de l’après midi de tenter de joindre Mathilde sur un portable resté aux abonnés absents. A force de tomber sur la messagerie de sa sœur, elle a fini par s’inquiéter. Lorsqu’elle entendit la voiture s’arrêter enfin devant le perron de la maison, elle ne put s’empêcher de pousser un soupir de soulagement. Mathilde est si étrange parfois, si bizarre, si différente de ce que je suis, pensait-elle. Elle se trouve toujours là ou on ne l’attend pas et jamais quand elle devrait y être. Claire avait beaucoup d’affection pour sa petite sœur, même si elle ne comprenait pas toujours ce qu’elle appelait fréquemment son côté loufoque. Ce soir-là, lorsque Claire aperçut Mathilde sur le pas de la porte, son sac à dos tout de travers et son imperméable jeté sur l’épaule à la va-vite, la mine fermée et le regard vague, Claire sut immédiatement que quelque chose venait d’arriver, allait de travers, qu’il y avait un problème, de ce genre de choses qui gâche une soirée, fiche une ambiance en l’air – ce genre de choses qui reste dans la tête plusieurs jours avant de s’en retirer, ce genre de mal être qui s’installe insidieusement. Claire connaissait suffisamment Mathilde pour sentir poindre son désarroi, entendre ses paroles au-delà du silence, percevoir sa fragilité et savoir que sa vie était en guerre, ce soir d’anniversaire.
Les enfants de Mathilde, suivis de près par leurs cousins, s’en étaient retournés à leurs jeux, désertant le canapé quelque peu délabré, laissant les adultes dans leur monde, avec le sentiment diffus qu’il se passait quelque chose d’étrange.
Mathilde rejoignit le canapé laissé à l’abandon et s’y affala. Claire la regardait, et tout en lui adressant quelques banalités, revoyait devant ses yeux danser le visage de sa sœur, bien des années auparavant. Mathilde, si petite, qui faisait vibrer le monde autour d’elle. Leur père, la main posée sur l’épaule de Mathilde certains soirs d’été quand le soir se posait sur le jardin. Mathilde, un peu plus grande, la balançoire et ses éclats de rire quand elle pensait atteindre le ciel qu’elle n’atteignait jamais. La détresse de Mathilde quand elle n’arrivait pas à mener à bien ses chimères ; ses poupées tout en vrac sous un cerisier en fleurs et ses courses sur la pelouse, parfois à bout de souffle. Mathilde, encore si jeune, impassible devant le cercueil de leur père, ses larmes presque sèches qui coulaient une à une en silence, et sa main dans la sienne qui lui serrait les doigts au point de la rendre inerte, frigorifiée, comme morte à son tour. La voix de Mathilde et ce murmure presque inaudible «salut papa», comme elle aurait dit «salut mon pote» à n’importe quel vague copain, avant de s’éloigner, vacillante, du cercueil porté en terre sur cette allée d’un cimetière de campagne, tellement inondé de fleurs en ce jour de printemps.
Claire a soudain la tête qui se met à tourner et pense qu’il va bientôt falloir dîner. Paul n’est pas là, mais téléphonera surement plus tard dans la soirée. Les enfants jouent et se racontent des histoires. Mathilde s’étale de plus en plus dans le canapé, la tête nichée dans les coussins, et brusquement réclame un verre de blanc pour fêter son arrivée, celui qu’elle préfère, celui qui a été de tous les anniversaires et de toutes les fêtes, celui qui lui appartient. Claire pense au gâteau qu’elle a préparé, aux bougies déjà prêtes qui attendent d’être soufflées, aux dessins préparés par les enfants scrupuleusement tout au long de la journée et a Paul qui n’a toujours pas téléphoné. Elle se lève pour aller chercher une bouteille dans le frigo et sort deux verres du placard. Elle regarde Mathilde qui sourit enfin et garde son secret. Mathilde a 35 ans ce soir.
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Ariane : Description narrativisée

Posté le 18.03.2008 par clameurs
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Il y avait un banc de pierre dans un coin, une ou deux statues moisies, quelques treillages décloués par le temps pourrissant sur le mur ; du reste plus d'allées ni de gazon ; du chiendent partout. Le jardinage était parti, et la nature était revenue. […] Les arbres s'étaient baissés vers les ronces, les ronces étaient montées vers les arbres, la plante avait grimpé, la branche avait fléchi, ce qui rampe sur la terre avait été trouver ce qui s'épanouit dans l'air, ce qui flotte au vent s'était penché vers ce qui se traîne dans la mousse ; troncs, rameaux, feuilles, fibres, touffes, vrilles, sarments, épines, s'étaient mêlés, traversés, mariés, confondus […].
Victor Hugo, Les Misérables.


Description narrativisée d'Ariane

Mathilde avait eu l’idée, quelque peu saugrenue, de faire un détour pour retourner voir la maison de son enfance. Depuis plus de 15 ans, elle attendait secrètement ce moment-là. Elle n’en parlait jamais. Personne autour d’elle n’en parlait plus jamais, d’ailleurs. Alors, depuis tout ce temps là, Mathilde se taisait. Mais elle savait qu’un jour il lui faudrait y retourner.
Ce jour-là, seule dans sa voiture, plutôt que de continuer sa route elle tourna brusquement sur sa gauche ; pincement au cœur mêlé à une folle impatience qu’elle ne dominait qu’à peine. Elle passa devant la route caillouteuse sur laquelle, petite, elle pédalait sur son vélo et se retrouva trop vite face au grillage rouillé, sur lequel pendait misérablement un vieux cadenas, probablement là depuis des siècles. Les nouveaux habitants avaient certainement déserté les lieux, à leur tour, comme eux avant. Mathilde s’extirpa de sa voiture garée n’importe comment, la gorge nouée, et s’immobilisa, les bras ballants face à la demeure. Dans un coin, il y avait un banc de pierre sur lequel, se souvint-elle, son père venait parfois s’asseoir seul, certains soirs, pour réfléchir disait-il, et sa cigarette faisait une drôle de lueur rouge dans la nuit au milieu des volutes bleues. A quoi pouvait-il réfléchir ainsi ? Mathilde ne l’a jamais bien su. Une ou deux statues moisies, les treillages décloués par le temps qui pourrissaient sur le mur. Plus d’allée ni de gazon, tout avait disparu ; du chiendent partout. « Je déteste tellement le chiendent, c’est triste, c’est moche, le chiendent c’est comme la fin d’une histoire, ça finit par faire tout crever. » Mathilde posa sa main tremblante sur la poignée énorme du portail en fer forgé, dans l’espoir insensé d’arriver à ouvrir cette foutue porte qui resta obstinément close, comme pour la narguer. Elle se souvint alors du petit muret, derrière la maison, qu’il suffisait d’enjamber pour se retrouver au milieu du jardin et de ses jeux d’enfants qui la faisaient tellement rire autrefois. Malgré l’appréhension qui l’envahissait de plus en plus à l’idée de s’introduire ainsi, sans préavis, au pays des souvenirs, elle sauta par-dessus le mur.
En un instant, elle se retrouva plongée au milieu de son univers disparu. Le jardinage était parti et la nature était revenue. Les arbres s’étaient baissées vers les ronces, les ronces étaient montées vers les arbres, la plante avait grimpé, la branche avait fléchi, ce qui rampe sur la terre avait été trouver ce qui s’épanouit dans l’air, ce qui flotte au vent s’était penché vers ce qui se traîne dans la mousse. Troncs, rameaux, feuilles, fibres, sarments, épines, s’étaient mêlés, traversés, mariés, confondus et la maison, plantée au milieu de toute cette misère, énorme, quelques tuiles arrachées, les portes vermoulues, les murs entièrement couverts de lierre et de mousse, la maison qui s’affalait, se décomposait, se mourait peu à peu. Et le cœur de Mathilde qui battait à tout rompre, et ce sentiment d’abandon qui la submergeait et ce suffoquement soudain qui gonflait, l’étreignait lui coupant la respiration. Mathilde ferma les yeux et se sentit vaciller. Elle voulut rire, elle voulut hurler, elle espéra pleurer. Elle ne fit rien du tout et resta debout. Les fantômes alentour se mirent à murmurer à son oreille quelques incantations sans fin.
La maison venait de s’écrouler, le banc de pierre de se disloquer, le chiendent de terminer ses ravages. Mathilde reprit sa route, celle qu’elle n’aurait sans doute jamais du quitter, tourna de nouveau face au petit chemin caillouteux pour s’engager vers la nationale. Le monde enseveli sous une brume opaque était d’un seul coup devenu désertique.
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Ariane : Texte personnel

Posté le 15.03.2008 par clameurs
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La glycine

Un soir d’un mois de novembre,
Comme souvent les mois de novembre, ciel de traîne, gris sans fin et nuages qui n’en finissent pas de s’étirer. La maison est là, seule, délaissée, inoccupée, vide de toute âme ; ceux d’avant sont sans doute partis, disparus, au bout du monde, séparés, exilés dans un ailleurs qui est le leur. Ceux d’avant, ceux qui ont vécu là, dans ces murs là. La maison est vide et somme toute un peu sinistre.
Mathilde devant ce décor insolite observe les murs, plus très frais, et très décrépis, murs qu’il faudra sûrement ravaler un de ces jours. Toit un peu pentu sur lequel l’été doit fleurir de la glycine ou du lierre… mais non se dit elle le lierre ne meurt jamais. Le lierre, il change de couleur l’automne mais il reste toujours là, le lierre il est jaune et ocre, orange, rouge mais il ne tombe jamais. Donc c’est sûrement de la glycine puisque aujourd’hui, en ce mois de novembre, 17 novembre exactement, il n’y a plus rien sur les murs de la maison, rien que des traces de quelque chose qui sûrement refleurira un jour, peut être refleurira un jour. Mathilde sourit et se dit qu’elle est vraiment un peu stupide. Le lierre, lui, serait là, pas la glycine qui meurt et ressuscite chaque année. Elle se rappelle alors ce printemps là, plein de glycine mais si loin à présent. Celui d’avant tout cela, celui d’avant cette vie-là. Mathilde, très jolie, cheveux d’or sous la pluie, imperméable fermé à la ceinture, bottes en cuir noir – un sourire qu’elle affiche, imperturbable, un peu triste.
Mathilde voit la glycine descendre le long du toit et remarque l’auvent, juste devant la terrasse qu’elle imagine inondée de soleil certains soirs d’été - tomates mozzarella et vin blanc qui coule au fond de la gorge, air d’accordéon un peu ringard dans le lointain et éclats de rire, il doit sûrement y avoir un barbecue quelque part - elle est plantée là, tout à fait placide, attendant que l’agent immobilier chargé de faire visiter la maison ouvre les portes. A côté d’elle, un homme, qui se fout éperdument de la glycine et encore plus du lierre, et qui attend sous la pluie que ce type vêtu en costard cravate tout à fait ridicule se décide à les faire entrer. Un homme, très beau dans sa prestance, bien plus âgé que Mathilde, costume soigné et chaussures cirées, avec son portable à la main qui ne cesse de sonner et de lui rappeler que la réalité est là, toujours là. L’homme accroché au portable qui ne cesse d’écouter on ne sait quel discours et Mathilde qui n’entend rien. Elle ne voit que la maison et la glycine qui tombe sur l’auvent.

Elle est, enfin, entrée dans la maison, devançant l’homme toujours cloué à son téléphone – elle est entrée dans la maison un peu comme on rentre dans une église, et le signe de croix qu’elle n’a pas fait n’était plus très loin. Ses bottes de cuir ont fait sur le sol un bruit étrange, elles étaient trempées de pluie. Elles ont laissé des traces d’eau sur le sol carrelé.
Mathilde a desserré la ceinture de son imperméable beige parce qu’elle commençait à avoir chaud et a remis en arrière ses cheveux trop humides. Elle n’a plus rien dit, plus parlé, son sourire a disparu. Elle a traversé les pièces, les unes après les autres, sans aucun bruit et parfois en soupirant, caressant presque amoureusement les murs environnant. L’homme la suivait, et ne dialoguait que derrière son portable qu’il ne lâchait jamais, jetant un coup d’œil parfaitement indifférent sur le décor dont il semblait se foutre éperdument. Elle a continué son chemin, seule dans ce monde inconnu et soudain, magiquement lui sont apparus des visages qu’elle ne connaissait pas, sortes de fantômes surgis du néant. Rires d’enfants dans le salon et chamailleries sans fin, anniversaires et bougies soufflées dans la cuisine au rythme des années qui passent, chambres d’adultes remplies de murmures et de mots d’amour. Et puis, la vie qui trace, qui continue son chemin, enfants qui s’en vont et parents un peu seuls, larmes, et tant de nostalgie. Séparations peut être trop compliquées pour être dites et une immense mélancolie. La vie face à elle et la mort plus très loin, et la peur si près d’elle. Mathilde dans la maison trop vide a touché chaque pierre ce soir de novembre, et les murs se sont l’un après l’autre écroulés. Elle a vu la glycine mourir et le toit si pentu s’effondrer - le vin blanc sec devenir amer au fond de sa gorge et le soleil d’été s’effilocher lentement, la terrasse a disparu.

Lorsqu’elle s’est trouvée dans la dernières pièce, celle qui aurait pu recéler ses trésors, ses désirs, ses souvenirs, celle où on met tout pour l’éternité, ses bottes sur le carrelage ont soudainement claqué violemment, et l’homme derrière elle a sursauté et rangé son portable dans sa poche. Le silence est tombé d’un seul coup. Mathilde, alors que la pluie claquait sur les fenêtres, au milieu de cette pièce nue de toute âme, s’est mise à pleurer lentement, sans bruit, son regard posé sur la dernière fenêtre, celle face au jardin. L’homme n’a pas bougé. Les fantômes du passé se sont volatilisés.
Mathilde n’a pas eu le temps d’imaginer où elle pourrait poser sa vie, dans cette maison si désolée et si solitaire. L’homme près d’elle n’imaginait plus rien, n’avait jamais rien imaginé. Il ne cessait de dire que la pluie avait abîmé son costume, qu’il était temps de rentrer et qu’il lui faudrait encore retourner au pressing.

Mathilde est passée devant la cuisine où elle aurait pu mettre son frigo. Elle a entendu une nouvelle fois ces goûters fabuleux, d’avant elle, d’avant eux, d’avant les enfants qui n’étaient pas les siens. L’agent immobilier attendait devant la porte restée entrouverte, l’air morose et un peu exaspéré. Mathilde est ressortie, lèvres serrées, l’imperméable à présent totalement ouvert sur sa jupe noire et ses bottes en cuir, les yeux sans larmes. Elle a touché la dernière pierre juste sous le toit avant que la porte ne se referme sur ses rêves impossibles. Elle est restée là, face à la maison et à la glycine envolée. L’homme avec son costume trempé et son portable enfin calmé. Et l’agent immobilier raide et à présent, vraiment très énervé. Elle est restée là.

Et s’est dirigée, ses bottes sur les dalles de l’allée, vers sa voiture garée au bout de l’allée. Et tout s’est évaporé.
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Françoise : Description narrativisée

Posté le 11.03.2008 par clameurs
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Il y avait un banc de pierre dans un coin, une ou deux statues moisies, quelques treillages décloués par le temps pourrissant sur le mur ; du reste plus d'allées ni de gazon ; du chiendent partout. Le jardinage était parti, et la nature était revenue. […] Les arbres s'étaient baissés vers les ronces, les ronces étaient montées vers les arbres, la plante avait grimpé, la branche avait fléchi, ce qui rampe sur la terre avait été trouver ce qui s'épanouit dans l'air, ce qui flotte au vent s'était penché vers ce qui se traîne dans la mousse ; troncs, rameaux, feuilles, fibres, touffes, vrilles, sarments, épines, s'étaient mêlés, traversés, mariés, confondus […].
Victor Hugo, Les Misérables.


Description narrativisée de Françoise

Cinq ans.
Assis dans sa voiture, et le moteur éteint, il regarde la petite maison aux volets fermés baignée par le soleil rougeoyant de fin de journée. Sur le côté, se trouve le jardin délimité par un muret de pierre et auquel on accède par une petite barrière. Alors que son coeur semble pris dans un étau, une douleur vive remonte de son estomac jusqu'à sa gorge qui semble se rétrécir, l'empêchant presque de respirer comme si elle était serrée par des mains malveillantes.

Cinq ans
Les souvenirs affluent, le temps n'a fait pas fait son travail d'apaisement et
de guérison. Toujours cette souffrance, ce manque d'elle, de son rire, de sa présence, de sa gaité.
Le bleu qui recouvre les volets et la barrière du jardin, c'est elle qui l'avait voulu, pour être en harmonie avec le ciel, qui peut être si bleu ici, et la mer translucide que l'on aperçoit au loin quand on se tient devant la maison.

Lentement il sort de la voiture.
Il a pris sa décision, la maison est en vente depuis une semaine. Mais il voulait la revoir... une dernière fois.

Il ne se sent pas encore prêt à affronter la maison, où il n'a rien touché depuis ce jour-là. Il se dirige vers le jardin. Doucement il pousse la porte dont la peinture bleue s'écaille maintenant. Elle émet un grincement en lui livrant le passage.
La vue qui s'offre à lui est à la fois si familière et si différente. Sa gorge se serre à nouveau alors que les souvenirs prennent place devant ses yeux.
Il y a toujours le banc de pierre dans un coin. Ce banc où ils s'asseyaient les soirs d'été lorsque la chaleur les empêchaient de dormir. Ce banc où inlassablement, ils ont écrit leur avenir, projeté leur rêves, imagé leurs enfants. Il en voulait deux, elle trois, ils se chamaillaient toujours à ce propos.

Son regard balaye le jardin. Que reste-t-il de ce paradis qu'elle avait mis tant d'amour et de passion à faire naître ? Une ou deux statues moisies qui ne reflétent plus la lumière du soleil, quelques treillages décloués par le temps pourrissant sur le mur, là où courrait avant une glycine odorante, qui embaumait l'air et égayait la façade de la maison. Du reste, plus d'allées ni de gazon; du chiendent partout. Le jardinage était parti. Le temps avait balayé ce mélange si savamment pensé, si harmonieux et apaisant qu'avec patience elle avait su créer, et qui donnait l'impression que tout avait poussé à sa guise, que c'était la nature qui avait fait ce cotoyer ces fleurs aux couleurs se mariant si parfaitement, ou ces quelques fleurs sauvages poussant dans l'herbe un peu haute sous les pommiers. Elle s'était inspiré des jardins anglais pour lesquels elle avait une passion, et qui, selon elle, seuls savait magnifier la nature.
Et la nature était revenue, sauvage, laide, triste, sans harmonie et sans couleur. Les arbres s'étaient baissés vers les ronces, comme pliés sous une charge trop lourde de peine et de chagrin, les ronces étaient montées vers les arbres, autant de tentacules de souffrance et de douleur entourant leur proie.
Et là bas, au fond du jardin, le rhododendron géant où ce soir de juin, en rentrant du travail, il avait trouvé son corps inanimé allongé auprès de l'escabeau. Il revoyait sa chevelure éparse sur le sol, son short bleu marine, son tee shirt blanc et cette grosse tache rouge au creux de son estomac, là où les sécateurs lui avaient ôté la vie lorsqu'elle était tombée.

Il s'approcha de ce lieu où son avenir s'était arrêté, au moment où le souffle de sa vie à elle s'était envolé. Ce rhododendron qu'elle aimait tant, et qui lui avait rendu son amour en lui prenant la vie. La plante avait grimpé, la branche avait fléchi, ce qui rampe sur la terre avait été trouver ce qui s'épanouit dans l'air, ce qui flotte au vent s'était penché vers ce qui se traîne dans la mousse ; troncs, rameaux, feuilles, fibres, touffes, vrilles, sarments, épines s'étaient mélés , traversés, mariés, confondus.
Et au milieu de ce désolement, essayant de se frayer un chemin vers la lumière et le soleil, il aperçut, à l'endroit où elle avait rendu son dernier soupir, une petite touffe de pâquerettes sauvages qui jamais n'auraient dû pouvoir pousser là. Ses fleurs préférrées.
Il sentit une onde d'apaisement le parcourir.
Il accueillit avec bonheur ce petit signe. Dans ce bouquet de fleurs simples et sauvages, qui lui ressemblaient tant dans leur finesse, leur harmonie, leur obstination et leur fragilité apparente, elle lui adressait un petit signe.
Il tourna le dos et d'un pas lent se dirigea vers la maison.
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Didier : Description narrativisée

Posté le 11.03.2008 par clameurs
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Les quais étaient inondés de soleil. Les feuilles des platanes qu'une brise aimable parcourait de frissons se détachaient gaiement sur la lumière. Il faisait bon. L'eau de la Seine avait un miroitement clair. Les glaces des boutiques, les cuivres, les carrosseries des voitures brillaient et, bordant les maisons, des volières pleines d'oiseaux pépiaient, sans souci du fracas des autos et du roulement affairé des trams et des camions.
Francis Carco, Aux coins des rues


Description narrativisée de Didier

Il s’arrêta sur le seuil et cligna des yeux : le soleil avait envahi les quais… Il sentit sur ses joues la douceur d’une légère brise et s'amusa à en constater l’effet sur les feuilles des platanes qui frissonnaient gaiement à la lumière. Sans se soucier du fracas des autos et du roulement affairé des trams et des camions, il traversa la rue et s’approcha de la rive : il contemplait la Seine couler doucement, se reflétant dans le ciel azuré, lorsqu’il entendit des oiseaux pépier dans des volières… L’éclat du soleil sur les cuivres d’une voiture américaine le tira de sa rêverie : il allait devoir faire vite.

Il regarda sa montre : deux minutes le séparaient de l’éternité ; dans deux minutes, il déclencherait sa bombe et deviendrait à jamais martyre du jihad ; des tonalités rouge sang maculeraient le sol, des hurlements couvriraient le chant des oiseaux, l’harmonie de ce petit matin serait à jamais brisée, mais il l’avait choisi, il n’allait plus reculer.
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Kristina : Texte hors atelier

Posté le 11.03.2008 par clameurs
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Feuilles volantes

Ecrites à la main ou tapées à la machine, nous sommes bien là, nous, les feuilles : noircies d’encre et abandonnées ça et là, dans un coin de l’appartement !
Mais qu’avons-nous mérité à être ainsi délaissées, jonchant misérablement sur le sol et condamnées à une bien morne existence ? La fatigue ; la routine ; le trop noirci ; le trop plein d’émotions rentrées, étouffées, ou bien encore jetées à la figure sur du papier bleu…
Soit ! Que nous soyons à même le sol ou que nous virevoltions partout dans l’appartement, nous n’avons cure de l’omniprésence de ce monstre ! Quel mastodonte ! Il trône maintenant dans l’appartement, phagocytant le moindre instant de disponibilité de notre hôte. Il a beau dévorer le monde de ses pixels, nous, les feuilles, tenons bon et ne nous laissons pas avaler si facilement ! Tout juste quelque prétention à déborder, à envahir de temps à autre l’espace dans ses moindres recoins, sans une once de bruit.

Nous, les feuilles, sommes bien là pour rassurer…
Voyez donc cette empreinte figurer au bas de l’une d’entre nous, cette jolie signature sous forme d’arabesque, sans compter ces quelques mots couchés d’un seul trait, ces mêmes mots qui se veulent définitifs et relancent toujours la même question, vitale et parfois teintée d’inquiétude : J’existe, n’est-ce pas ? Est-ce bien moi, ma signature, mon identité, l’expression d’émotions qui me sont propres, même si parfois ces dernières sont entremêlées de crachats ?
A quoi bon nous mettre en boîte, nous les feuilles, tant nous rassurons par le simple fait d’être là, présentes ? Que ce soit à l’état pur ou bien griffonnées dans tous les sens, nous recevons pêle-mêle toutes les émotions, absorbant la moindre contrariété ou regorgeant de trésors.
Telle est notre vocation ; nous supportons tout, envers et contre tout, nous résistons aux rythmes effrénés ou volatiles que subissent nos chères têtes pensantes ; n’avons-nous pas supporté avec sérénité la plume délicieusement plongée dans l’encre noire toutes ces années durant qui ont suivi l’apprentissage de l’écriture au stylo à encre, sous l’œil patient du maître d’école ? Alors, pourquoi cela s’envolerait-il au profit d’un mastodonte trônant dans le salon, tel un sphinx bien campé sur ses quatre ergots ?

A force de joncher au sol, nous ne recevons, hélas, plus aucune considération.
Si seulement nous pouvions détacher l’encre et nous inscrire toutes seules dans un compartiment du salon ou flasher dans la tête de notre hôte. Pourquoi faut-il toujours que nous soyons considérées comme une tâche lourde, fastidieuse, encombrante, alors que tant d’émotions transitent par nous ? Quelle jouissance assurément procurons nous et avec quelle fébrilité nous laissons-nous noircir, pour voir accoucher quelque émotion enfouie jusque là dans les tréfonds. Nous nous épanchons facilement sur une âme esseulée, nous savons combler un vide, nous savons vider un « trop plein », quitte à devenir de temps à autre le bras armé de nos têtes pensantes.... Alors pourquoi nous délaisser à ce point avec toutes ces joies et émotions jetées pêle-mêle, à même le sol ? A quoi bon nous chahuter ainsi, si ce n’est pour masquer aux rares invités un trop plein de spleen …

En un éclair, nous nous retrouvâmes triées d’un seul coup, échappant ainsi à notre morne existence et retrouvant avec sérénité notre raison d’exister : Etre « passeur » de toute une vie, où chacun se sente libre de saisir un coin de feuille noirci à l’encre, fébrilement ou rageusement, l’espace d’un instant.
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